Anecdotes 3 du livre « Pétanque passion » de Gérard NAUDO et Jean MITJAVILLE

Date 14/3/2007 0:00:00 | Sujet : Livres et multimédias pétanque

Anecdotes par Gérard NAUDO
  
Pour Boulistenaute.com Gérard a eu la gentillesse de nous ouvrir son livre pour nous faire partager ses plus belles anecdotes. Qu’elles soient croustillantes, drôles ou émouvantes, agrémentées de commentaires sur les joueurs qui ont écrit ces partitions et que l’on surnommait « musiciens », « concertistes », « amuseurs » ou « virtuoses ».

Aujourd’hui : III -  Au rendez-vous du « Négus » - Voyage Mouvementé…


III

   Il est vérifié que pour faire avancer noble cause & bel idéal, la qualité, la personnalité & puis l’originalité des hommes est de toute première importance.
   De ce temps-là, dans les années cinquante, la pétanque avait la chance de compter dans ses rangs bon nombre de personnages bardés de ces « vertus ». Ils étaient boulistes talentueux & comédiens merveilleux. On les baptisa musiciens. Ils avaient mission de précurseurs, de pionniers, de V.R.P. d’un nouveau genre…. La cause « pétanqueuse » je vous l’accorde, ne mérite probablement pas d’être classée noble, à ma connaissance d’ailleurs elle n’a jamais postulé à tel classement. D’autant que pas mal de ses « chevaliers servants » oubliaient (hier & aujourd’hui encore…) de-ci de-là les règles élémentaires de la chevalerie. Certains même « n’avaient rien à faire » de cette pompeuse appellation qui ne représentait pour eux qu’un rapproché approximatif du vocabulaire proche à la race chevaline & aux spécialistes du… tiercé. Sans plus.
   Donc ces braves gens, et ceux qui l’étaient moins, peu soucieux de l’éthique sportive, et autres chartes & serments, apportaient par contre un soin tout particulier à la répartie, à l’éloquence, au vocabulaire. A la musique. Ils étaient fiers d’être écoutés & avaient un respect certain pour leur public, cette extraordinaire famille de spectateurs très attentifs, assidus & fidèles que le milieu pétanqueur a baptisé « galerie »…
   Dans cette confrérie d’individus à qui personne ne peut la classe, Emile PALANQUE fut le plus mélodieux, Roger BONIFON l’un des plus « féroces, » & Jean PARAYRE le plus enjoué…

Au rendez-vous du « Négus »

   « Le Négus » alias Jean PARAYRE, était un type formidable, sec comme un sarment, têtu comme une mule & brave comme du bon pain. Il avait le verbe simple & le discours d’une logiquement naturelle & sans complications qu’elle en paraissait presque naïve, et lui avec.. Mais il « faisait fort » le bougre ! Fort pour parler. Fort pour jouer. Avec ça, il ne craignait rien ni personne. Ses grands rendez-vous, il les tenait sous les ombrages de la promenade des platanes, à l’époque ou celle-ci était encore sauvage & belle. Sans pavés ni parterres ni gazon. Seulement plantée de ses platanes centenaires, magnifiques en été & gigantesques à l’automne. Son quartier général, il l’avait installé à « L’Elite » ou « Chez Etienne », cours Parmarole, tout près du lieu de ses exploits.
  Là, il aimait bien, avec ses amis Alex MARTY, Barthélemy RAYNAL, Robert FORTIN dit « Tin », jouer des « parties limonades », encore que, et il ne s’offusquerait point qu’on le dise, ça n’était pas, loin s’en faut, sa boisson préférée. Que non !
    Avec ses amis donc, il adorait après avoir joué sérieux tout l’après-midi, faire ce qu’ils appelaient «  la sortie des bureaux »…
   Coup d’envoi  18h15. Galerie nombreuse & ponctuelle, formée d’employés de la Trésorerie toute proche, et de commerçants de l’environ qui quittaient lorsque 18 heures sonnaient au clocher de Saint-Jean…Spectacle assuré pour un public qui pour rien au monde n’aurait manqué une séance, un peu comme de nos jours – Hélas – on rentre vite pour ne pas louper, le 886ème épisode d’une de ces sagas télévisées aux « charpentes » dramatiques vermoulues & aux qualités dialogiques discutables…Sans compter que leur durée est annoncée comme indéterminée chez les optimistes, perpétuelles pour les pessimistes…
   Avec le « Négus » & ses amis, on donnait dans la plus fraîche & dynamique comédie, quant aux dialogues n’en parlons pas…Et lorsque sur le coup de 19 heures le rideau tombait sur la première partie, les supporters inconditionnels de ces messieurs prenaient place à l’intérieur. Il était l’heure de la partie de « truc » quotidienne qui permettait aux vaincus pétanqueurs de se refaire, ou bien de subir jusqu’à leur prochaine victoire lazzis & quolibets de gagnants sans pitié…
   Mais Jean avait encore & surtout le tempérament d’un lutteur, d’un jouteur, d’un gagneur. Il ne pouvait résister à l’appel du flambe…dans la mesure où ses moyens le lui permettaient. Pas riche « Le Négus », mais quel estomac » ! Il habitait rue des Amandiers & travaillait aux bennes, à la mairie de Perpignan. Alex MARTY & Barthélemy RAYNAL avaient été ses parrains lorsqu’il devint employé municipal…Il leur en fut à jamais reconnaissant. Jean c’était un homme de cœur & de « coups de folie »…

