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Livres et multimédias pétanque : Anecdotes 1 du livre « Pétanque passion » de Gérard NAUDO et Jean MITJAVILLE

Posté par regis84 le 27/2/2007 13:00:00 (22301 lectures) Articles du même auteur

Anecdotes par Gérard NAUDO 
    Champion de France en 1966 et 1967 – Vice-champion du monde en 1977 – Vice-champion de France 1976 et 1971 (Dou). Plusieurs fois vainqueur des « emblèmes ». Né en 1941, professeur de biologie, il est aujourd’hui adjoint aux sports à la mairie de Perpignan.
    Dans les années 70, Gérard NAUDO a donné ses lettres de noblesse à la pétanque catalane avec son frère Jean NAUDO et Claude BAILLS. Gérard en était le cerveau et le patron, Claude le gagneur et le milieu génial, Jean le canonnier et la force tranquille dixit Jean MITJAVILLE auteur du livre « Pétanque passion » écrit avec Gérard NAUDO et paru fin 1992.
    Pour Boulistenaute.com Gérard a eu la gentillesse de nous ouvrir son livre pour nous faire partager ses plus belles anecdotes. Qu’elles soient croustillantes, drôles ou émouvantes, agrémentées de commentaires sur les joueurs qui ont écrit ces partitions et que l’on surnommait « musiciens », « concertistes », « amuseurs » ou « virtuoses ».
    Au fil des jours vous y découvrirez, entre autres, des joueurs tels Claude BAILLS, Emile PALANQUE « Le Capitaine », Jean PARAYRE « Le Négus », Roger BONIFON « Le Pompier » ou encore « Bébert » AUSSERAY, André CASTRES « Dédé la frappe », RASCAGNERES dit « Rasca », « Néné » MACARI et Raoul BONFORT… A la fin de cette symphonie, Gérard nous donne de petits conseils et nous dévoile ses petits secrets pimentés de quelques « tuyaux » et quelques combines un peu « rosses ».

Aujourd’hui : I - Quand PALANQUE montait aux arbres - Dernier blanc… dernières huîtres…



I

   Emile PALANQUE « Le Capitaine » était un homme cultivé, poli bien que souvent excessif, talentueux, théâtral, coquin, un peu fou, très attachant. Très très attachant. Un type plein de défauts, mais un type bien. C’était un homme amusant, heureux, fauché. L’image même du dicton « l’argent ne fait pas le bonheur » ! Signe particulier : il avait un joli « coup de plume » servi par une calligraphie belle de pleins & de dédiés comme savait si bien le faire nos pères & nos grands-pères avant l’invention du stylo à bille…intentionnées le prétendaient…
    …Emile était capable dans les moments les plus chauds de se rouler par terre, de foncer tête baissée contre un arbre, de crier contre un homme qui selon lui avait bougé au moment où il tirait. Il était capable de tous les excès, mais aussi des gestes ou des mots sympas dont le brave types ont  Emile n’avait rien d’un traîne-savates comme certaines langues mal-le secret voire même l’exclusivité.

   Quand Palanque montait aux arbres...

  Il n’était pas particulièrement veinard, Emile…Et un jour, alors qu’il faisait équipe avec « Bébert » AUSSERAY & que la poisse le poursuivait particulièrement, « Le Capitaine » qui en était à sa troisième démarque, lança : « Si je démarque encore un coup, je fais un malheur ! » …Hélas ! Dès la mène suivante, en frappant la bonne boule « Le Capitaine » éclata encore une fois la sienne qui tenait en second ! Chose promise, chose due…Emile fou de rage, toisa un arbre tout proche, comme pour lui lancer un défi. Et dans un bond prodigieux, il alla s’installer, incofortablement, sur l’une des plus hautes branches…Mais comme tout bon félin qui se respecte, notre homme montait beaucoup mieux qu’il ne descendait & pour le sortir de cette désagréable position, « Bébert » AUSSERAY se vit dans l’obligation de mettre en place une opération sauvetage…Autour de l’arbre en question, l’ambiance n’était pas triste, et même « Le Capitaine » y alla de son éclat de rire…Revenu sur terre Emile gagna la partie et comme le corbeau de la fable jura que l’on ne l’y prendrait plus…

   L’anecdote chez Emile PALANQUE, c’était le quotidien. Il avait une sorte de don qui faisait de lui à la fois un metteur en scène original, un scénariste hors du commun, un parolier au vocabulaire exquis, et un acteur à la spontanéité extraordinaire…

