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Les champions : Otello raconte

Posté par jacpetanque le 24/2/2005 16:40:00 (4923 lectures) Articles du même auteur

Otello raconte...

Le grand champion de boules Otello nous a quitté mercredi 9 février 2005. Fort heureusement, le grand conteur Otello nous a laissé un tas d'histoires, des anecdotes incontournables sur les boules. Toutes ces histoires sont d'une époque quasiment révolue. Dommage me direz-vous. Mais d'un autre côté, la pétanque évolue pour devenir un sport à part entière. Je suis convaincu qu'il appréciait également ses mutations. De son livre Plein Soleil sur la Pétanque nous vous présentons cette fois l'histoire sur le secret du Bimbo de Toulon, le célèbre joueur toulonnais qui avait gagné cinq fois le concours "Le Provençal" à Marseille. Les faits historiques datent de 1936, Otello avait à peine 16 ans.


LE SECRET DU BIMBO

Le Bimbo de Toulon : l'un des joueurs les plus rusés que j'aie rencontrés aux boules. Une grande différence d'âge m'a empêché de mieux le connaître. Je débute, je l'entrevois ; lui termine sa carrière. Il est maintenant pointeur, mais quel pointeur ! Et quelle connaissance du jeu et des joueurs.
L'après-midi, place Saint-Roch, il attend patiemment l'occasion de plumer un « pigeon ». Il n'y a pas grand monde ; nous causons donc. Il est tellement vieux et je suis tellement jeune qu'une sympathie naît tout naturellement entre nous. De son air désabusé et las il m'explique un grand nombre d'astuces. Son accent est celui des Italiens qui, n'étant pas venus en France au temps de leur jeunesse, n'ont jamais pu parler correctement le français, même après trente ou quarante ans de séjour. Il mélange à sa convenance français, italien et provençal. Même en usant de ce triple clavier il a des difficultés à s'exprimer.
- Vous pouvez parler italien, je comprends, lui dis-je pour le mettre à l'aise.
- Ma petit, jé né sais plou, suis foutou (foutu).
Là-dessus, main gauche grande ouverte à hauteur de sa tête, il m'explique le jeu de boules. Beaucoup de joueurs sont prétentieux, ce sont les meilleurs clients. Cette prétention on peut la leur faire payer ; c'est facile avec un peu de patience.
De son index il me tapote la poitrine :
- Toi aussi tou paguera si tu sei prétentiau.
Patiemment il m'explique comment on « monte une partie avantageuse ». Il faut de la tête. Et il me frappe sur la mienne :
- Tou compreni, petit !
Mais oui, bien sûr, car j'ai seize ans et je n'ai encore rien compris : je comprends donc tout.
Je le vois aujourd'hui si gentil à mon égard que je lui pose la question qui me trotte dans la tête depuis longtemps.
- Mais comment faites-vous, Donato, quand ça vous arrange, pour mettre tous ces cailloux dans le jeu de l'adversaire ?
Je touche là, je le sais, à son secret. En effet il est gaucher et j'ai remarqué que, dans les moments critiques, les fins de parties par exemple, des cailloux surgissaient mystérieusement dans la donnée et le jeu du droitier.
Il esquisse un geste vague de la main, essaie d'éluder la question. J'insiste longuement pour qu'il me livre son secret.
Se décidant enfin il fait un rond, tire de sa poche un bouchon, l'envoie et me dit de préparer mon jeu. Je nettoie donc ma donnée, supprime quelques obstacles sur mon parcours de droitier. Quand j'ai fini, Le Bimbo va du rond au bouchon, adoptant l'attitude du pointeur en train de reconnaître son terrain. Lorsqu'il revient une dizaine de cailloux encombrent mon jeu.
- Tou a compris, petit ?
Non, je n'ai rien vu. Il vient vers moi, lance un grand regard circulaire, puis, me prenant par le bras, il m'entraîne derrière un platane. Défaisant sa ceinture il ouvre son pantalon et qu'est-ce que je vois ?
Cousue grossièrement, car c'est lui qui a manié l'aiguille, une deuxième poche a été confectionnée dans celle existant déjà. Elle est pleine de petits cailloux, « grattons » en puissance. Quant à la poche d'origine elle n'a plus de fond : celui-ci a été coupé à grands coups de ciseaux.
Le Bimbo, en marchant dans le jeu, met innocemment la main dans la poche « artificielle », prend quelques cailloux qu'il laisse tomber à travers la vraie poche, sans fond. Ceux-ci descendent entre jambe et pantalon, glissent sur la chaussette, roulent sur le soulier et viennent atterrir dans la donnée de l'adversaire.
Je ris. Lui, en « s'embrayant », ne comprend pas mon hilarité. C'est le travail et ça rend bien service, oh oui ! Mais qu'est-ce que ça lui a coûté comme argent ! Oh là là !
Je ne comprends encore pas. Il m'explique que maintenant il s'y est fait ; il met donc tout son argent dans la poche gauche. Mais au début, il n'avait pas encore l'habitude, il n'y pensait pas toujours, il lui arrivait de glisser la monnaie et même les billets dans la poche droite. Inutile de vous préciser que cet argent était perdu, pas un seul de ses pantalons n'ayant cette dernière fermée.
Pauvre Bimbo ! A son enterrement il y avait trois personnes. Pas quatre, trois. Alors qu'il avait gagné cinq fois le « Provençal »... et devant quelles galeries !

Otello

N.D.L.R.: Espérons qu'il y avait plus de personnes à l'enterrement d'Otello, il y a quelques semaines...

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