   Aux Haras, une veille de grand concours, Jo ARAMA qui traînait par-là, lui lança un défi en tête-à –tête. ARAMA, tout le monde connaît, c’est ce qui se faisait de mieux boules en main. D’autres se seraient défilés, car des adversaires pour Jo ARAMA, il ne s’en présentait pas à la pelle, surtout lorsqu’il y avait quelques « biftons » en jeu…Jean, lui, répondait présent ! Bien sûr ce fut une « partie d’argent » et dans la galerie nombreux furent ceux qui jouèrent, la plupart sur Jean. Des mises que Jo ARAMA se fit un plaisir de couvrir.
   La partie débuta & Jean mena rapidement 7 à 0, alors que Jo ARAMA avait du mal à rentrer dans la partie. Vérité ou simulacres ?…Le fait est que Jo ARAMA proposa alors de doubler les mises. Et tout le monde marcha comme un seul homme. Dès lors, le merveilleux ARAMA se mit à jouer « comme un Dieu » & « arrêta des piles » de partout…Le brave PARAYRE, malgré une résistance héroïque, resta à 7 !
   Certains dans l’assistance, notamment parmi les perdants, laissèrent entendre que les boules d’ARAMA étaient douteuses. Mais pas « Le Négus », lui, avec une philosophie bien à lui, accepta la défaite et…paya ! C’était ça Jean PARAYRE, il n’avait peur de personne. Il était homme des défis fous & d’impossibles challenges.
   Il n’avait ni le brillant d’un Raphaël RUIZ, ni le baratin d’un Emile PALANQUE, son style peu orthodoxe & sa dégaine en faisaient de prime d’abord un joueur quelconque, mais sitôt qu’il mettait « la machine à casser les cailloux » en route, ça faisait mal. En plus, il était attachant, pas classique pour un rond,  inattendu, étonnant, fantaisiste à sa manière. Il était aimé & apprécié.

Voyage mouvementé

   Au tout début des années cinquante, le plus difficile à assurer pour les pétanqueurs, ce sont les déplacements. Le parc à voitures français n’a rien à voir avec l’enfer qu’il a engendré de nos jours, et pour sortir le dimanche, les pétanqueurs font appel à toute sorte de moyens plus ou moins classiques & sûrs. Cela valait des expéditions aventureuses & des rapatriements rocambolesques…
   Ce fut le cas un dimanche de printemps où, devant « L’Elite-Bar » un camion chargea une bonne vingtaine de pétanqueurs en partance pour Saint-Paul-de-Fenouillet. Parmi eux, « Bébert » AUSSERAY, Emile PALANQUE & Jean PARAYRE…La journée fut exceptionnellement brillante pour notre trio pour notre trio qui, tard dans la nuit, joua la finale. Il va sans dire que le camion, rempli de battus & de quelques abandonnés qui traînaient sur le bord de la route, avait rejoint Perpignan en fin d’après-midi. Comme toujours en pareil cas, nos trois lascards sans souci d’affirmer : « Ne vous tracassez pas, on se débrouillera pour rentrer ! »
   Mais à 2 heures du matin, après leur brillante victoire, il fallut se rendre à l’évidence : rapidement Saint-Paul devint désert & pas le moindre moyen de locomotion pour rejoindre la « capitale »…
   Qu’à cela ne tienne, ils partirent à pied !
   Bien avant Estagel, alors que la nuit était encore bien noire, ayant totalement perdu leur superbe & leurs forces, nos gaillards avisent une cabane où ils décident de se reposer…
   « Tiens, ça ne sent pas très bon ! » constatent-ils en chœur…Mais la fatigue s’avéra plus forte que les problèmes d’odorat, et « Bébert », « Le Capitaine », & « Le Négus »prirent deux petites heures de repos.
   A leur réveil, les premières lueurs du jour s’étaient glissées dans la baraque, ils comprirent alors pourquoi des « drôles d’odeur » qui avaient taquiné leur sommeil réparateur…
   Ils avaient tout bonnement choisi les W.C. du coin pour asile de nuit !
   Et leur odyssée ne s’arrêta pas là. Alors qu’ils reprenaient la route, un garde municipal les appréhenda pour vérifier leur identité. Il faut avouer que leur allure n’inspirait pas confiance. Heureusement, le représentant de la loi reconnut Emile PALANQUE, et se fit un plaisir de leur faciliter le retour sur Perpignan…

« Pétanque Passion » de Jean MITJAVILLE et Gérard NAUDO

Prochainement : IV – Pétards & grands frissons – Le B.C.P. de ma jeunesse…

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