   Un dimanche de concours, à Amélie les Bains, Emile faisait Equipe avec Gilbert RIDUS & Moïse FORMA. Et sur la fin d’une des parties dudit  concours, FORMA avait une boule à tirer pour la gagne, ou bien le choix de la jouer au point. Moïse, qui n’était pas maladroit & qui avait lui aussi un beau brin de caractère, annonça : « je vais tirer » .
   « Attention tu peux éclater la nôtre & démarquer… », lui rétorqua PALANQUE.
   Et voilà nos deux têtus solidement campés sur leur position, et ni l’un ni l’autre d’en démordre.
   Alors Gilbert RIDUS joua les médiateurs & osa : « Emile écoute, je crois que Moïse a raison. C’est le jeu de tirer. Au point on peut aussi démarquer ! »
   Emile regarda Gilbert d’un œil froid et presque méchant…et ne dit mot.
   Moïse comprit, lui, qu’il avait gagné. Qu’il avait gagné le droit de tirer. Maintenant bien sûr, il ne fallait pas la manquer…Sinon !
   Il alla au rond et frappa la boule qui passa sans dégât aucun pour les siennes.
   Aussitôt, Emile avisa un Christ, là, près d’un carrefour, à une cinquantaine de mètres de l’endroit où ils jouaient. Il partit comme un bolide. Et sans ménagement pour ses pantalons du dimanche, « Le Capitaine » se jeta à genoux, les bras en croix et hurla « Mon Dieu, protégez-moi, je joue avec 2 fous ! »…
   Tard dans la nuit de ce dimanche d’été, PALANQUE-FORMA-RIDUS remportèrent le concours d’Amélie. Il faut croire que le Dieu des boulistes l’avait exaucé. 

   Pendant quelques saisons, Emile fit équipe avec Jean MORENO & Vincent ETCHEVERIA. Ce fut la formation N°1 de cette époque. Mais ça n’était pas une équipe de « tout repos » ». Ses composants avaient du caractère, c’est le moins que l’on puisse dire, & leur divorce fut consommé après maintes & maintes « scènes de ménage » toutes plus délicieusement théâtrales les unes que les autres.
   « Le Capitaine » fit également équipe avec Alex MARTI & le fidèle Gilbert RIDUS…Il faut dire que le brave Gilbert, bien qu’il fût très menu de corpulence, avait, comme l’on dit, les épaules larges. Et lorsque les choses ne tournaient pas tout à fait rond, c’était fréquemment sa fête…Par contre Emile était très prévenant pour Alex MARTI, joueur de boules très moyen, mais à côté de ça homme de cœur, délicieux compagnon, intelligent et serviable. Et qui rendit pas mal de services au « Capitaine » dans ses vieux jours…    

 « Dernier blanc…dernières huîtres »

   Des vieux jours pas faciles pour Emile. Il habitait Canet de ce temps là. Il logeait dans un garage humide & sans confort. Un beau jour René PLA, le patron du camping « Le Brasilia » lui proposa en échange de l’hébergement gratuit de venir garder le  Mas de la Crouste qui appartenait à M. & Mme GAUTHIER. Emile accepta. Comme il accepta de faire le spectacle, le soir, dans les allées proches de l’entrée du camping. Bien vite, il fut adopté & fit partie de la maison. Le matin, il annonçait le Saint du jour, le bulletin météo & les activités de la  journée. Et l’accueillante & généreuse Mme PIA de constater que dès lors la presse, la radio, & même de temps en temps la télé venait au camping…
  Emile c’était pour les campeurs du Brasilia le spectacle permanent. Tout le monde l’appelait « Capitaine », et aujourd’hui encore, des campeurs demandent de ses nouvelles…
   « Le mas de la Crouste, disait-il, c’est mon château, passez donc me voir un de ces quatre ! » C’est ce genre d’invitation qu’il lança un jour à l’adresse de Jean NAUDO & Claude BAILLS. Et nos deux compères, parce qu’ils aimaient bien Emile & qu’ils étaient, eux, friands d’imprévus, voire d’aventure ou de découverte, se rendirent au rendez-vous de leur ami PALANQUE…
   Ils le trouvèrent sur la route du Brasilia, juste à hauteur d’un magnifique champ d’artichauts.
  « Qu’ils sont beaux ces artichauts ! » s’exclama Claude en connaisseur…
  « Oh ! Vous pouvez en cueillir, ils sont à moi ! » rétorqua leur hôte…
Et bien que ne le croyant qu’à moitié, Jean & Claude se glissèrent hardiment dans le champ & se mirent en devoir de faire une belle cueillette.
  Emile, lui, se tenait sur la route. Et tout à coup le voilà qui s’écrie : « Vite, planquez-vous voilà le « proprio » ! »…
   Claude & Jean n’eurent comme ressource que de se jeter à plat ventre dans le champ. Heureusement pour eux, le brave homme trop occupé à saluer Emile avec les « égards dus à son rang » ne les vit point… Mais inutile de vous dire que « Le Capitaine » ne fut pas sourd…
  Bien sûr, lui, en rit. Et finalement Jean & Claude aussi.

