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Dirigeants : Une envie irrépressible

Posté par lolo le 17/1/2013 5:00:00 (3564 lectures) Articles du même auteur

Si, parmi les 33 candidats en lice, il avait fallu désigner celui qui viendrait spontanément frapper à la porte de Boulistenaute, notre choix aurait logiquement plébiscité Daniel Floch, le président du comité des Hauts-de-Seine. En effet, bien avant Internet et après nos célèbres conteurs méridionaux,  Daniel Floch fut l’un des rares précurseurs du « parler » pétanque. Entretien  avec cet enseignant retraité, candidat atypique mais sacrément motivé et persuadé d’être enfin élu. 


 

 Daniel Floch sur le perron du siège du comité prêt à gravir les marches de la fédération

 

Daniel Floch, vous êtes pour la 3ème fois en 12 ans, candidat au comité directeur de la Fédération. Quelle est la raison d’une telle persévérance ?

Ce n’est pas du tout une envie soudaine survenue en me rasant le matin mais le résultat d’une réflexion que je mène quotidiennement depuis plus de 30 ans ; j’ai toujours voulu intégrer les instances fédérales. C’est une envie irrépressible,  mais pour atteindre cet objectif il convenait que toutes les conditions soient enfin réunies ce qui est le cas aujourd’hui.

Avant de parler de vos motivations, revenons sur votre parcours atypique. Depuis combien de temps êtes-vous licencié et comment se sont déroulées vos premières années à la pétanque ?

Je suis un parisien d’origine et j’ai pris ma première licence en 1969 à Paris, au Pétanque Club du 18ème avant de jouer quelques temps à l’USMA Saint Ouen puis enfin au LPA Clichy, alors club parisien mais qui a depuis vingt ans quitté le giron du comité de Paris pour rejoindre celui des Hauts de Seine.

Et de suite vous avez voulu parler de pétanque ?

Oui tout à fait. Dans les années 70, j’ai commencé à jouer à un bon niveau tout en m’intéressant à la communication puis dans les années 80, j’ai eu l’opportunité d’évoluer comme partenaire occasionnel de certains parmi les meilleurs joueurs de l’époque. En parallèle, j’ai vécu le début d’une belle aventure au cœur de la presse écrite. Devenu le complice de Marc Alexandre,  j’ai eu la chance d’écrire pour le magazine « Sport pétanque » qui pour moi, et beaucoup d’autres, reste la référence en matière de revue consacrée à la pétanque. Depuis, au fil des  décennies,  j’ai quasiment collaboré avec tous les magazines qui ont vu le jour tels Boules news, Boules magazine et jusqu’à France Pétanque en passant par pétanque magazine (la revue d’OBUT) ou encore Le Parisien.

 

Daniel Floch a aussi participé à plusieurs émissions de radio consacré à la pétanque

 

Pour quelle raison vous êtes-vous investi dans ce domaine d’une presse très spécialisée ?

Tout simplement pour l’amour et la maitrise du jeu et des belles aventures ; j’ai toujours aimé regarder et analyser les parties,  faire des statistiques en direct. Ces dispositions m’ont également orienté vers le coaching (finaliste de la première coupe de France en 2000), la radio ou occasionnellement la télévision comme consultant. Entre 1984 et 1988, Sport pétanque était vraiment un magazine reconnu et attendu. Je me souviens qu’en 1988, en amont de la première sélection mondiale de l’équipe de France, nous avions organisé un sondage auprès de nos lecteurs qui avaient plébiscité la triplette Didier Choupay, Christian Fazzino et Daniel Voisin. Cette dernière fut sélectionnée puis doublement titrée. C’était vraiment une bonne époque ; j’étais plutôt la plume consensuelle alors que Marc  Alexandre était beaucoup plus tranchant  et n’hésitait pas à égratigner les instances fédérales donnant finalement au magazine une certaine puissance.

