Publicité

L'entretien du mois : Patrice Rodriguez, changement de logiciel

Posté par BOULEGAN le 1/6/2022 11:20:00 (5873 lectures) Articles du même auteur

Direct et passionné, ce rugbyman impose déjà son style au sein de la Direction Technique nationale. Avec des défis de taille à l'horizon...



Patrice Rodriguez, changement de logiciel

 


Nouveau venu à la FFPJP, où il a pris il y a quatre ans le poste de DTN adjoint avant de succéder l'an dernier à Jean-Yves Peronnet, le Directeur technique national de la FFPJP nous a accordé une longue interview, pour détailler le projet sportif fédéral qu'il compte mettre en place.


On vous connaît encore peu. On sait que vous venez du jeu à XIII, où vous étiez aussi DTN, et on vous dit affectif, bosseur et direct. Qu'est-ce qu'on doit savoir d'autre sur Patrice Rodriguez ?

C'est vrai que j'ai fait toute ma carrière au jeu à XIII, d'abord comme joueur de haut niveau, puis comme encadrant. J'ai quitté ce sport pour des raisons personnelles, et à l'époque, Jean-Yves Peronnet cherchait un adjoint, pour mettre en place notamment les futurs Conseillers techniques fédéraux. Le poste m'intéressait, j'ai postulé et j'ai été retenu. C'était en septembre 2018.


Vous êtes discret, aussi. Par exemple, il est très difficile de trouver des photos de vous.

Je n'aime pas trop me mettre en avant, c'est vrai. J'aime mettre en avant la Direction technique nationale par contre : je viens du rugby, et je préfère la notion de groupe et de collectif.

 


Parlons de cette structuration régionale qui se met en place, et de ce qu'on appelle la professionnalisation, c'est-à-dire le recrutement progressif de Conseillers techniques régionaux. A quel horizon va-t-elle être terminée, et que doit-on en attendre ?

Les CTFR, on en a déjà huit en poste, il devrait y en avoir un ou deux supplémentaires en fin d'année et on devrait être complets en 2023. Ce maillage régional, il faut bien voir ce que c'est : on ne veut pas remplacer les élus bénévoles, bien au contraire. Il s'agit plutôt de diversifier l'offre de pratique envers les jeunes, les féminines, les scolaires et orienter les régions là-dessus. Et à terme, il faudrait arriver à créer de l'employabilité d'agents de territoires pour aller faire les petites mains dans les écoles et les centres de développement.

En gros, il s'agit de décliner en région la politique nationale, sur trois aspects : développement, formation et haut niveau. Il s'agit aussi de créer des centres régionaux d'entraînement, parce que j'ai vu en arrivant qu'on faisait de la détection, mais qu'on n'avait pas ce qu'on appelle les structures territoriales d'accession au haut niveau.

Nous avons une culture du jeu, mais j'ai découvert qu'il n'y avait pas, à la pétanque, la culture de l'entraînement. L'idée, c'est d'accompagner les jeunes à partir des minimes et de leur donner les compétences pour faire partie des meilleurs.


Vous avez dû découvrir également qu'il existe un modèle français, basé sur un apprentissage familial, une transmission des savoirs au sein d'équipes qui mélangent plusieurs générations et une montée en niveau sur le tas, au sein des compétitions locales ou des grands open. Ce modèle nous a permis de dominer la pétanque internationale depuis très longtemps, et le projet sportif fédéral apparaît comme un changement assez révolutionnaire dans ce paysage. Cette révolution, comment comptez-vous la mener ?

En effet, il s'agit de faire un changement de logiciel. Ça ne veut pas dire que la pétanque ne restera pas aussi un loisir, c'est un aspect auquel je suis aussi très attaché. Mais si on regarde les vingt dernières années, on a eu ce que j'appelle les Quatre fantastiques qui ont ramené beaucoup de titres, mais c'était un peu l'arbre qui cachait la forêt. Parce que durant ces années, il fallait aussi se demander ce qu'il fallait mettre en place pour les remplacer à terme. Alors, on faisait des choses, empiriquement, à travers de la détection notamment, mais sans véritable modèle comme ceux qu'on peut avoir dans les autres sports co.

Du coup, après avoir fait un audit de cette situation, parlé avec les gens du sérail, j'ai cherché comment on pouvait évoluer. La première mesure, c'est l'ouverture de ces centres régionaux d'entraînement.