Hélas, le bon PALANQUE vieillissait. Vite même allait son vieillissement. Son légendaire short d’un beige douteux devenait de plus en plus grand pour ses cuisses maigres & ses genoux cagneux. Sa sacoche noire qui ne le quittait jamais lorsqu’il descendait en ville était maintenant souvent vide & ses poches sans le sou…Mais rien à faire Emile ne voulait pas abandonner son château. Il était bien chez M. & Mme GAUTHIER, soigné & accueilli comme un membre de la famille par René & Simone PLA. Pourtant, sur les conseils de son toubib & devant les problèmes Que lui causaient son physique & son moral, Emile fit une tentative de séjour à la maison de retraite d’Arles sur Tech. Mais bien vite, il en revint. Il tira encore quelques boules dans les allées ensoleillées du « Brasilia » et donna de-ci de-là, la leçon à quelques estivants attardés de l’automne 72. Courageux, gagneur, il luttait encore & ôtait toute illusion à ces gens venus du Nord & qui rêvaient depuis des années de «  lui prendre un set ». Non ! Malade, flageolant sur ses vieilles jambes, trahi de temps à autre par un bras miné par les douleurs, « Le Capitaine » gagnait toujours, gagnait encore !…
  Et puis voilà que vers la fin de l’année 72, Emile dut se résoudre à entrer à l’Hôpital de Perpignan. Pour des examens, un bilan, des soins, lui dit-on. A contre-cœur PALANQUE quitta son château & ses bienfaiteurs & amis…Là, quelques jours avant sa mort, il vécut un moment d’amitié merveilleusement émotionnel. Pour le saluer une dernière fois, un de ses amis, bien connu du monde bouliste, se rendit à l’hôpital, quelques jours avant que « Le Capitaine » ne nous quitte définitivement…
   « Ah ! Salut Emile, comment vas-tu ? »
   « Comme tu vois, pas très fort, mais tu sais, je me mangerais bien une douzaine d’huîtres avec un petit vin blanc bien frais »…
   « Mais c’est peut-être faisable. Ecoute, je vais me renseigner, & si ça n’est pas interdit par la faculté, comme on dit dans le monde médical, je t’apporte tes huîtres & ton blanc dans l’heure qui suit… ».
  Ainsi fut dit, ainsi fut fait. L’ami en question vit le docteur du service hospitalier & lui posa la question si Emile pouvait manger des huîtres & boire un petit coup de blanc. Et le docteur donna la permission, laissant entendre qu’au point où il en était, plus rien ne lui était interdit…
  Et Emile grâce à son bon ami, se régala une dernière fois de ces fruits de mer qu’il adorait & de ce vin blanc pour lequel il confessait avoir un petit faible.
  Quelques jours plus tard, alors qu’il venait d’atteindre sa soixante-dix-huitième année, Emile PALANQUE dit « Le Capitaine » s’éteignit tout doucement sur son lit d’hôpital…La pétanque perdait l’un de ses meilleurs serviteurs, et la galerie son plus bel artiste…
   L’enfant de Selle-Neuve, tout près de La Paillade-Montpellier, partit presque seul, un peu oublié, lui qui aimait tant la foule & ses olés…Il avait rendez-vous au pays où les données sont toutes franches, & les amis à jamais fidèles & surs…
   Cette année encore, au matin du 15 août, au Brasilia, René PLA a annoncé : « Cet après-midi à 15 heures, concours de pétanque, coupe « Emile-Palanque ! ».
  Pour qu’on se souvienne !

« Pétanque Passion » de Jean MITJAVILLE et Gérard NAUDO

Prochainement : II -  Fernand le sponsor du « Pompier »…

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Les commentaires appartiennent à leurs auteurs. Nous ne sommes pas responsables de leur contenu.
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Auteur Conversation
Anonyme
Posté le: 1/3/2007 15:52  Mis à jour: 1/3/2007 15:52
 Re: Anecdotes 1 du livre « Pétanque passion » de Gérard N...
Formidable, pleine de soleil et très émouvante cette anecdote. Merci
montagnard
Posté le: 1/3/2007 15:50  Mis à jour: 1/3/2007 15:50
Boulistenaute aspirant !
Inscrit le: 8/1/2004
De: Rhone 69 Rhone-Alpes
Envois: 1071
 Re: Anecdotes 1 du livre « Pétanque passion » de Gérard N...
Très intéressant et très plaisant à lire.

Vivement la suite !
Anonyme
Posté le: 1/3/2007 14:44  Mis à jour: 1/3/2007 14:44
 Re: Anecdotes 1 du livre « Pétanque passion » de Gérard N...
Que du bonheur toutes ces anecdotes...voilà comment il faut concevoir la pétanque.
Merci

tipi
amaury
Posté le: 1/3/2007 14:40  Mis à jour: 1/3/2007 14:40
Boulistenaute aspirant !
Inscrit le: 29/8/2004
De:
Envois: 854
 Re: Anecdotes 1 du livre « Pétanque passion » de Gérard N...
J'ai beaucoup aimé...
En attendant la suite...
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AMAURY
Capri
Posté le: 1/3/2007 14:29  Mis à jour: 1/3/2007 14:36
Boulistenaute accro !
Inscrit le: 7/7/2005
De: Belgique (Seraing)
Envois: 6051
 Re: Anecdotes 1 du livre « Pétanque passion » de Gérard N...
Bonjour;

De belles anecdotes c'était les belles années des boules

Capri
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