Nationaux de pétanque : après la liberté, le retour aux buvettes ?
En 2023, la FFPJP accordait davantage de liberté aux organisateurs de Nationaux, notamment dans la répartition des indemnités. Trois ans plus tard, elle fait marche arrière : dès 2027, au moins 90 % des engagements devront être redistribués, avec une dotation supplémentaire obligatoire. Quelques excès auraient-ils suffi à mettre fin à cette liberté ? Mais surtout, où est passé le dialogue avec ceux qui font vivre ces manifestations ?
Des organisateurs qui avaient tenté de s'unir
En mai 2020, plusieurs organisateurs décidaient de se regrouper pour peser davantage dans les discussions fédérales. Un collectif voyait le jour à Palavas-les-Flots.
Mais l'union allait rapidement se révéler compliquée. Les événements, les modèles économiques et les sensibilités régionales étaient différents. Dès juillet, une autre association se constituait en Auvergne-Rhône-Alpes, en désaccord avec le collectif national.
De son côté, la Fédération envisageait une grande réforme des Nationaux. Présenté en novembre 2021, le projet prévoyait notamment un circuit qualificatif et une finale nationale. Jugé trop complexe, il n'aboutira pas sous cette forme.
En décembre 2022, les deux associations d'organisateurs réussissaient néanmoins à parler d'une même voix pour contester certaines décisions fédérales concernant le calendrier.
Car il ne faudrait jamais oublier ce que représentent ces Nationaux. Derrière chacun d'eux, il y a des organisateurs qui consacrent parfois une grande partie de leur vie à leur manifestation. Des bénévoles, des clubs, des associations, des collectivités et parfois de véritables villages mobilisés depuis des décennies.
Le circuit des Nationaux appartient d'abord à cette histoire humaine. La Fédération l'encadre, mais ce sont les organisateurs qui le font vivre.
2023 : davantage de liberté... parfois trop ?
En octobre 2023, la Fédération entend finalement les revendications des organisateurs et assouplit les règles.
Fin de l'obligation d'indemniser dès la sortie des poules, liberté accrue dans les répartitions et engagements pouvant atteindre 20 euros par joueur, soit 60 euros la triplette.
À chacun de construire son modèle, dans le respect des minima réglementaires.
Mais certains auraient poussé cette liberté particulièrement loin. Selon plusieurs informations qui nous sont remontées, un National aurait même conservé la totalité des engagements encaissés, pour ne distribuer que la dotation minimale obligatoire.
Une information qui reste à documenter, mais une possibilité que le règlement permettait effectivement.
Et ce qui est réglementaire est-il nécessairement acceptable ?
Le pape Léon XIV déclarait récemment à Lourdes : "Ce qui est légal n'est pas nécessairement moral."
Il évoquait évidemment un sujet d'une tout autre gravité. Mais sans vouloir faire intervenir le Vatican dans nos histoires de mises et de dotations, reconnaissons que la formule invite à réfléchir !
La pétanque, un sport populaire... à 60 euros la triplette ?
Car une autre question se pose, celle du prix même des engagements.
Lors d'un échange, le président fédéral me confiait : "Même à 60 euros la triplette, les gens s'inscrivent."
Je lui répondais que ce n'était pas parce que les joueurs étaient pris dans cette nasse qu'il fallait nécessairement valider la situation.
Effectivement, certains Nationaux font le plein en quelques minutes, avec 256, voire 512 équipes inscrites dès l'ouverture des réservations en ligne.
Mais un concours qui affiche complet n'est pas nécessairement un concours dont le prix est juste.
Les joueurs veulent participer à ces rendez-vous prestigieux, retrouver leurs amis et affronter les meilleurs. Cela ne signifie pas qu'ils approuvent les augmentations.
Et combien renoncent désormais à s'inscrire pour des raisons financières ?
On présente volontiers la pétanque comme un sport populaire et accessible. Sa licence reste relativement peu coûteuse comparée à celles de nombreuses disciplines.
Mais qu'en est-il du coût réel d'une saison ?
Vingt Nationaux à 20 euros par joueur représentent déjà 400 euros d'engagements individuels, auxquels s'ajoutent déplacements, hébergements et restauration.
Imaginons un sportif qui s'entraîne trois fois par semaine et dispute une rencontre chaque week-end. Que penserait-il s'il devait, en plus de sa cotisation annuelle, payer systématiquement pour participer ?
La pétanque reste accessible comme loisir. Mais sa pratique régulière en compétition l'est-elle encore autant ?
Et surtout, augmenter les engagements, pourquoi pas. Mais pour en faire quoi ? Améliorer les conditions de jeu, l'accueil, les récompenses ? Ou simplement augmenter les recettes ?
2027 : la Fédération reprend la main
En octobre 2026, les nouvelles dispositions pour 2027 sont annoncées : les organisateurs devront redistribuer au minimum 90 % des engagements, auxquels s'ajoutera une dotation obligatoire.
La volonté de protéger les joueurs se comprend. Mais cette nouvelle règle ne règle pas la question du montant des inscriptions. Une triplette pourra toujours payer 60 euros, même si une plus grande partie de cette somme est redistribuée.
Et surtout, pourquoi ne pas avoir organisé un nouveau tour de table ?
Où sont passées les associations d'organisateurs ? Quel poids ont-elles encore ? Ont-elles été consultées ?
L'ancien organisateur d'Ajaccio et membre actif du collectif, a rejoint le comité directeur fédéral après avoir passé le relais de sa manifestation.
La Fédération a également constitué un groupe de travail sur les règlements. Mais quelle place les organisateurs y occupent-ils réellement ?
Ne pouvait-on pas dresser ensemble le bilan de trois saisons de liberté, identifier les excès et rechercher des solutions adaptées aux différents modèles économiques ?
Car tous les Nationaux ne disposent pas des mêmes moyens, des mêmes soutiens ou des mêmes ressources.
Et finalement, à quoi servent les mises ?
C'est peut-être la question qui aurait dû être posée dès le départ.
Les engagements doivent-ils être intégralement redistribués ? Peuvent-ils participer aux frais d'organisation ? Faut-il distinguer une participation financière à l'événement et une véritable mise destinée aux récompenses ?
Avant de réglementer les pourcentages, il serait utile de définir clairement la destination de cet argent.
La Fédération a choisi de remettre de l'ordre. Peut-être était-ce nécessaire après certains excès. Mais les organisateurs vont devoir trouver ailleurs les ressources pour faire vivre leurs manifestations.
Partenaires, collectivités, recettes annexes et, bien entendu... les buvettes !
Finalement, après six années de débats, nous voilà peut-être revenus au bon vieux modèle où il faut vendre suffisamment de merguez et de bières pour équilibrer un National !
La formule prête à sourire, mais la question est sérieuse.
Les joueurs doivent être protégés, les organisateurs respectés et la Fédération doit accompagner plutôt que simplement réglementer.
Car avant de décider combien il faut redistribuer, ne faudrait-il pas s'accorder sur ce que les engagements doivent financer et sur ce qu'un sport populaire doit coûter à ceux qui le pratiquent ?
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