La seconde, qu'on a mis au point en profitant des confinements parce qu'on était moins sollicités, ce sont les référentiels de compétences. On a développé ça parce que je pense que la pétanque française est à part, dans le sens où elle est très stratégique, et que c'est là qu'elle fait la différence à très haut niveau. C'est là qu'il faut appuyer, en cherchant comment, à partir de jeunes joueurs ou joueuses qu'on a identifiés, les faire monter en compétences et les amener au plus haut niveau mondial.

Donc, on a écrit ça, et maintenant on a des nouveaux contenus d’entraînement, des références qu'on met dans nos formations. Et on s'aperçoit que les gens adhèrent, et qu'on peut espérer que d'ici dix ans, on aura de nouveaux talents qui sortiront grâce à ça, avec un bagage technique complet et une forte stratégie.

 


Le mélange de plusieurs générations dans une équipe, qui a été historiquement un marqueur constant de la pétanque, risque-t-il de disparaître avec ce projet sportif ?

Non, parce le gain d'expérience peut aussi provenir de l'accompagnement. C'est la raison de la présence sur la liste seniors de cette année de certains noms qui arrivent, comme Yohan Cousin, mais aussi des anciens, qui vont chapeauter les nouveaux sur le circuit des nationaux et les faire profiter de leur expérience. J'ai également choisi de prendre Philippe Quintais comme conseiller et de profiter ainsi de ses connaissances et de sa compétence tactique, sa capacité à anticiper les situations : il sait des choses qui ne sont écrites nulle part, on ne peut pas se passer d'un tel savoir.

 


On est dans une année extrêmement riche en compétitions internationales, avec des championnats d'Europe, des Jeux méditerranéens, des compétitions jeunes et espoirs et un championnat du monde triplettes en fin d'année. Pas mal de possibilités de titres donc, mais aussi des championnats du monde au Danemark qui viennent de se solder par une situation inédite : cinq titres en jeu et aucune médaille pour la France. Comment réagissez-vous face à ce résultat, et quelles leçons y a-t-il à tirer pour la suite ?

C'est un échec, il faut le reconnaître. Et c'est toujours embêtant, quand on a une nouvelle démarche, c'est de ne pas avoir gain de cause avec au moins un titre à ramener. Mais c'est comme ça : moi je pense que la démarche est bonne, mais qu'on n'a pas pu s'entraîner et se préparer comme on le voulait.

C'est un ensemble de compétitions très intense : le match de doublettes mixte contre les Thaïs a coûté beaucoup d'énergie à Dylan, et trois heures après il était sur le doublettes hommes et l'a mal débuté. On n'a pas pu regrouper les sélectionnés et les préparer, notamment la doublette mixte qui n'avait jamais été mise en place.

On a débriefé, bien sûr, avec David (Le Dantec, NDLR) et le staff de façon à comprendre et à ne pas revivre ça. Je pense que la sélection n'est pas à remettre en cause, qu'on a pris les gens qu'il fallait prendre, mais il faut qu'on aille plus loin dans l'accompagnement de nos joueurs et joueuses, faire des stages de préparation.

Je ne vous cache pas que j'espère un bon résultat cette semaine en Espagne au championnat d'Europe triplettes féminin, surtout pour elles d'ailleurs. Parce que les plus meurtris par les mauvais résultats, ce sont les joueurs et joueuses : Henri et Dylan étaient très affectés par les contre-performances au Danemark, et ça montre bien, au passage, à quelle hauteur ils mettent le maillot.

 

 

 TOUS LES REPLAYS sur YouTube  -  Les Facebook LIVE de Stefcasquette


Depuis très longtemps, la fédération française a considéré la triplette comme la pierre angulaire de la pétanque. Du coup, il y a très peu de compétitions nationales en doublettes, en doublettes mixte ou en tête-à-tête. Est-ce que ceci n'explique pas un peu cela ?

Peut-être. C'est vrai que culturellement, la triplette domine en France. Mais du coup, il faut se demander comment on peut amener à faire autrement. Moi, la formule du Choc des champions m'avait bien plu, de même que celle de la Coupe de France des clubs, toutes les formules y sont représentées et mises en avant.

Mais le circuit national ne suffit pas. Il y a une émergence des nations asiatiques, et je pense qu'il faut les rencontrer plus régulièrement, peut-être en les invitant chez nous ou en allant chez elles. Ça avait été fait à une époque, et c'était une bonne chose. Si on ne le fait pas, ils vont finir par être dominants.