Cette passion, tout comme pour Marc, vous a naturellement mené à l’animation de grandes manifestations ?

C’était un peu la suite logique ; le déclic est venu en regrettant que seuls  les fameux «  3 jours de Saint Pierre » de Toulouse étaient réellement animés. De nos longues discussions a germé la nécessité de proposer nos services en assurant nous-mêmes les animations dans les nationaux. Marc n’avait pas la fibre du compétiteur et s’est totalement investi dans le concept d’animation qui a pris rapidement de l’ampleur. En revanche, pour les championnats de France, la fédération était beaucoup plus réticente. Il a fallu vraiment s’imposer.

 

Daniel Floch, animateur dans les nationaux, ici à Bassens avec Marco Foyot et de jeunes pousses.

 

Alors pourquoi de ne pas avoir continué dans cette voie pour embrasser celle du dirigeant ?

Ce que je visais alors, c’était  justement que la communication intéresse la politique fédérale. C’est dans ce contexte qu’a germé en moi l’idée d’intégrer les instances fédérales pour apporter cette expérience et surtout combler un manque qui me semblait évident.

Et pourtant il a fallu attendre un long moment avant de tenter votre chance ?

J’ai compris depuis que ce n’était pas vraiment le meilleur moyen d’intégrer le comité directeur de la fédération. Comme joueur et journaliste, je n’avais pas du tout le profil ; pour avoir une réelle chance de succès dans les élections, il fallait totalement faire partie du sérail des dirigeants même si Jean-Yves Loulon, justement l’une des stars des 3 jours de Saint-Pierre, a été l’exception en assurant un double mandat fédéral. Malgré tout dirigeant au LPA, j’estimais que le cumul des activités de journaliste, joueur et dirigeant de haut niveau était impossible. J’ai surtout profité à fond de cette période en jouant avec les tous meilleurs. J’ai dû faire plus d’une quarantaine de concours avec Michel Loy et remporté une dizaine de nationaux tout en me qualifiant pour 3 championnats de France.

 

Daniel Floch en présence de Michel Loy et du tout premier champion du monde jeune Fabrice Kelle.

 

Avec je crois une anecdote savoureuse sur la marseillaise à la clé ?

Oui, c’était en 1989. Mes productions dans le magazine d’OBUT m’avaient permis de bénéficier d’une invitation pour une triplette à l’occasion de « la Marseillaise ». J‘avais entrepris de faire équipe avec Philippe Quintais, dont c’était la 1ière marseillaise, et Laurent Morillon. Entre temps, mes deux partenaires étaient présélectionnés pour le championnat du monde. Quelques jours avant la Marseillaise, Philippe qui était champion de France tête à tête en titre, prenait une spectaculaire fanny en quarts de finale du championnat de France à Epinal contre le gersois  Gérard Delom. A cause de cette malencontreuse fanny, le comité de sélection de la fédération écarte Philippe alors que Laurent Morillon est convoqué pour un stage programmé en même temps que la Marseillaise. J’ai finalement joué avec Philippe et Malik Kerdjou. Sur le coup, je suis resté très dubitatif voire révolté face cette décision d’élus, auto proclamés sélectionneurs, qui avaient écarté Philippe sur le simple résultat d’une partie alors qu’il était déjà assurément le très grand joueur que nous connaissons aujourd’hui.

 

La Marseillaise, un concours cher à Daniel Floch

 

Finalement cet objectif fédéral a pris corps dans les années 2000 ?

En 2001, un mois après avoir participé au championnat de France de Narbonne, je me suis fracturé le poignet droit  signifiant pour moi la fin de la compétition. Le moment était venu. En 2004, je suis élu au comité des Hauts de Seine puis après avoir été secrétaire pendant 4 ans, j’en suis devenu le président en 2010 tout en évoluant au sein de la ligue de l’Île-de-France comme vice-président.

Mais entre les années 80 et les années 2010, la fédération a beaucoup évolué en particulier sur le plan communication. Votre objectif a dû être revu ?

