Fara N'Diaye, saga Africa

Date 7/6/2020 8:40:00 | Sujet : Les champions

Dans la carrière des plus grands champions, il y a quelques moments vraiment extraordinaires. Le grand joueur sénégalais a rassemblé, pour nous, ses meilleurs souvenirs...


Fara N'Diaye, saga Africa

 


Dans la carrière des plus grands champions, il y a quelques moments vraiment extraordinaires. Le grand joueur sénégalais, qui vit en France depuis plus de dix ans et y fait régulièrement de grands résultats, a rassemblé pour nous ses meilleurs souvenirs et émis, pour boulistenaute, quelques avis sur la pétanque africaine.


Tu joues à la pétanque depuis plus de vingt ans. Quel est le moment que tu as trouvé le plus fort, celui qui vient en premier lorsque tu rassembles tes souvenirs ?

C'est le championnat du monde au Sénégal, en 2008, chez moi, devant mes parents. C'était ça, le moment le plus fort. Et battre le record du monde de tir de précision là-bas, à Dakar, devant le public sénégalais, c'était vraiment formidable.


La pétanque, ça a commencé comment pour toi ?

Je suis originaire de la région de Saly, sur la Côte ouest du Sénégal. Mon grand-père était un très bon joueur de pétanque, et vers l'âge de six ans, j'ai commencé à y jouer moi aussi. Dans la famille, tout le monde jouait, les femmes comme les hommes. Et quand je revenais de l'école, il y avait toujours quelqu'un qui jouait devant chez moi.

J'ai commencé comme ça. Quelques années plus tard, j'ai pris une licence, et vers 14-15 ans, j'ai commencé à faire des résultats au niveau national. On voulait déjà me sélectionner, mais mon père trouvait que j'étais trop jeune.

Et à 17 ans, je suis rentré en équipe du Sénégal et j'ai fait mon premier championnat du monde. A Monaco.

 


C'est là que le monde de la pétanque t'a découvert, puisque tu es parvenu jusqu'en finale du championnat du monde de tir de précision. C'était quand même extraordinaire, de voir un minot de cet âge là réaliser un tel parcours, non ?

En fait, on avait plutôt mal démarré le championnat en équipe, je ne tirais pas bien, et il a été question que ce ne soit plus moi qui fasse le tir. Mais ensuite, on a beaucoup mieux joué, puisqu'on est arrivé en quart de finale, et j'ai gardé ma place.


En quart, tu as battu Yazid Triaki, et en demi-finale, tu as été opposé à Claudy Weibel, qui était l'un des grands favoris. Tu étais impressionné ?

Non, je sentais que je tirais bien, et de toute façon, j'ai toujours le moral. C'était déjà le cas à l'époque. J'ai dit à mon coach : « Je vais gagner. » Et quand j'ai gagné, il a pleuré. Du coup, après, je me suis dit : « Je suis bien parti, je vais gagner la finale. »

 

Et la finale, c'était contre Philippe Quintais...

C'est ça. Et il a été plus fort que moi (Quintais s'est imposé 46-41, NDLR).

 

 


Cette finale, ça a changé ta vie ?

Bien sûr. Au pays, il y avait des joueurs de boules qui m'attendaient à l'aéroport, j'ai rencontré le président de la République qui m'a félicité... Ca m'a motivé. Je jouais au foot aussi, mais après Monaco, je me suis mis à 100% à la pétanque. Je voyais tout le monde heureux, le président de la Fédération qui était à fond derrière moi, j'ai voulu m'y consacrer complètement.


Et un jour, ça t'a amené en France. C'était en quelle année ?

2007, 2008. Je me suis marié et on s'est installés en Bretagne. J'ai signé à Douric Arzin, chez Stéphane Vergoz et Sébastien Le Dantec.

 


Ça a dû être un total dépaysement, je suppose?

Oui, c'est vrai, le climat n'est pas le même. Mais je me suis vite fait des amis, c'était bien. Et avec Stéphane, on a été champions de Bretagne en doublettes, et on a gagné beaucoup de choses. Il y a de très bons joueurs là-bas, mais on jouait vraiment bien et on faisait beaucoup de résultats. D'ailleurs, c'est à cette époque là qu'on avait fait une demi-finale en triplettes au Mondial de Millau.