Ensuite, il y a l'émergence de l'Espagne, de l'Italie, la montée en niveau de l'Allemagne, la permanence de la Belgique : pourquoi ne pas trouver un accord pour créer une compétition qui les regroupe, sur le modèle du Choc des champions ? Ça ferait la promotion de la pétanque, et nous donnerait l'occasion de rencontrer toute cette élite européenne qui à présent nous accroche.

La prochaine réforme des nationaux sera elle aussi importante. J'espère qu'elle sera l'occasion de créer une première catégorie d'épreuves avec un niveau de performances plus serré, et que ça tirera tout le monde vers le haut.

 

 LA FINALE du tête-à-tête ESPAGNE vs ITALIE 


Vous venez du jeu à XIII, on l'a dit. En arrivant dans la pétanque, quels sont les aspects qui vous ont plu, ceux que vous considérez comme des atouts pour l'avenir ?

Mon premier jour de travail, c'était à Strasbourg, pour le championnat de France triplettes. Ce qui m'a frappé, c'est la grosse compétence que nous avons pour l'organisation des compétitions. Du club jusqu'à la fédération, il y a une grande capacité à organiser les divers événements, je pense qu'on est très très forts, et on le voit quand on va sur les championnats du monde à l'étranger : c'est bien organisé bien sûr, mais on ne retrouve pas le savoir-faire qu'il y a ici.

Le deuxième constat que j'ai fait, c'est que nos joueurs jouent tout le temps. Et c'est bien, parce que je pense que le meilleur entraînement, c'est le match. A condition de ne pas s'user, bien sûr.

Enfin, un autre grand atout de la pétanque, c'est la force que représente ses bénévoles. Quand j'ai été à la Coupe de France à Rennes, j'ai été impressionné par ça. Au rugby à XIII, il y en avait aussi, mais ils étaient beaucoup moins nombreux.


Il y a d'autres aspects qui ont dû peut-être vous surprendre. Je pense aux payeurs, par exemple. Quel regard avez-vous sur eux ?

On le subit. Mais nous, on fait notre part avec les joueurs : on prend en charge le manque à gagner de leurs employeurs lorsqu'ils jouent avec le groupe France.

C'est vrai qu'en découvrant ce phénomène, j'ai été surpris, voire choqué, mais en même temps, tant qu'on ne professionnalise pas la pétanque, les joueurs chercheront à vivre de leur passion par les moyens qu'ils trouvent à leur disposition.

Mais ce que je leur dis, c'est que si l'on néglige l'Équipe de France pour jouer avec des payeurs, on se pénalise. Parce qu'à la fin, les payeurs prendront toujours de préférence ceux qui brillent en Équipe de France.

En fait, ils pallient un manque. Donc, qu'est-ce que nous, fédération, clubs, comités, on peut mette en place à l'avenir pour que nos meilleurs joueurs n'aient pas besoin de courir le cachet ? C'est comme ça qu'il faut raisonner.

 


A vos yeux, ça peut remettre en question la triplette, ou pas?

Je ne sais pas. En tous cas, il faut qu'on ait des compétitions qui soient telles que nos meilleurs joueurs s'y retrouvent.

Et en même temps, il faut aussi soutenir la pratique loisir, pour continuer à avoir une masse de licenciés, et notamment de jeunes licenciés, et favoriser aussi la création de plus d'écoles de pétanque. C'est très important, et on se rend compte que ce n'était pas forcément une priorité pour beaucoup de clubs, qui sont plutôt branchés sur nos 55 ans et plus.

On a aussi une convention avec l'Éducation nationale et l'UNSS, il faut qu'on arrive à s'en servir.


Entretien réalisé par Pierre Fieux


Note: 7.00 (1 vote) - Noter cet article -


Les commentaires appartiennent à leurs auteurs. Nous ne sommes pas responsables de leur contenu.
Auteur Conversation
          356 utilisateur(s) en ligne plus...

DANS LA BOUTIQUE
PODCASTS

SUIVEZ-NOUS
Pétanque mobile Facebook pétanque Dailymotion Vidéo pétanque Twitter pétanque YouTube Vidéo Pétanque Instagram pétanque Pinterest Pétanque Flux rss pétanque

Snapchat pétanque     Tiktok pétanque Twitch pétanque Apple Podcasts Pétanque Spotify Pétanque Deezer Pétanque
Pétanque sur Apple Store Application Mobile
Pétanque sur Google PLAY Application Mobile

Créer votre site Internet petanque
FORUM BLOGPETANQUE.COM
Entraide, trucs et astuces !