Il est évident que les besoins ne sont plus les mêmes ; l’arrivée de Quarterback et d’un employé dédié à la communication ont changé quelque peu la donne mais il reste encore de la place pour un élu. Je pense notamment à une surveillance un peu plus serrée et fédérale de l’influence imposée par la société privée  « Quarterback » que je trouve un peu trop envahissante. Et puis tout le secteur promotion de la pétanque et du jeu provençal qui est peu développé. A l’heure actuelle, si vous souhaitez participer à un forum des associations par exemple, les clubs ou les comités ne possèdent aucun outil, que ce soit de la documentation, des affiches ou autres. C’est un domaine qui mérite vraiment d’être organisé et développé.

Si vous êtes élu, votre rôle pourrait-il se limiter à ce domaine d’activité ?

Absolument pas et je ne le revendique d’ailleurs pas. Les expériences de dirigeant de comité et de ligue favorisent voire imposent des connaissances et implications dans d’autres domaines. La présidence d’un comité est très formatrice. Il faut se préoccuper de tout, que ce soit dans l’administratif, le sportif, la comptabilité ou  même la discipline. C’est pour cela, qu’une fois élu, par le jeu des capacités ou tâches transversales et des commissions, je serai tout à fait volontaire pour intégrer un secteur d’activité qui ne serait pas forcément celui que vous semblez privilégier.

Nous voici maintenant  au cœur du fonctionnement de la FFPJP, est ce que l’organigramme actuel vous convient ?

Franchement  non et trois fois non. Les clubs, les comités et certaines ligues qui devraient logiquement s’inspirer du grand frère fédéral lui montrent plutôt l’exemple. L’organigramme du comité directeur de la fédération présente un grand vide sur son épine dorsale. Pas trace de vice-président délégué qui est par son action compensatrice auprès du président, dans mon esprit, le légitime n°2. Les vices présidents sont sans réel pouvoir alors qu’ils devraient se trouver à la tête de grands secteurs. Que dire de l’absence criarde de directeur sportif qui chapeauterait les différentes commissions et comités de pilotage. Pour moi cette absence de coordinateur sportif est une anomalie. Il faut que la fédération soit organisée en grands secteurs ou pôles tout en compensant au mieux les trous nécessairement provoqués par les incohérences du système électoral uninominal.

 

Avec le LPA Clichy, Daniel Floch coach sera le premier finaliste de la Coupe de France en 2000 à Tours. La victoire était revenu au breton de Concarneau de Douric Arzin emmené par un certain David Le Dantec.

Comment appréciez-vous les liens entre la fédération et les comités ?

Historiquement, les comités ont bénéficié d’une large autonomie dans leur gestion mais j’estime sincèrement que,  même si l’on peut trouver des exemples contraires, les comités respectent les décisions fédérales. Que ce soit pour la mise en place de la carte à puce ou du championnat promotion, les comités ont bien été placés dans l’obligation de suivre le mouvement. Pour ma part, dans mon comité, je suis très attaché à suivre les instructions fédérales même si mes collaborateurs me le reprochent parfois. Les remontées et les élections sont là pour exprimer les désaccords.

La fédération est souvent critiquée pour ne pas avoir su enrayer la baisse des licenciés, est t-il aussi facile de ne désigner qu’un seul fautif ?

La baisse des licences est un mécanisme qui n’a pas de rapport avec des décisions prises au plus haut niveau. Il s’agit davantage d’un ajustement inéluctable lié à l’évolution de la société qui propose chaque jour des nouveautés, particulièrement au niveau des loisirs et des activités sportives. A l’époque, l’augmentation des licences n’était pas davantage attribuée aux dirigeants nationaux. Attachons nous plutôt à en limiter les effets sans se focaliser sur des chiffres théoriques.

Pourtant il faut bien prendre des décisions pour essayer de contrer cette baisse ?