Et qu'est-ce qui t'a fait quitter la Bretagne ?

J'ai eu une offre de Monaco, et je suis parti là-bas. J'ai fait pas mal de résultats là aussi, avec notamment un titre de champion d'Europe des clubs. J'ai participé aux Masters dans l'équipe de Monaco. On avait un bon groupe, et j'y ai fait cinq ou six ans avant de partir en Corse, pour jouer avec Pascal Dionisi et Kevin Philison. Voilà, et maintenant je suis à Lyon, à Bron.

 


Et tu vas participer au Grand Huit de la Coupe de France, en octobre, avec ton nouveau club ?

C'est çà. Avec Sarrio, Andriantseheno, Vinson... C'est aussi un très bon groupe.


Un groupe qui pourrait être encore plus fort si Foyot et Fazzino, qui viennent aussi de signer à Bron, pouvaient participer...

Oui, mais tel quel, il est déjà pas mal. D'ailleurs, pour se qualifier, on a battu Les Canuts qui étaient les grands favoris. Ça veut tout dire. C'était une belle rencontre, on a eu de la réussite, mais je crois qu'il faudra compter sur nous à Marseille.

 


Comment tu vis la période qu'on traverse, le manque de compétition ?

Ça me manque de ne pas jouer. Quand tu aimes la pétanque, que c'est ton sport, c'est obligé. Mais bon, on a été confiné comme tout le monde, c'est normal, il fallait respecter. J'ai quand même fait pas mal de sport, je courais souvent. Je m'entraînais tout seul, aussi.


Entretenir ta forme physique, c'est important, pour toi ?

C'est très important. Beaucoup de gens disent que la pétanque, ce n'est pas un sport. Mais pour moi, c'est un sport. Parce que si tu n'es pas prêt physiquement, c'est trop dur de gagner. Le physique, c'est çe qui fait la différence.

 


Tu reviens de temps en temps chez toi, au Sénégal, et notamment pour deux épreuves qui se déroulent à Saly. Parle moi de ces deux épreuves.

Il y a mon concours, les 72h de la Petite Côte, en début d'année. Et puis en novembre, il y a le National du Président, Gass Ezzedine. Beaucoup de très bons joueurs viennent à ces concours, d'Europe et d'Afrique bien sûr. Ce sont des terrains goudronnés, difficiles. Il faut avoir une belle équipe pour avancer.


Tu connais bien la pétanque africaine, et notamment sénégalaise. Vous avez de très bons joueurs, et on vous a vu notamment accéder au dernier carré du dernier championnat du monde en 2018. Qu'est-ce qui manque aux Sénégalais pour aller encore plus loin ?

Il faudrait que les joueurs viennent ici, fassent des tournées de trois mois sur le circuit français pour s'aguerrir, comme le font les Malgaches. C'est ça qui leur manque : cette expérience, jouer contre les Français, les connaître mieux.

 

Photo Yohan Brandt pour Quarterback


Je me rappelle qu'on était un peu surpris, en 2016, lorsqu'on a vu le Bénin arriver en demi-finale du championnat du monde, battre la France et accéder à la finale. Est-ce qu'il y a d'autres pays en Afrique qu'on peut voir surgir, comme ça, au plus haut niveau mondial ?

Bien sûr. Maintenant, en Afrique, tout le monde joue à la pétanque, le niveau est beaucoup monté. Il y avait le Maroc, la Tunisie, Madagascar. Mais aujourd'hui, tu vois les Ivoiriens, les Algériens, les Togolais, les Burkinabés, ça joue, il y a de très belles équipes. Je les vois à Saly, avant ils n'avaient pas le niveau. Maintenant, oui. Tous ça, ce sont des pays qui peuvent faire un truc dans un championnat du monde, c'est sûr.


Au Canada, en 2018, c'est vous qui avez fait une demi-finale. C'est un résultat que vous espériez, ou bien c'était une belle surprise ?

C'est simple, on n'avait jamais fait un tel résultat dans notre pays. Avoir une médaille au championnat du monde par équipes, ça nous a vraiment fait plaisir pour le Sénégal.


Entretien réalisé par Pierre Fieux

 

 

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