Pétanque : Hommage à Pierre BROCCA

Date 5/11/2007 19:30:00 | Sujet : Les champions

    Deux mois après le décès prémature de Pierre BROCCA, au mois de septembre 1990, un hommage au grand tireur de Port-de-Bouc est publié dans le numéro 7 de la Gazette du Pétanqueur, le magazine sur la pétanque qui est paru entre 1989 et 2001 sous la direction de Martine DELENCLOS. L'auteur de cet hommage était le Marseillais René LEVANTACI (1941), qui a fait plusieurs tentatives d'amélioration du record de tir à l'heure. Parce que Christian FAZZINO avait atteint un nombre diabolique de 991 frappes sur 1000 en une heure (quelques années plus tard ce record était établi par lui à 992), LEVANTACI a inventé une nouvelle formule : le tir à cadence rapide. Le 9 mai 1992 à Rive-de-Gier il établissait un record de 2.857 frappes sur 3.148 boules en trois heures. Une moyenne de 90,75 %. Dans la dernière ligne droite il réussissait même à frapper 966 boules sur 1000.

   Dans la suite, un hommage de René LEVANTACI à son ami et héros regretté : Pierre BROCCA.

Pierre, nous ne t'oublierons jamais...

   Son humour ne manquait jamais et sa facilité d'expression nous empêchait de languir.
   Même dans les moments critiques de la compétition il savait conserver son calme olympien, digne d'un très grand champion.
   Tous l'adoraient par sa bonté et son fair-play et sa grande classe fit de lui une star dans le monde de la pétanque.
   Quand il entrait sur le terrain, la galerie se rangeait, disciplinée, en demi-cercle pour admirer ce monstre de tireur. Oh combien élégant et efficace : un véritable métronome.
   Nous restions tous ébahis devant cette montagne à carreaux.
   Il était la force tranquille dans la vie comme sur les terrains ; toujours égal à lui-même, et même quand il perdait, son visage restait jovial, au regard de jalousie agréable ; ce qui fit de lui une personnalité qu'aucun pétanqueur n'est prêt d'oublier.
   Dieu des stades, il avait le don d'enthousiasmer les foules chaudes depuis la sardine de Marseille à la choucroute d'Alsace en passant par le Saint-Emilion de Bordeaux dont il était friand.
Pendant quelques années, il s'est expatrié à Castillon-la-Bataille où il fit équipe avec son cher ami MARCHÉS; puis il est retourné aux sources de Port-de-Bouc où il fit le tandem avec ce diable d'OTELLO, un autre grand seigneur de la petite boule.
   Je l'ai baptisé le « Père NOËL de la vie », le père de nous tous, le Fausto COPPI de la boule.
   Nul ne saurait me démentir.
   C'est dans la soirée du 12 septembre que disparaissait une des plus belles figures du sport bouliste ; atteint subitement d'un décollement de rétine, suivi d'une congestion cérébrale : Pierre BROCCA, âgé de 65 ans, devait nous quitter à l'hôpital Desbief, à Marseille, et enterré le Vendredi 14 septembre, à Port-de-Bouc, où il a vécu durant de nombreuses années.
   Connu des quatre coins de l'hexagone et de Navarre, il savait exporter son talent au-delà des frontières et en semant son nom il récolta la Gloire.
   Sa vie fut couronnée de coupes, de challenges et de chaleureuses félicitations dont voici « Ses Lettres de Noblesse » :
   - Champion de France F.S.G.T. en 1962, 1963, 1967 ;
   - Champion de France corporatif en 1965 ;
   - Champion de France doublette en 1972 ;
   - Vice-champion de France triplette en 1963 ;
   - Vainqueur du Casanis en 1968, 1969, 1972 ;
   - Vainqueur de l'International « La Marseillaise » en 1971, 77;
   - Vainqueur du National de Marseillan en 1977 ;
   - Vainqueur de l'International de Casablanca en 1980 ;
   - Vainqueur de l'International de Gênes en 1981 ;
   - Vainqueur de l'International de Genève en 1982 ;
   - Vainqueur de l'International de Bruxelles en 1986 ;
   - Vainqueur du Bol d'Or de Genève ;
   - et tant d'autres épreuves : Paris, Pau, Montauban, Toulouse, Cannes, Grenoble, etc...
   Pierre était un garçon sympathique et adoré, très apprécié par ses partenaires, adversaires, amis et des petits qu'il aimait amuser de ses marrantes blagues à l'accent méridional.
   C'est lui qui nous a appris à jouer sans parler et ses yeux expressifs en disaient plus long que sa langue.
   Ce fut une merveille de la pétanque.
   Du matin au soir, son sourire ne le quittait tout comme sa truculente et fidèle épouse Elisabeth. Elle supportait son champion de mari sur tous les terrains.
Pierre a joué avec les plus grands noms tels : BESSE, Simon CHARLY, Jo ARAMA, OTELLO, TRICON, Bébert de CAGNES, BALDI, Le BAJAR, BALDO, MAGNANI, PISAPIA, AUDIBERT, et, plus près de nous : FAZZINO, FOYOT, LEBEAU, LOULON, FERRAZOLA, BARTHÉLÉMY et tant d'autres talentueux espoirs.
   II a vécu un demi-siècle d'une troublante carrière, noyé dans la joie du sport bouliste avec les honneurs des personnalités politiques, du show-bisness et de l'actualité.
   Jamais notre grand ami Pierre n'a failli à ses promesses, son calendrier soigneusement bien orchestré et respecté et sa parole valait de l'écrit.
   Ce fut un homme de confiance sur qui tous ses amis pouvaient compter.
   Il était sûr de lui-même, fort comme un roc, on aurait dit qu'il était taillé dans le marbre de Carrare tellement il donnait l'impression d'une force de la nature.
   Son visage déployait la Bonté et la Douceur, c'était ses armes de défense ; sa démarche nonchalante et tranquille dénotait le vrai champion.
   Pierre n'aimait pas la solitude, souvent escorté d'une pléiade de fans qu'il adorait.
   Il se forgea une excellente marque de popularité bien méritée.
   Il savait reconnaître la valeur de l'effort, puisque un quart d'heure avant ma tentative contre le record de l'heure à Ruoms, en Ardèche, le 15 septembre dernier, Pierre m'a aidé à m'échauffer en me donnant quelques conseils dont j'ai bien sympathiquement accepté, et il m'a dit en me mettant sa main sur mon épaule : « Alors René ça va ! », et je lui ai répondu par « un sourire », comme si c'était mon père. J'ai joué avec Pierre et KOKOYAN en juin dernier, à La Courneuve où il a fait une bonne prestation.
   Je pense que Pierre est parti trop prématurément, laissant à personne le droit d'espérer ; laissant aux vivants des souvenirs inoubliables.
   Pétri de classe et de gentillesse, couronné de victoires et de succès, sa vie brillait comme une étoile en éclairant l'Europe.
   Pierre, au nom de tous les pétanqueurs qui t'ont connu au nom de tous les amis qui ont suivi tes exploits dans ta longue et exceptionnelle carrière de bouliste, nous t'accompagnons pour ton dernier voyage au paradis éternel.
   Tu resteras pour nous le plus bel exemple.

   Adieu Pierre ! Adieu !


   René LEVANTACI, la Gazette du Pétanqueur,
numéro 7, novembre 1990





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