Evidemment et des décisions ont déjà été prises ; la mise en place du championnat des clubs est déjà un très bon frein car il permet de faire participer des licenciés qui ne se retrouvent pas dans les compétitions traditionnelles. Et puis il faudra repenser à des possibilités multiples de la licence.

C’est un sujet qui revient régulièrement sur le tapis et on a vraiment l’impression que la fédération a du mal à franchir le pas ?

L’enjeu financier est important et il ne faudra pas se planter. Je suis favorable à une modulation de la licence suivant l’utilisation que l’on en fait, bien plus chère pour les meilleurs joueurs et réduite à plusieurs niveaux pour les autres. L’affaire est compliquée car il convient d’appréhender les situations de joueurs qui changent de catégorie occasionnellement.

 

 

 Devenu président, Daniel Floch est présent à toutes les finales départementales.

 

 

Justement quels sont  les arguments pour ceux qui ne font pas de compétitions afin qu’ils restent licenciés ?

Le rôle des clubs est important car ils offrent un espace d’accueil avec leur terrain et/ou leur club house à une population hétérogène qu’ils cherchent à satisfaire. Pour limiter les recours aux cartes de membres honoraires, l’argument de l’assurance n’est  pas suffisant. En revanche la licence carte à puce devrait ouvrir d’autres possibilités. L’avenir passera par une licence qui procurera des avantages avec des commerçants, un sponsor, une sorte de licence carte achat.

La baisse se ressent aussi au niveau de la fréquentation des concours ; elle est souvent liée à des problèmes de discipline et d’incivilités ; quelle pourrait être votre action ?

C’est un gros sujet, en premier lieu beaucoup de comités souffrent de problèmes d’arbitrage, en Île de France nous sommes quelques comités avec 5 ou 6 arbitres alors que la moyenne nationale  est de 25. Certains licenciés seraient motivés mais l’épreuve écrite est souvent un obstacle, ce que je peux comprendre, car pour beaucoup, le questionnement n’est pas évident. Il faudrait intégrer une partie officielle de l’examen à l’oral  car il serait dommage de se priver de personnes qui connaissent très bien le règlement mais qui sont tétanisées par l’examen écrit. De plus, chose surprenante, les directives fédérales n’évoquent pas le côté pratique. Il est indispensable de vérifier l’aptitude physique du candidat avant d’envisager un contrôle théorique. Si un candidat est noté 20 sur 20 à l’examen mais ne peut pas se baisser pour mesurer ou n’a jamais vu une tirette, il rend la situation  burlesque.

Et concrètement sur le terrain comment lutter face aux incivilités ?

Il est de plus en plus difficile de faire de la discipline. En IDF, nous avons envisagé de délocaliser les commissions de discipline dans les comités voisins pour rendre des jugements beaucoup plus sereins  en limitant les influences dues au copinage. Mais il semble que les comités ne soient pas encore prêts à recevoir les affaires des autres. Une autre piste serait de transformer la ligue en première instance en incluant des personnes qualifiées et spécialisées avec l’aide fonctionnelle et matérielle des comités. Le fait de traiter les cas d’appel directement par la fédération poserait des problèmes d’engorgement étant donné la masse des dossiers à traiter. Que faire…

Là vous parlez de procédures lourdes et extrêmement codifiées règlementant les affaires les plus graves. Que doit-on appliquer pour les petits écarts ?

Il est exact que nos procédures sont très lourdes à mettre en place et à appliquer sereinement. Par ailleurs, les sanctions sont souvent trop sévères au niveau maximum. Cependant, pour traiter au coup par coup les  petites incivilités qui nous empoisonnent, je suis plutôt favorable à des décisions prises sur le terrain par l’arbitre et sous la responsabilité du jury. La carte à puce pourrait alors nous permettre de suspendre un joueur pour un concours, un week end ou une semaine voire un mois. Un joueur ayant fauté sur un championnat pourrait être suspendu pour le même championnat la saison suivante. .. etc…

Est-ce que l’on peut envisager une licence à points comme le permis de conduire ?

