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L'entretien du mois : Dylan Rocher, une faim de loup

Posté par BOULEGAN le 4/1/2020 7:00:00 (32130 lectures) Articles du même auteur

Après une belle saison 2019, le champion du monde débute l'année avec une féroce envie de nouveaux titres.



Dylan Rocher, une faim de loup



Une nouvelle fois premier au classement des nationaux, le champion du monde a signé une très belle saison 2019. En ce début d'année, il vient d'accorder à Boulistenaute.com une longue interview à son image : franche, directe et souriante. Un entretien dont il ressort néanmoins une évidence : à l'orée de la saison 2020, le sociétaire du FIP Fréjus est, encore et toujours, affamé de titres.


Si tu es d'accord, je te propose de revenir tout d'abord sur ta saison 2019. Une première victoire à l'Europétanque, une nouvelle finale à l'Odyssée des champions, une première place au classement des nationaux et, surtout, ce fabuleux quatrième titre consécutif de champion de France doublettes avec Henri Lacroix. Quand vous gagnez cette finale, où tu vis un moment historique, tu le ressens comme tel ?

Sur le moment, non. On sait ensuite qu'on a fait quelque chose de beau, de bien, parce que tout le monde en parle, mais ce n'est pas ce qu'on ressent dans l'instant.

Avec Henri, en doublettes, c'est vrai qu'on est costauds. On s'entend très bien, c'est un sacré meneur de jeu, et depuis qu'on a gagné en doublettes à Millau, je crois qu'on n'a jamais perdu. Moi, c'est plutôt ça que je retiens, plutôt que les records, même si les records, ça fait aussi plaisir.

 


Je ne voulais pas parler que du record, mais du fait que tu viens d'évoquer, cette énorme série de victoires sans la moindre défaite. Ça, le fait de ne jamais perdre en doublettes, c'est une des raisons de votre sérénité, de votre force actuelle ?

Bien sûr. Cette force, cette confiance dans nos capacités, ça nous permet de passer les moments difficiles. Dans un championnat de France, il y a toujours des parties compliquées : on en a gagné pas mal à 11 ou 12, on a failli perdre plusieurs fois, et on s'en est toujours sortis. Si l'un a un coup de moins bien, il sait que l'autre peut le rattraper.

 

Justement, en parlant de parties difficiles, vous avez dû battre Stéphane Robineau et Benji Renaud deux années de suite, une fois en finale et une autre fois en demi-finale. C'est difficile, de faire deux sur deux face à eux ?

Bien sûr, c'est une sacrée doublette aussi. Peut-être que cette année, nous avons bénéficié de la petite avance qui consistait à les avoir déjà battus l'an dernier, et aussi d'avoir déjà gagné trois titres consécutifs. Si on avait perdu, ce n'était pas très grave en soi, puisqu'on sait très bien que la série va s'arrêter tôt ou tard et qu'on avait déjà, en demi-finale, bien défendu le maillot. Du coup, on partait déjà avec cette confiance qu'eux, qui cherchaient un premier maillot ensemble, n'avaient pas forcément. Mais ça n'a pas été facile pour autant : la partie a été très dure, et Benji a fait une casquette qui a peut-être changé le sort de celle-ci.

 


A Montpellier, où tu as disputé, et perdu, ta deuxième finale en deux ans dans l'Odyssée des champions en tête-à-tête, comment as-tu vécu ça ?

Montpellier, c'est un très gros truc. Un tête-à-tête avec autant de champions du monde, c'est du jamais vu. Dans des compétitions comme ça, on est déjà bien content de sortir des poules. Et en même temps, perdre deux années de suite en finale, c'est décevant.

Mais ce n'est pas une semaine facile : on enchaîne pas mal de choses, et lorsqu'à la fin on fait la finale au milieu de la première journée de l'International, à quatre boules en plus, honnêtement, c'est un peu dur de tout gérer. Mais après, quand tu es un compétiteur, tu joues pour gagner, et si tu perds, tu es forcément déçu.

En même temps, je n'ai pas perdu contre n'importe qui à chaque fois (Quintais et Le Boursicaud, NDLR). Ce sont de très grands joueurs, et en tête-à-tête, ça va très vite. Mais... j'essaierai de revenir l'année prochaine, et de gagner. (rires)

 


La prochaine échéance, c'est très bientôt, tout près d'ici. Tu vas défendre tes titres à Fréjus, dans la Grande finale PPF, en tête-à-tête et en triplettes. Le fait de jouer devant ton public, devant des gens que parfois, tu croises tous les jours, c'est particulier ?

