Alessio Cocciolo : « Je n'ai jamais cru à la victoire avant la dernière boule »

Rédigé le 30/05/2026
Lionel ZANET


Le champion du monde italien revient sur le 32e de finale de Cannes qui a enflammé Boulistenaute TV. Un regard de l'intérieur, croisé avec les réactions des abonnés et le ressenti de l'équipe aux commentaires comme en régie.

Lorsque Boulistenaute TV a mis en ligne ce 32e de finale du National de Cannes, nous savions que nous tenions une grande partie.

Nous ne savions pas encore qu'elle allait provoquer un tel engouement.

Rocher, Rizzi et Leclerc face à Cocciolo, Giraud et Dubois : l'affiche faisait déjà saliver les amateurs de beau jeu. Mais au fil des mènes, cette rencontre est devenue autre chose qu'une simple opposition de haut niveau. Une bataille de près de deux heures, des carreaux en rafale, des tirs au bouchon, des annulations à répétition, des jeunes qui répondent aux champions du monde et cette impression très rare que personne ne veut céder un centimètre de terrain.



Sous la vidéo YouTube, les abonnés Boulistenaute ont rapidement trouvé les mots : partie mythique, partie d'anthologie, du jamais vu, partie de l'année. Certains sont même retournés revoir la rencontre pour compter les coups marquants : 30 carreaux et 9 tirs au bouchon réussis. De quoi mesurer le niveau atteint ce jour-là sous les palmiers du stade Pierre de Coubertin.

 



Aux commentaires, Pierre Fieux et Stéphane Cagnon vivent eux aussi quelque chose de particulier. Pourtant, des grandes parties, ils en ont vu passer quelques-unes. Mais au fil des mènes, leurs réactions deviennent de plus en plus spontanées. Les analyses techniques laissent parfois place à l'émerveillement : « Quel niveau ! », « C'est énorme ! », « ces jeunes acceptent le défi », « Quelle partie ! »,  « énorme bras de fer mental », « un récital ! »

Et derrière les écrans de la régie, le phénomène est le même. Normalement, il faut penser aux caméras, aux ralentis, aux scores, aux plans de coupe et à tout ce qui permet à une retransmission de tenir debout. Mais lorsque les coups de génie s'enchaînent, le bouliste reprend parfois le dessus sur le technicien. On se surprend à oublier quelques secondes la réalisation pour simplement regarder la partie. C'est souvent à ce moment-là qu'on comprend qu'il se passe quelque chose de rare.

 



Pour comprendre ce qui s'est réellement passé à l'intérieur de cette rencontre, nous avons demandé à Alessio Cocciolo de nous raconter son Cannes.

L'histoire commence simplement. Pas de projet préparé pendant des mois, pas d'équipe montée de longue date. Alessio reçoit un appel du père de Jason Giraud et Dylan Dubois. Il accepte avec plaisir, dans l'idée de partager un bon week-end de pétanque avec deux jeunes dont il apprécie les qualités.



Avant d'affronter Dylan Rocher, Diego Rizzi et Nicolas Leclerc, son message est simple : jouer libérés, prendre du plaisir et croire en eux. Facile à dire. Beaucoup plus difficile à appliquer lorsqu'en face se présentent deux champions du monde capables de retourner une partie sur quelques boules.

Et pourtant, les deux jeunes répondent présents. Jason Giraud enchaîne les coups justes. Dylan Dubois engage un bras de fer monumental avec Diego Rizzi. Quant à Alessio, il mène le bouchon avec cette sérénité qui caractérise les grands compétiteurs.



 

Pour lui, le rôle du pointeur de tête dépasse largement le simple fait de mettre la première boule. Il doit donner une base à son équipe, mettre la pression à l'adversaire, apporter de la sérénité et guider ses partenaires lorsque la tempête arrive. À Cannes, beaucoup ont justement eu le sentiment de voir un capitaine accompagner ses jeunes équipiers au cœur d'une partie hors norme.

Mais Alessio garde le sens des réalités. Lorsqu'on lui demande à quel moment il a commencé à croire à la victoire, sa réponse surprend : « Honnêtement, jamais avant la dernière boule. À ce niveau, tout peut basculer très vite. »

Voilà sans doute la meilleure définition de cette rencontre. Même lorsqu'une équipe semble prendre l'ascendant, Rocher et Rizzi trouvent encore les ressources pour revenir. Ils annulent. Ils frappent. Ils sauvent. Ils repoussent l'échéance. Un abonné a résumé cela d'une formule aussi simple qu'efficace : « Rocher et Rizzi ne meurent jamais. »



 

Alessio tient également à saluer Nicolas Leclerc, parfois moins mis en lumière que ses prestigieux partenaires mais dont la solidité a marqué les observateurs. Dans une telle affiche, les joueurs de l'ombre comptent souvent autant que les vedettes.

Et puis il y a l'homme derrière le champion. Le joueur de Barjac habite en Italie, près de la frontière française, et travaille dans le bâtiment à Monaco. Pas de statut professionnel, pas de quotidien entièrement consacré à la pétanque. Simplement un passionné qui continue de courir après les grands rendez-vous malgré un titre mondial déjà inscrit à son palmarès.

Car Alessio ne l'oublie pas : cette partie de Cannes restera parmi les plus belles qu'il ait jouées, mais la plus intense émotion de sa carrière demeure la finale du championnat du monde contre Madagascar (2024). Cannes n'efface pas le Mondial. Cannes ajoute une ligne différente : celle d'un moment de partage, de transmission et de pétanque totale.

Alors, partie de l'année ?

Le débat restera ouvert jusqu'au mois de décembre. Mais lorsque les abonnés parlent de partie mythique, lorsque les acteurs eux-mêmes la placent parmi leurs grands souvenirs, et lorsque plusieurs milliers de passionnés réclament déjà de la revoir, c'est généralement qu'il s'est passé quelque chose.

Certaines parties se gagnent.

D'autres commencent à vivre après la dernière boule.

Celle de Cannes a déjà entamé sa deuxième vie.



 


Alessio Cocciolo fait aujourd'hui partie des références mondiales de la pétanque. Champion du monde doublettes en 2022 avec Diego Rizzi, champion du monde triplettes en 2024 avec l'Italie, champion d'Europe triplettes en 2019 et champion d'Europe doublettes en 2022, le joueur de Barjac s'est également imposé dans les plus grandes compétitions internationales, notamment en remportant les Masters de Pétanque 2022.

 

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