Oui pourquoi pas, cela nécessiterait un suivi au niveau du comité mais ce serait une sorte d’épée de Damoclès en permanence sur la tête des joueurs. Une fois le capital point épuisé, la sanction deviendrait automatique, encore sans intervention de la commission de discipline.

Les jeunes reviennent souvent comme un sujet des plus importants pour le prochain mandat, quel est votre opinion sur ce sujet ?

J’ai peur de paraitre réactionnaire mais quand j’attends parler de jeunes, il faudrait  dire plutôt enfants et adolescents. Pour un enfant, et surtout pour un adolescent, la pétanque ne peut être qu’une activité de complément  à la pratique d’un autre sport. Nous ne serions pas dans notre rôle d’éducateur en faisant du prosélytisme dans les écoles, affirmant qu’il est préférable de faire de la pétanque plutôt que du foot, du rugby, du judo ou du basket. Nous le constatons dans mon comité : nous avons des actions bien installées et efficaces dans des écoles avec des éducateurs en adéquation avec les professeurs de sport. Le résultat, c’est 0 licence.

 

Ici avec les féminines.

 

Le développement de la pétanque dans les écoles c’est donc un leurre ?

Le terme est un peu excessif et mon propos ne doit pas suggérer un retrait de la pétanque à l’école. Cependant, depuis des lustres, les enfants qui sont licenciés chez nous le sont parce qu’ils vivent dans une sphère familiale qui compte un ou plusieurs parents déjà pratiquants. La pétanque peut constituer un merveilleux complément pour une activité sportive principale et  retrouvera naturellement sa place dans les périodes de vacances. En revanche, pour l’avoir constaté, je crois davantage dans les actions entreprises auprès des centres aérées ou les enfants sont plus disponibles et encadrés par des moniteurs à la recherche de nouvelles activités. Les conditions de sécurité sont à étudier et rapidement à mettre en place. Egalement, en milieu urbain, je suis aussi persuadé qu’il faut s’intéresser aux cités et aux quartiers défavorisés car la pétanque peut alors créer du lien social.

Du coup,  qui sont nos jeunes pour vous ?

Un jeune est une personne âgée de 25 à 35 ans qui vient de terminer sa carrière sportive et désire continuer à exercer une activité physique moins astreignante. Je suis certain qu’il y a un créneau non exploité par nos « recruteurs » et qui est potentiellement très favorable en termes de licences.

Finalement la reconquête des effectifs doit se faire dans tous les âges ?

Evidemment. Il ne s’agit pas de favoriser une politique fondée sur le vieillissement mais il convient de gérer au mieux le fait que la moyenne d’âge augmente inéluctablement. Nous avons la chance d’évoluer dans une discipline où l’on peut être compétitif à tout âge et je l’ai constaté une nouvelle fois récemment, au dernier championnat  de France vétérans à Anduze. Le tireur gardois champion de France avait allégrement dépassé les 70 ans et, pendant les 2 jours, il a réalisé une moyenne de tir variant de 8 à 9 sur 10. Cet exemple, comme d’autres nous incite à relativiser le constat de la chute des licences.  J’évoquerai aussi les personnes handicapées ; j’ai impulsé un très gros effort qui est consenti par notre comité en leur direction avec l’aide de la FFSA (Fédération Française de Sport Adapté)  et cela plait énormément ; il suffit d’avoir vu la démonstration de l’équipe de France FFSA au dernier championnat du monde pour être conquis.

Autre débat, celui du haut niveau que l’on oppose  à la base, quel est votre analyse ?

