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Les champions : Weibel, sur le toit du monde

Posté par BOULEGAN le 26/3/2020 7:00:00 (22396 lectures) Articles du même auteur

Il y a des jours qui changent à jamais la vie d'un joueur. Claudy Weibel a accepté de revenir, pour Boulistenaute, sur son titre de champion du monde tête-à-tête.



Weibel, sur le toit du monde

 


Il y a des jours qui changent à jamais la vie d'un joueur. Nous sommes partis à leur recherche, en les évoquant avec ceux qui les ont vécus. Aujourd'hui, c'est Claudy Weibel qui a accepté de revenir, pour Boulistenaute, sur son titre de champion du monde tête-à-tête.

 
 

Nous sommes en 2015, et Nice organise le premier championnat du monde en tête-à-tête. Comment étais-tu juste avant le début de cet événement ?

Pas très bien. C'était la première fois, depuis le début de ma carrière, que ma sélection était mise en cause. Beaucoup de gens me trouvaient hors de forme, pensaient que j'étais fini. Et moi, je traversais une période difficile sur le plan familial, qui m'enlevait pas mal de motivation. Je recommençais ma vie sur ce plan-là, je ne voulais pas refaire certaines erreurs, être trop absent, et je m'éloignais un peu des jeux. Curieusement, c'est Laetitia, ma femme, qui m'a relancé et remotivé.

Mais en 2015, je n'étais pas chaud. Moi, j'ai toujours accepté mes sélections avec joie, mais là, je ne voulais pas y aller. Je ne le sentais pas et mentalement, j'étais au plus bas. La fédération me remettait en cause, et le fabricant de boules qui m'accompagnait venait de mettre fin à mon contrat.

 


Je suppose que ça a un peu fouetté ton orgueil, tout ça ?

C'est vrai. Je suis arrivé à Nice en me disant : « Tu vas leur montrer. »

J'y vais en guerrier. Mais... Dès la première journée, je tape dans la réalité, et je me rends compte que je suis vraiment atteint psychologiquement. Je fais une bonne première partie contre l'Arménien Hovaguimian, j'en gagne une seconde, mais je perd contre le Marocain El Mankari qui fait une partie très moyenne. Là, je me rends compte qu'il me manque quelque chose. Du coup, tout doucement, je perd confiance. L'esprit de revanche que j'avais en arrivant, je m'aperçois que je l'ai perdu en route. Et je commence à me dire : « C'est eux qui ont raison, peut-être que je ne suis plus capable. »

A la quatrième partie, je joue contre le joueur slovène. Seulement, dès qu'il fallait frapper, même avec deux boules en main, je n'y arrivais pas. Pas moyen. Et finalement, je perds cette partie 13-12. Contre la Slovénie... Attention, je ne dénigre jamais personne, mais quand tu viens tenter de conquérir un titre mondial, ça met un coup de perdre une partie comme ça.

Et là, tout s'écroule. Je ne me vois même pas sortir du groupe le lendemain, tout s'effondre dans ma tête. Michel (Van Campenhout, qui joue le rôle de coach de la Belgique sur ce championnat, NDLR) commence à me bousculer. Mais moi, je n'y crois plus. J'ai envie de rentrer chez moi, de voir ma femme, de tout laisser tomber.

 

 

Et qu'est-ce qui s'est passé ?

C'est elle, et Michel, qui m'ont sorti la tête de l'eau. J'ai eu Laetitia au téléphone, qui m'a incendié et qui m'a dit qu'elle croyait en moi, et lui a fait un gros travail, même pas un travail de coach, mais un travail d'ami. Il l'a fait rudement, a passé la soirée à m'insulter, à me dire : « Tu ne vas quand même pas donner raison à tous ceux qui te critiquent, tout ça, c' est dans ta tête, ressaisis-toi, etc.... »

Et ça a porté. Le lendemain, j'étais déjà différent. Mais bon, pas encore très costaud mentalement. Il fallait que je batte le Hollandais et l'Australien pour sortir du groupe. Et j'ai réussi à penser que l'Australien pouvait m'inquiéter. Encore une fois, je ne dénigre personne, mais quand on est comme ça, c'est mauvais signe.

Bref, j'ai bien joué malgré tout, et j'ai gagné les deux parties assez facilement.

 

 


Mais du coup, tu étais passé du mauvais côté du tableau ?

Oui. C'est ce que m'a annoncé Michel à midi. Il m'a dit : « Comme tu as fait l'imbécile, tu vas avoir le Thaïlandais en huitièmes. Et si tu le bat, tu risques de prendre Dylan. Et... si vraiment il y a un gros miracle qui se passe, et que tu gagnes encore, ça devrait être Diego Rizzi en demi-finale. Et si tu passes ces trois-là, la finale, tu la gagnera les doigts dans le nez. » Et il rigolait.


Et le Thaïlandais, c'était Sangkaew...

Oui, le petit Kondo, que tout le monde connaît maintenant. Mais même si je n'étais pas serein, j'avais beaucoup moins de pression que la veille. Il était champion du monde junior, il avait battu Rizzi dans son groupe, il pouvait battre tout le monde, moi y compris. Et en effet, il commence en faisant des carreaux et attaquant sur toutes les boules. Et moi, je n'arrivais pas à le contrer. Au bout d'un moment, j'étais mené 3-8, une boule contre deux avec un point à deux mètres. Il le gagne à 1m50, en pensant que j'allais pointer. Je décide tirer pour n'en perdre qu'un et je fais carreau. Je ne sais pas si ça l'a surpris, mais quand il a pointé la dernière, il l'a perdue de mes deux points. Ca a fait 5-8, et il n'a plus marqué.