Ca crée une pression supplémentaire, c'est certain. On joue devant des gens qui nous aident toute l'année à aller chercher nos titres, des amis, des gens de Fréjus ou de Draguignan, on a envie de faire bien. Mais en même temps, on est habitués, et cette pression est moins forte du fait qu'on a gagné cette finale deux fois de suite. Voilà, l'essentiel pour nous, c'est de prendre du plaisir, d'essayer de bien jouer, et de tenter de gagner encore, bien sûr.


Il y a une autre échéance qui se profile déjà, si comme on le pense tu y participes, ce sont les prochains championnats du monde, qui se tiendront en juillet à Lausanne. On te voit toujours très motivé, très affûté, lors de ces compétitions internationales. Est-ce que c'est aussi le cas cette année ?

Ah, oui, bien sûr. Je pense que dans une carrière de pétanqueur, les championnats du monde, c'est ce qu'il y a de plus beau, avec les championnats de France. C'est sûr que j'aimerais bien y retourner pour défendre le titre.

Je ne sais pas, bien sûr, qui sera sélectionné, mais je pense que ça ne devrait pas être très loin des quatre champions du monde en titre. Après, les grosses compétitions, j'y viens toujours pour gagner : si je suis sélectionné, j'irai pour chercher le titre. Mais ce sera compliqué : on ne pourra pas toujours gagner, parce que la concurrence est de plus en plus rude.

 

 

 

 

On l'a vu en effet cette année, avec les parcours difficiles de l'équipe de France masculine aux championnats d'Europe et des équipes de France féminines aux championnats du monde. Justement, quelles sont les nations, ou les joueurs, dont vous devrez le plus vous méfier en Suisse ?

Il y en a beaucoup. On parle toujours de la Thaïlande ou de Madagascar, à juste titre, mais si tu regardes des pays comme le Laos, le Vietnam, le Cambodge, le Maroc, la Tunisie, c'est costaud. Ca se complique d'année en année, mais d'un autre côté, quand je regarde les joueurs avec qui je joue, je suis plutôt confiant.

Quant aux joueurs, c'est vrai qu'il y en a, comme Rizzi, les Thaïlandais ou les Malgaches, qui sont très bons. Mais je dirais plutôt que ça dépend de nous, de notre niveau de jeu. En général, quand on joue bien, on gagne. Quand on joue moins bien, comme contre le Bénin à Tananarive, on perd.


Le fait que ce soit en Suisse, avec la possibilité pour beaucoup de fans français d'être là, ça va jouer un rôle ?

Là aussi, ça devrait créer une pression supplémentaire, mais je pense que ça va être joli. Le cadre a l'air beau, et les Suisses devraient organiser ça très bien.

 


Cette année, on t'a vu animer plusieurs stages de pétanque sur les installations du FIP Fréjus, ainsi qu'au carré Obut à Saint-Bonnet le Château. Auparavant, tu as été très présent auprès des élèves de l'école de pétanque de l'ABC Draguignan. Tu aimes çà, transmettre ce que tu sais de la pétanque, et aider les autres à progresser ?

J'adore ça. Je pense d'ailleurs que je vais me lancer dans une offre de stages avec mon frère Gueven. Je rencontre des gens qui sont très demandeurs, qui sont heureux que je leur montre certaines techniques, que je leur donne certains conseils. Ca fait plaisir de voir qu'ils se prennent au jeu, qu'ils passent une bonne journée. Donc c'est bien de faire çà avec les grands, et avec les petits, dans les écoles de pétanque, c'est encore mieux. S'ils ont quelqu'un qui leur apprend dès le départ les bonnes bases, leur fait deux-trois démonstrations, ils vont partir du bon pied.

Lorsque tu t'occupes de jeunes, tu leur donnes en effet des conseils techniques, ou tactiques, mais est-ce que tu les conseilles également sur le comportement qu'il faut avoir lors des parties ?

Oui, parce que c'est aussi important que le jeu. Lorsque tu n'as pas un bon comportement, tu peux avoir un super-bras, ça va te fermer pas mal de portes. C'est important de le comprendre.

J'insiste aussi sur le fait qu'il faut se faire plaisir, ne pas se prendre la tête. Malgré ma jeune carrière, j'ai déjà vu beaucoup de jeunes avec des parents, derrière, qui étaient à fond et leur mettaient beaucoup de pression. Les jeunes, il faut les laisser jouer, il faut qu'ils s'amusent, qu'ils prennent du plaisir. Après, les victoires, les titres, ça viendra tout seul.