Il est évident qu’il faut défendre le haut niveau mais avec un cercle de joueurs restreint et pas une cinquantaine. La fédération se doit d’avoir une image de marque avec des joueurs emblématiques mais qui doivent  être irréprochables sur tous les points. Lorsque l’on détient un joueur comme Dylan Rocher, on possède une pépite qu’il faut absolument protéger et médiatiser. Quand on le présente on constate de suite que nous avons affaire à un vrai sportif, propre  sur lui doté d’un physique loin des stéréotypes du joueur bedonnant. Sous cet aspect, il est naturel que je sois à 100 % pour continuer la pétanque à la télévision, c’est un outil de promotion exceptionnel.

Ce haut niveau réduit que vous appelez de vos vœux est lié à l’activité de la DTN, comment la définiriez-vous ?

Je suis beaucoup plus circonspect sur la DTN et je trouve qu’il y a eu des errances financières par le passé. Il faut un contrôle beaucoup plus rigoureux. La DTN est employée par la fédération et doit être sous le contrôle du directeur sportif que j’évoquais plus haut. Je regrette aussi le fait que les différents DTN successifs n’étaient pas issus du sport pétanque. Certes ils  sont garants de  l’expérience technique du poste mais parfois c’est franchement à la limite du compréhensible avec des graphiques souvent illisibles pour un éducateur lambda. En prévision d’actions futures, je serais tenté d’accorder ma confiance à un Laurent Morillon, grand joueur qui vient d’intégrer la DTN et que je sais capable de pédagogie et de patience.

Les compétitions font également débat, le présent mandat qui s’achève a vu apparaître une réforme des nationaux, quel  est votre sentiment ?

Ce qui me revient en mémoire est le fait que des joueurs moyens soient catalogués comme  des porteurs d’eau. Notre sport est le seul qui permet aux petits joueurs locaux d’affronter sur une partie sèche les meilleurs joueurs du monde. Beaucoup le considèrent comme un honneur et c’est réellement un avantage. Personne ne contraint les joueurs à s’inscrire dans les gros concours. Ma conception d’un haut niveau professionnalisé ferait justement tomber cet avantage donné aux autres joueurs. Certains le déploreraient sans doute.
 Tous les cas de figure proposés pour les seniors sont naturellement applicables aux féminines.

Quelle serait la solution pour satisfaire tout le monde ?

Je suis partisan de la mise en place d’un circuit dans le style des masters pour les tous meilleurs  avec un statut particulier qui s’apparenterait à du professionnalisme. Médiatisés, ils seraient assurément de grands évènements promotionnels  pour la pétanque. Cela laisserait un peu plus de champ libre aux autres joueurs dans les nationaux même s’il faut continuer la réforme entreprise en diminuant leur nombre et le respect du cahier des charges afin de gagner en crédibilité et qualité d’organisation. En revanche je suis contre les 4 prix identiques en demi finale. Je suis cartésien et je ne vois pas en quoi cette solution limiterait le partage car par définition, ils ne jouent plus rien en finale. Par expérience, ce n’est pas le partage qu’il faut éradiquer, c’est le fait que les parties ne se jouent pas sérieusement. Pourtant, dans les concours de prestige qui sont évidemment partagés, les joueurs jouent à fond, pour le palmarès, la galerie, la demande de l’organisateur ou la persuasion de l’animateur. Il convient de traiter les problèmes par le bon bout.

Pour innover, vous avez personnellement mis en place dans votre comité un championnat de tir de précision, quel impact a-t-il eu ?

Un très gros succès populaire ; ce championnat  était réservé à 32 tireurs, un par équipe qualifiée pour le championnat départemental en triplettes. Le succès a dépassé mes espérances car nous avons respecté scrupuleusement le règlement international et que le public a été présent sans interruption, abandonnant les parties classiques. Ce championnat est une merveille et je regrette qu’il ne soit pas organisé au niveau national et régional.

 

 

 

La fédération recherche encore un mode de classification qui soit indiscutable. On l’a vu encore en fin de saison quand une règle concernant les promotions a été modifiée avec effet immédiat en cours de saison. Quel est votre avis.

