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Les champions : Philipson, un week-end bleu blanc rouge

Posté par BOULEGAN le 7/4/2020 20:00:00 (11100 lectures) Articles du même auteur

Dans la carrière des plus grands champions, il y a quelques moments vraiment extraordinaires. Kevin Philipson est revenu pour nous sur son titre de champion de France en tête-à-tête.




Philipson, un week-end bleu-blanc-rouge

 


Dans la carrière des plus grands champions, il y a quelques moments vraiment extraordinaires. Kevin Philipson est revenu pour nous sur celui qui l'a le plus marqué, sur son titre de champion de France en tête-à-tête.


Quand tu arrives à Soustons, en juin 2010, dans quel état d'esprit es-tu ?

Tranquille. Comme souvent, j'étais venu sans amener de boules.


Comment çà, sans boules ?

Eh bien, à l'époque, lorsque je jouais avec Thierry Fouillard, il avait toujours des boules MS dans le coffre, qu'il me prêtait. Et lorsque je jouais avec ces boules, je tirais toujours bien. Et à Soustons, comme Thierry était mon délégué, je n'avais pas amené de boules. Je suis allé le voir quand on est arrivé dans les Landes, et lui ai demandé s'il avait un jeu à me prêter. Il était étonné, mais je lui ai dit : « Chaque fois qu'on l'a fait, ça s'est bien passé. Je ne vais pas changer parce que c'est un championnat de France. » Il m'a passé ses boules, et j'ai été champion de France avec.

 

 

Lorsque le championnat commence, c'est la première fois qu'il n'est pas couplé avec le France doublettes, il y a énormément de grands joueurs au départ et toi, tu ne fais pas partie des favoris. Tu y vas comment ? Tu as envie de montrer quelque chose, ou bien tu te dis que tu vas bien voir ce que ça donne ?

A l'époque, je jouais vraiment bien, j'étais en forme. Du coup, je n'avais pas peur de grand monde. Je me disais que si je jouais bien, je pouvais avancer.

Et heureusement, parce qu'en sortant de poules, je joue Dylan. On fait une belle partie, je gagne 13-10. Mais je dis à Thierry : « Quand tu vas au tirage, essaie de tirer quelqu'un de plus facile. » Et un moment plus tard, j'entends Marc Alexandre qui annonce au micro un beau seizièmes de finale, Sarrio contre Philipson. Bon... J'avais déjà perdu contre lui l'année d'avant, et là, il part devant 5-0. Thierry vient me voir et me dit : « Il faut que tu changes de tactique, que tu tires beaucoup plus. » Je l'écoute et du coup, on se retrouve 11-11. Je fais palet à ma première, carreau à la seconde. Il part au bouchon et le manque.

 


Et là, tu te retrouves en huitièmes de finale...

C'est ça, contre Santini, de Bastia. Mais ça se passe mal. Il joue super-bien, et il se retrouve avec un tir à la gagne. La boule est dans une portion du terrain où il y a du sable, et il n'a quasiment pas manqué de boule. Il tire, et il fait casquette. Du coup, je me retrouve 7 à 12. Là, je fais trois points et encore trois pour gagner.


Le dimanche matin, lorsque tu te lèves, tu as battu deux des grands favoris, tu as gagné une partie que tu pensais perdre... Tu penses à quoi ? Tu commences à y croire ?

Bien sûr. D'autant que la veille, beaucoup de gens étaient venus me voir, me disaient qu'avec le jeu que je faisais, j'étais devenu leur favori, que j'allais gagner...

Dans le hall de l'hôtel, il y avait une grande glace. Je me rappelle que je me suis mis devant, et j'ai dit : « Kevin, si tu veux être champion de France, c'est aujourd'hui. » Je parlais tout seul devant cette glace. C'est bizarre, non ?

Le dimanche, c'était encore mieux que la veille, je jouais encore mieux. Pourtant, quand je suis arrivé dans les arènes, je me suis dit que le terrain, très lisse, n'était pas pour moi. Mais je me sentais tellement bien que j'ai continué à envoyer les boules. Contre Jonathan Albiger, de Strasbourg, j'ai fait une grosse, grosse partie. Heureusement, parce qu'il jouait vraiment très bien, mais moi, j'avais l'impression de faire ce que je voulais avec mes boules.

 


Et tu te retrouves en demi-finale, contre Eddy Feltain.

Oui, et c'était très serré, on était 7-7. Mais là, il est complètement passé à travers, avec trois boules perdues au point, et deux trous la mène suivante. Du coup, j'ai frappé gagné, et je gagne comme ça. Et je me retrouve en finale contre Christophe Trembleau.

 

 


Et là, tu affrontes un des plus grands spécialistes français du tête-à-tête...

C'est vrai, tu as raison, mais je me sentais vraiment, vraiment bien. Je me disais : « C'est la première fois que tu arrives en finale du championnat de France, tu vas avoir la boule au ventre, ça va te faire quelque chose. » Mais en fait, non. J'étais pressé que ça commence, j'étais bien dans ma tête, je me disais que c'était le moment ou jamais.

Christophe part devant 2-0. Il tire pour le point et il manque. Ca pouvait faire 3 ou 4-0, en finale du championnat de France, ça pouvait faire un bel avantage. Du coup, ça fait 2-1, et puis c'est moi qui prend l'avantage 5-3. Et là, sur une boule forte, il roule le bouchon et il s'en fait trois. Ca s'équilibre un peu, mais finalement je mène 11-7, et il gagne mon point à la dernière.

Et là, les arènes sont pleines, et tout le monde crie mon nom. Ca fait bizarre. Je tape, et c'est comme ça que j'ai été champion.

 


Là, tu ressens quoi ?