 


Et te voilà en quart de finale contre Dylan. Là, tu te sens comment ?

Je me disais que j'avais pratiquement honoré mon contrat, avec le tirage que j'avais. Mais bizarrement, je n'avais pas de pression avec ça. Au contraire, ce tirage très difficile me motivait, à ce moment-là. Et puis honnêtement, même si Dylan était déjà un très grand joueur, je préférais affronter la France contre lui que contre Henri Lacroix, par exemple. Du coup, zéro pression. Et puis après tout, c'était lui le favori, pas moi.

La partie s'est jouée à très peu de chose. Il a eu carreau gagné, il a chiqué. Et moi, quand j'ai eu frappé gagné, la petite étoile était au-dessus de moi, j'ai frappé. J'ai fait un beau jeu, j'ai beaucoup contre-attaqué. Peut-être que ça l'a gêné, que j'ai réussi à lui mettre un peu de pression, parce qu'il n'a pas fait le jeu qu'il peut faire : quand il le fait, personne ne le bat.

 


Et je suppose qu'après cette partie, ton état d'esprit n'est plus du tout le même ?

Après cette partie, le lillipputien que j'étais depuis deux jours s'est mis à grandir. Jusque là, je faisais un mètre vingt et là, tout d'un coup, je faisais trois mètres. Mais vraiment. C'est comme ça que je me sentais quand j'ai commencé la demi-finale. Je me sentais invincible.

Et puis mon adversaire me convenait. Diego était déjà très fort, mais il avait toujours eu pour moi un grand respect, et à l'époque, il me craignait. Maintenant, il ne me craint plus, il me met à chaque fois des branlées (rires). Du coup, j'ai dit à Michel : « Si j'arrive à bien rentrer dans la partie d'entrée, elle ne va pas durer longtemps. » Il a raté sa première mène, moi j'ai fait deux patinettes pour commencer, il a vu que j'étais là. Et ensuite, j'ai fait un jeu pratiquement sans faute.

 


Et en finale, tu te trouves face à Sami Attalah, qui est peut-être l'adversaire qui a le mieux joué contre toi. C'est ton avis ?

Oui et non. Il a fait un très gros jeu, en effet. Mais il a beaucoup tiré, et il a souvent manqué les bonnes.


Et cette finale, tu l'as aussi abordée en te sentant invincible ?

Non. Je savais que ce serait une partie qui pouvait devenir rude sur le plan psychologique. Je savais que ce serait compliqué, et Dédé Lozano me l'avait confirmé au téléphone. Il m'avait dit : « Ne sous-estime surtout pas Sami. Je pense que c'est le plus rude adversaire que tu auras eu. » Tout le monde m'avait mis en garde, tous les connaisseurs. C'est un joueur d'instinct, un joueur qui a du caractère, qui ne lâche rien, et je savais qu'il n'aurait pas de pression, parce qu'en finale, il se disait sûrement qu'il vaut mieux choper Weibel que Dylan. Tout le monde aurait pensé ça. Et tout le monde se serait trompé (rires).

 


Ce qui m'a frappé, en assistant à ce premier championnat du monde individuel, c'est le nombre de scène inédites qu'il nous faisait vivre. On a vu Attalah tomber à genoux lors de sa victoire en demi-finale, Mattaranz s'écrouler au sol à la fin de la finale féminine... Toi qui as connu énormément de grands moments, est-ce que ce championnat t'a donné des émotions inconnues?

Bien sûr. Lorsqu'on devient champion du monde seul, ça n'a rien à voir avec le reste, même avec les titres qu'on a gagné en amitié avec d'autres. Quand on a gagné tous les quatre (championnat du monde 2000 avec Lozano, Van Campenhout et Hémon, NDLR), on n'a pas pleuré autant qu'on l'a fait avec Michel ce jour-là.

On venait de partager un truc énorme, sur le plan sportif mais surtout sur le plan humain. J'étais parti dans cette compétition au plus bas, avec des gens qui me massacraient et qui trois jours après me félicitaient. Moi, je n'avais pas envie de leurs félicitations : ce que je venais de faire, je l'avais fait pour moi, je l'avais fait pour ma femme, pour mon pote, pour les gens qui étaient venus me voir et m'encourager. Ce titre, on l'avait partagé.

 


Ca a changé ta vie, ce titre ?

Bien sûr. Complètement. Ca m'a relancé. Si je ne fais rien, là, je deviens un joueur du passé. D'ailleurs, j'aurais arrêté, c'est sûr et certain.

Et mentalement, je suis devenu un autre. Depuis, je pense que je n'ai plus eu un quart d'heure de pression sur un terrain de boules. Ça m'a fait mûrir considérablement. Ça ne m'a pas fait avoir plus le gros cou qu'avant, mais je suis devenu plus conscient de mes capacités, et plus costaud psychologiquement.


Merci Claudy, et tous nos vœux de santé dans la période particulière que nous vivons...

Il faut être patients. Moi j'ai de la chance, j'ai une maison en pleine campagne, je vis ce confinement en famille et on a la chance de n'avoir personne de malade autour de nous. Je pense à tous ceux qui sont touchés en France et dans le monde, et je leur souhaite à tous du courage, et de la patience. Et de se retrouver bientôt sur de belles compétitions.

 

 

 

Voici la vidéo la plus récente de Claudy WEIBEL tournée par la WebTV Boulistenaute, replongez-vous à Montpellier lors de l'Odyssée des Champions 2019 avec ce magnifique mano à mano Claudy WEIBEL face à Tyson MOLINAS !

PLAY (42 minutes) 

 


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