Les classements actuels c’est un peu tout et n’importe quoi, on a voulu réduire les joueurs en 3 catégories alors qu’au contraire il fallait mettre en place une gamme beaucoup plus élargie. Si vous faites 80 points en promotion, pour moi il est anormal de se retrouver devant celui qui, par exemple, a perdu en ¼ de finale du championnat de France toutes catégories et qui en aurait fait 50. L’une des grandes erreurs de ces dernières années a été la suppression des points palmarès qui étaient calculés avec des coefficients multiplicateurs suivant l’épreuve que l’on disputait. Avec les moyens informatiques actuels, il est tout à fait possible de construire un classement sur les 5 dernières années par exemple. Il faut arriver à un classement « honnête » en tenant compte de la place dans ce classement et pas du nombre de points marqués.

Si je comprends bien, davantage de catégories, ce serait se rapprocher de la Lyonnaise et de ses 4 divisions ?

Tout à fait, les écarts entre les joueurs sont beaucoup trop disparates. Si vous débutez dans la pétanque, vous aurez du mal à trouver votre place d’emblée dans les concours d’aujourd’hui. L’éclatement en plusieurs catégories permettrait à chacun d’accéder à une compétition de son niveau.

Pourtant le nombre de participants est en baisse dans les concours, créer autant de divisions semble difficile ?

A la lyonnaise, il existe bien 4 divisions alors que le nombre de licenciés est bien moins important qu’à la pétanque et justement c’est peut être cette absence  de différentes catégories qui freine la participation. Il est toujours possible d’organiser des compétitions regroupant plusieurs divisions.

L’harmonisation des compétitions, des différents modes de qualifications et des dates est une demande forte, qu’en pensez-vous ?

Pour moi c’est utopique car impossible à mettre en place, le paysage de la  pétanque en France est divers et varié et non pas uniforme et lisse. Harmoniser cela veut dire faire fi des coutumes, des conditions climatiques, des potentialités des terrains et  des boulodromes couverts (inexistants en IDF).

Pourtant la fédération a essayé de mettre en place un cadre plus restreint au niveau des championnats de ligue et des modes de qualifications ?

Certes. Pour autant, trouver un mode  de qualification identique semble difficile, l’idée de faire d’abord un championnat départemental qui débouche sur un championnat de ligue est plaisante mais comme les 2 épreuves qualifient pour un même championnat de France, celui qui est champion de ligue n’aura pas plus de mérite surtout  que, paradoxalement, ce sera une équipe qui n’aura pas pu s’imposer dans son championnat départemental. Moi je trouvais très bien l’époque où pour le championnat départemental en  triplettes il y avait 4 qualificatifs. Si on passait dans les 2 premiers, on se qualifiait également pour la ligue et dans les 2 derniers, seulement pour le championnat départemental. Ensuite la phase finale à 16 équipes se disputait en poules à chaque tour. C’était un véritable championnat car pour moi un championnat par élimination directe ce n’est pas un championnat mais une Coupe.

Que pensez-vous de ce qui semble un déficit d’intérêt pour le jeu provençal.

Le jeu provençal est comme moi, atypique. C’est un sport magnifique quand il est pratiqué dans l’esprit. Ses vertus régénératrices qui transforment un belliqueux pétanqueur en gentleman et le respect général des lois et règlements font du jeu provençal une véritable thérapeutique et il reste donc indispensable. Malheureusement, sa pratique est quasiment abandonnée dans un grand tiers nord/ouest mais aussi limitée aux seuls championnats qualificatifs dans les trois quarts de l’hexagone. La notoriété du jeu provençal semble viscéralement liée au soleil de Provence, aux grandes allées de platanes, à l’accent méridional et au souvenir des finales magiques du parc Borély lorsque les Racanelli et Massoni jouaient l’attaque comme des pétanqueurs (j’y étais). Pour limiter la longueur des concours, les expériences tentées en IDF étaient intéressantes et reconduites au niveau du temps limité à 2h00 et de la limitation du nombre de parties par jour.