 


Toi, tes parents ne t'ont pas mis ce genre de pression ?

Non. Mon père était un champion de pétanque, mais si j'avais fait du foot ou autre chose, ça ne l'aurait pas gêné. Quand j'étais petit et que je jouais, j'avais horreur qu'il me regarde. Du coup, il me regardait de loin. Non, mes parents, ils n'étaient pas du genre à me mettre la pression. C'était : « Fais-toi plaisir, et après on verra. »

Mais, mes frères et moi, quand on était petits, on pouvait nous proposer n'importe quel jeu, celui qu'on préférait, c'était toujours la pétanque. Mais ça venait de nous, pas d'une quelconque pression de nos parents.

 

Avec, peut-être, un exigence au niveau du comportement...

Ca, c'est sûr. Ils ont toujours été derrière nous, et ils le sont encore aujourd'hui. Que ce soit dans la pétanque ou dans la vie, si on fait quelque chose qui n'est pas bien, ma mère, et encore plus mon père, seront là pour nous recadrer.

 


Cette année, tu reformes la même équipe au sein du FIP Fréjus, avec Henri Lacroix et Stéphane Robineau. Vous avez déjà gagné beaucoup de choses : quels seront vos objectifs cette année et, au-delà de çà, comment fait-on pour trouver la motivation nécessaire pour aller chercher encore d'autres victoires ?

Avec le FIP, l'objectif principal, çà va être la Coupe de France des clubs. C'est la compétition qui est le plus à même de faire rayonner ce club qui nous aide beaucoup, ce serait vraiment bien de pouvoir la gagner. Ensuite, le premier objectif, ce sera de se qualifier pour le championnat de France triplettes, et puis ensuite de remporter un maximum de titres. On sait qu'on ne va pas pouvoir tout gagner, mais il y a de confiance dans les équipes que je forme en doublettes et en triplettes : çà peut nous aider. On s'entend très bien, on est polyvalents, on est assez craints...

 


Ma question portait surtout sur la remotivation. Vous restez, Henri et toi, sur quatre titres consécutifs en doublettes. Quand vous allez arriver sur le prochain championnat de France, comment est-ce que vous allez avoir encore assez faim pour aller tenter d'en accrocher un cinquième ?

Une chose est claire : chaque fois qu'on joue, on joue pour gagner. Je pense que tous ceux qui nous regardent le voient. Je ne dis pas qu'on prend toujours du plaisir : on joue énormément, et il peut parfois arriver, l'été, qu'on soit un peu fatigués, qu'on n'ait pas spécialement envie de jouer, mais dès qu'on est dans une des grosses compétitions, l'adrénaline remonte, l'envie revient, et on veut gagner.

 

 

Tu as toujours beaucoup voyagé, tu le fais toujours beaucoup et tu côtoie, dans pas mal de pays différents, des passionnés de pétanque du monde entier. Quelle image est-ce qu'ils te renvoient de toi et, plus largement, de la pétanque française ?

C'est vrai que j'ai la chance de beaucoup me déplacer. Cette année, je vais aller au Mexique, au Pérou, je vais souvent en Floride, à New-York, à Saint-Barth et je m'aperçois que grâce à Internet, aux réseaux sociaux, à la télévision, les gens que je rencontre là-bas suivent de très près la pétanque. Ils aiment çà, et ça participe au fait que la pétanque commence à bien prendre dans beaucoup de pays. Ca fait plaisir.

 


Tu constates des différences entre ces passionnés que tu rencontres dans les autres pays, et ceux que tu peux rencontrer en France ?

Ici, on a beaucoup de concours, alors que là-bas, ils n'en ont que très peu. Il jouent beaucoup entre eux, dans leurs clubs, et ont moins l'habitude de la compétition. Mais au niveau de la passion, c'est la même que celle qu'on rencontre ici.

 

2020 commence, et on est dans la période des vœux. Qu'est-ce qu'on peut te souhaiter, pour cette année qui vient ?

Ben... Gagner un maximum de titres (rires). Prendre du plaisir. Ne pas avoir trop de blessures au niveau du bras, puisque c'est toujours un peu compliqué de gérer les soucis que j'ai à ce niveau-là.

Et surtout, que tous les gens que j'aime soient en bonne santé. Le reste, c'est secondaire, ce n'est qu'un jeu.

 

 
 
Entretien réalisé par Pierre Fieux

 

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