Je ne pouvais même plus parler. Je pleurais comme c'est pas possible. Et je repensais à la semaine d'avant. Je faisais un concours près de chez moi, et je joue contre Thierry Fouillard. Je le bats, et pour le consoler, je lui dis : « C'est pas grave. La semaine prochaine, tu seras champion de France en tant que coach. » Je plaisantais, mais là, c'était devenu vrai.

Je pensais à mon père aussi. Je lui avais dit souvent que j'espérais être un jour champion de France, parce que regarder l'équipe de France, entendre la Marseillaise, ça me faisait toujours quelque chose. Je lui disais : « T'inquiète pas. Un jour, je serai champion de France. » Et voilà, ça arrivait.


Lorsqu'on était sur ce championnat, comme c'était notre cas, on avait l'impression que Thierry Fouillard, bien qu'il restait sur le bord des jeux, dans son rôle de délégué, y jouait un grand rôle. Je me trompe ?

Non, c'est vrai. Avec Thierry, on se connaît vraiment très bien, on n'a même pas besoin de se parler. Comme je te l'ai dit, contre Christophe Sarrio, c'est lui qui m'a aidé à y voir clair. S'il n'est pas là, peut-être que je ne suis pas champion de France : il m'a apporté beaucoup dans ce rôle de coach.

 


Est-ce qu'il y eu, dans ta carrière, d'autres souvenirs aussi forts ?

Aussi forts, non. Il y en a un autre, mais plutôt sur le mode de la déception, c'est la finale perdue contre Christophe Sevilla l'année suivante. Ca m'a blessé, c'était une époque où ma mère était malade, et j'aurais vraiment aimé gagner.


Tu l'as abordée en pensant au doublé, forcément ?

Bien sûr. Parce que là aussi, j'étais vraiment bien. D'ailleurs Christophe m'avait dit : « Franchement, je t'ai vu jouer les parties d'avant, et de la façon dont tu jouais, je ne savais pas trop comment j'allais gagner. » Mais en finale, je n'ai pas bien pointé. Pourtant, c'était un terrain pour moi, avec des boules qui se donnaient bien à l'envoi. Mais je perds à 10, en pointant plutôt mal. Après, lui, il a fait son jeu, il a bien joué.

Le PPF que j'ai gagné avec Diego et Robin, c'est aussi un beau souvenir, mais sans l'émotion que j'ai ressentie à Soustons. Ah, oui, un souvenir qui me tient à cœur, c'est la victoire avec mon père au championnat de ligue en doublettes.

 

  Interview de Kévin PHILIPSON 

 Interview de Christophe SEVILLA

 Quelques images du France 2011, demi-finale et 4 mènes de la finale
  PLAY (15 minutes) 

 


Ça, c'était en 2016 ?

Exactement. On s'était qualifiés pour le championnat de France doublettes à Lanester. C'était un moment très émouvant.

Et en Bretagne, on a commencé avec une poule difficile : on avait Jérémy Darodes et Jessy Feltain, et Rouquié et Berlier, qui avaient été champions de France triplettes deux ans avant. J'ai dit à mon père : « Si on arrive à sortir de poule, ce sera déjà bien. ». Fatalité, on gagne la première contre Rouquié, on perd la deuxième contre Jérémy à 10 ou à 11, et on reprend les Toulousains en barrage. Et la dernière mène, mon père a gagné s'il fait carreau. Et il le fait ! Et après deux autres parties sous la pluie battante, on se retrouve le lendemain en huitièmes de finale.

Et voilà, on perd à 10 ou 11 contre Boutelier, une partie qu'on aurait pu gagner avec un peu plus de chance. Mais ce championnat avec mon père, c'est un super-souvenir.

 


C'est avec lui que tu as commençé ?

Quand j'étais jeune, je faisais du basket. On a déménagé, et lui s'entraînait devant la maison. Je le voyais faire, et je me disais : « Pourquoi ne pas essayer ? » Ca m'a plu. Je me suis entraîné, entraîné, j'ai commencé à bien jouer, mais dès que j'arrivais dans un concours, je ne tapais pas une boule. Je ne comprenais pas pourquoi, je ne trouvais pas ça normal, et du coup personne ne voulait jouer avec moi. Je me suis arrêté un an. Et quand j'ai repris, j'ai commencé à gagner en jeunes.

Quelques années plus tard, j'ai fait la connaissance de Thierry Fouillard : je l'avais laissé passer dans un championnat de la Somme tête-à-tête, parce qu'à l'époque les jeunes ne pouvaient pas aller au championnat de France. On a sympathisé, et on a commancé à jouer ensemble l'année suivante avec Aurélien Lecointe. Il m'a poussé à m'inscrire aux détections, il m'a fait faire mon premier national : c'est avec lui que tout a commençé.

 

 
 

Aujourd'hui, tu es chez toi, comme beaucoup d'entre nous. Qu'est-ce que tu as envie de dire à tous ceux qui aiment la pétanque et qui subissent cette crise ?

Que j'espère qu'on se retrouvera tous, bientôt, pour des moments plus heureux. Et que le virus touchera le moins de monde possible. Je pense à tous ceux qui sont frappés chez nous, en Italie, en Espagne, en Belgique, à Logan Baton qui vient de perdre son père. J'espère que ça va aller mieux bientôt, et qu'on pourra se retrouver tous ensemble.

 

Tournez les pages de l'album photos du
France 2010 à Soustons 

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Auteur Conversation
Capri
Posté le: 8/4/2020 10:18  Mis à jour: 8/4/2020 10:18
Boulistenaute accro !
Inscrit le: 7/7/2005
De: Belgique (Seraing)
Envois: 6031
 Re: Philipson, un week-end bleu-blanc-rouge
Beau reportage,félicitation,et beau portrait.
  
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