Pour terminer un mot sur les prochaines élections ?

Je voudrais dire que contrairement à ce que l’on entend, tout n’est pas joué d’avance. Près de la moitié des présidents de comité ont changé ces dernières semaines. Ils ne sont pas forcément dans les patins de leurs prédécesseurs. L’élection reste très ouverte même si il est regrettable de constater que  18 sortants sur 21 sont encore candidats ! Il est utile de rappeler que ce sont justement les présidents de comités qui votent et je suis certain que mes collègues sauront se montrer lucides en construisant un comité directeur équilibré et performant.

Justement un mot sur le mode de scrutin de l’élection ?

J’ai bien aimé les suggestions de Michel Le Bot qui propose un mode de scrutin mixte avec d’une part un scrutin de liste qui pourrait correspondre à l’épine dorsale dont je parlais en début d’entretien, et d’autre part un scrutin uninominal comme actuellement. Pour ma part je rajouterai une limitation du nombre de mandats à 3 soit un maximum de 12 ans comme l’avait appliqué sur lui-même Claude Azéma en 2009. Par ailleurs, j’estime qu’il est urgent d’étendre le non cumul des mandats aux présidents de comités pour un élu fédéral.

Michel Le Bot a été le seul à diffuser une lettre ouverte au sujet de sa candidature, qu’en pensez-vous ?

C’est un dirigeant pragmatique et très éloquent voire pédagogue mais j’ai reçu sa lettre comme un très beau catalogue de produits auquel on aurait confisqué les pages tarifaires, ce qui est finalement gênant. Après, sur le fond, je ne suis pas persuadé que le ton présidentiel adopté soit franchement fédérateur. Avec le mode d’élection qui sera encore usité à Montauban, je pense qu’une élection favorable est subordonnée à une attitude humble. Malgré la présence médiatique de Michel Le Bot, et  modestement  la mienne, je regrette sincèrement qu’une élection aussi importante ne soit jamais précédée  d'une saine campagne qui permettrait d’éviter cette assurance malsaine de certains notables et la résignation coupable de nombreux observateurs laissant croire aux candidats eux-mêmes que tout est joué, inéluctable. Faut-il rappeler une nouvelle fois que ce sont les présidents de comités qui votent et que la moitié d’entre eux sont des nouveaux.

Un dernier mot pour conclure ?

Je voudrais terminer cet entretien par l’évocation du rôle d’un dirigeant bénévole et a fortiori lorsqu’il est président de comité alors qu’il doit beaucoup supporter avec si peu en retour. Certains trouvent dans leur fonction une gratification sociale, une puissance voire une notoriété mais la plupart ont un cœur énorme et récolteront les fruits de la satisfaction en servant les autres. La récompense ? Elle vient d’un sourire, d’un merci voire des larmes de joie de leurs licenciés après un championnat, un concours ou une simple partie. Ce sont ces gestes simples qui font notre bonheur et j’ai encore en tête ces moments prodigieusement émouvants vécus par ces personnes handicapées participant à une exhibition au centre de l’arène phocéenne à l’occasion du dernier championnat du monde. Quoi de plus symbolique que cette ville de Marseille, qui se repose à l’origine de notre sport pétanque et jeu provençal, scellant pour toujours l’ alliance du  Dylan magnifique et de nos amis handicapés qui sont rentrés chez eux en se tenant la tête, pleine de rêves et de souvenirs indélébiles.  Par dessus  tout, la pétanque a pour mission de rassembler au-delà des différences et des générations.

Alors maintenant rendez-vous à Montauban.

Entretien réalisé par Laurent VAISSIERE, le samedi 12 janvier

 

DOSSIER ELECTIONS FFPJP 2013

 

 

Michel Le Bot : la Fédération doit mieux fédérer

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