Pétanque : Pierre Brocca de Port de Bouc

Date 1/11/2007 18:20:00 | Sujet : Les champions

PIERRE BROCCA, LA CLASSE...

  
Il avait le style, la classe, l'élégance, la discrétion, la modestie, la gentilesse. Que dire de plus ? Il était l'un des plus grands. Il faisait honneur à notre sport.

   (Extrait du livre Le livre de la pétanque et du jeu provençal par Jacques ROGGERO année 1983.)

   Dans la suite, un extrait sur le regretté Pierre BROCCA d'un autre livre, Albert Calanotti et les rois de la pétanque par l'ancien journaliste du quotidien La Marseillaise, Mario GARRO, année 1976.
 


PIERRE BROCCA DE PORT DE BOUC

   En pénétrant le jeudi 23 juillet 1970, dans l'arène archi-comble et devant un parterre de vedettes, BROCCA croyait bien tenir la victoire.
   «C'est cette fois ou jamais»
avait-il confié à son entourage.
   Certes, il y avait encore du beau monde en demi-finale et sur­tout les révélations de l'épreuve les mineurs de Cadolive : MARTINEZ, GARCIA et CAMPILLO – des joueurs capables de mettre en l'air n'importe qui – et c'est précisément contre eux que tomba BROCCA.
   Le frappeur de Port-de-Bouc menait largement à la marque : dix-quatre. Sa victoire ne faisait plus l'ombre d'un doute et puis soudain il a craqué... manquant six boules de rang, qui valaient toutes l'accession en finale.

«J'ai vécu alors – confesse BROCCA – un véritable cauche­mar. J'ai entendu dans le public : «ce BROCCA, c'est pas possible, il a les chocottes». A ce moment-là, j'aurais voulu être loin, très loin, pour cacher ma détresse. Je regardais ma femme, mon fils qui partageaient mes peines. Je voulais rompre le plus vite possible avec ce public hostile».

   La défaillance de BROCCA, près du but, alimenta bien des conversations. Ses bonnes parties tout au long du concours, ses coups d'éclat furent vite oubliés. Il n'était plus question que des « trous de BROCCA ». Alors, pour faire taire les pourfendeurs à l'eau de rosé, PISAPIA déclara :
   «Ne parlons pas de trac. Tout le monde a le trac. J'ai moi-même parfois envie de vomir tellement j'ai peur. Ce qui est arrivé à Pierre ça peut arriver aux plus forts tireurs. Le malheur pour lui, c'est que ça lui est arrivé au moment où les boules comptaient dou­ble et devant cinq mille personnes. Pierre a fait ses preuves et je lui garde toute ma confiance».

    Bébert PISAPIA, roi incontesté des pointeurs, était plein d'indulgence pour son malheureux partenaire et pourtant si quel­qu'un avait mérité de gagner c'était bien lui.
   Mais, pour bien mesurer la valeur de son appointée reprends ici quelques phrases de l'ancien vainqueur du Tour de France André LEDUCQ, invité d'honneur à la tribune de presse :

   «Quel spectacle ! Quel pointeur ! J'ai déjà vu bien pointer à la pétanque, mais jamais comme ça. Ce PISAPIA c'est un vrai géant de la petite boule».

   Et PISAPIA, battu contre toute logique, proclamait sur un ton qui ne laissait aucun doute sur ses intentions :
   «Je reviendrai avec BROCCA pour l'aider à gagner, c'est juré».

BEBERT PISAPIA ne parle jamais pour ne rien dire, et un an après, il se précipita sur BROCCA pour l'embrasser. Il rendait ainsi un hommage affectueux à son tireur qui avait éclaboussé cette dixième édition de toute sa classe. Le 21 juillet 1971, au bout d'une longue épreuve riche d'aventures, douze hommes se retrouvaient dans le stade de LA MARSEILLAISE.
   BESSE, CHARLY et BACCIARDI, en dépit de quelques prouesses du roi de la pétanque, devaient quitter les premiers le rectangle rosé battus par GARCIA, CAMPILLO et MARTINEZ.
   De son côté Olivier MANOUKIAN sombra sur un tir-suicide au bouchon devant BROCCA entraînant dans sa chute SARGENTINI – un champion toulonnais – aussi sobre qu'efficace et Serge ROUVIERE qui commençait déjà à montrer les dents.
   Pierre BROCCA retrouvait en finale Armand GARCIA et l'oc­casion de prendre une éclatante revanche sur son bourreau. Revanche éclatante s'il en fut une. BROCCA étala au grand jour toutes les sonorités de son talent avant de crier sa joie autour de lui, sous l'étreinte de sa femme et de ses co-équipiers B1NDER et PISAPIA.
   «Maintenant, disait-il à la ronde, je peux couler des jours heu­reux, j'ai réalisé le rêve de ma vie».
   Cette victoire fit sensation à Port de Bouc où BROCCA, employé municipal, jouit de l'estime de tous.

   «PIERRE n'est pas seulement un grand champion –
devait souligner le Maire M. RIEUBON – c'est aussi et surtout un homme bien droit, sans histoire. Un homme du peuple et quand on aime ce peuple, non pas par réflexion, mais parce que la vie que l'on mène baigne dans ses joies et dans ses peines, on ne peut pas man­quer d'aimer BROCCA et d'aimer ce qu'il fait.

   Sur la photo ci-dessus : Pierre BROCCA (comme jongleur !) avec OTELLO (sur le dos) et PALMERINI (pas sur la photo) lors de La Marseillaise 1985. (Photo jacpetanque)

  
Pierre Brocca est décédé prématurement à l'âge de 65 ans au mois de septembre 1990 des suites d'une congestion cérébrale.

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