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Les champions : Montoro, l'esprit de famille

Posté par BOULEGAN le 28/7/2020 8:30:00 (7322 lectures) Articles du même auteur

Dans la carrière des plus grands champions, il y a des moments qui comptent plus que d'autres. Ludovic Montoro en a évoqué quelques-uns avec nous.



Montoro, l'esprit de famille

 


Dans la carrière des plus grands champions, il y a des moments qui comptent plus que d'autres. Le grand pointeur niçois, au milieu d'une belle carrière qui l'a amené à envoyer le bouchon au sein des plus grandes équipes françaises, en a évoqué quelques-uns avec nous.


A trente-neuf ans, tu es au cœur de ta carrière. Quand tu te retournes aujourd'hui sur ce que tu as déjà vécu, quel est ton plus grand souvenir ?

Je pense que c'est le championnat de France 2016, avec Romain Fournié et Michel Hatchadourian. Gagner un titre comme celui-là, ça représente un souvenir qui prime sur les autres. Parce que le France triplettes, c'est le summum.

 


Revenons au début de ce championnat, qui se déroulait à Montauban. Cette équipe, elle s'était formée comment ?

J'étais au Polygone de Valence l'année précédente, et je voulais me rapprocher de chez moi. J'avais vu Henri Lacroix qui venait à Draguignan, et je lui avais dit de me faire signe si une place était libre dans une équipe. Il m'a appelé en novembre ou décembre et m'a dit que si je voulais, je pouvais venir pour jouer avec Michel et Romain.

J'ai dit : « Banco», et ça s'est fait comme ça. On a fait la ligue, et on s'est qualifiés pour le championnat de France. Tu sais, toutes les belles histoires ont des débuts étranges. Ce sont souvent des concours de circonstances, et ensuite tout s'enchaîne.


Lorsque vous arrivez à Montauban, c'est en compagnie de l'autre équipe de l'ABCD, Lacroix/Rocher/Robineau, qui fait partie des grandes favorites de la compétition. Vous commencez le championnat dans quel état d'esprit ?

Comme dans tout championnat de France, on essaie d'abord de faire un effort pour passer le premier jour. Et ça s'est plutôt bien passé, même s'il faisait super-chaud dans ce carré d'honneur en goudron. A la dernière du soir, on a pris Alex Mallet, Gessat et Rosati et on a fini quasiment dans la nuit noire, parce qu'il n'y avait pas d'éclairage dans le carré. On avait demandé à changer de terrain en tout début de partie, mais les adversaires n'avaient pas voulu. A 11-11, on a voulu nous faire jouer ailleurs, mais on a dit : « On n'a pas changé de terrain au départ, alors on ne va pas changer pour une mène. On va finir la partie là. » Voilà, on a gagné, mais ils auraient pu gagner eux aussi, parce qu'à la fin, tout ce qu'on apercevait, c'était le bouchon qui était jaune fluo.

 


Et le dimanche, dès les huitièmes, c'est un derby avec l'autre équipe varoise...

Oui, et on a fait vraiment une grosse partie. Michel sort un bouchon en début de partie pour éviter une mène de cinq ou six points, et on gagne à 7 ou 8.

En quart, on prend une équipe de Pau, et en demi contre le Calvados, on est à la ramasse 2-11, et on gagne parce que c'est écrit qu'on doit gagner. On a remonté je ne sais pas comment. Mais c'est ça, un titre de champion de France : on le gagne parce qu'on joue bien, mais il faut que tous les ingrédients soient réunis. La part de réussite en est un. Ce week-end-là, on l'avait, c'était pour nous.


Cette équipe, qu'on avait formée pour vous à l'ABCD, était particulière, puisqu'elle réunissait deux joueurs réfléchis et tactiques, et un tireur très différent, un pur-sang entièrement tourné vers l'attaque. Et toi, Michel Hatchadourian, tu le découvres dans ces championnats. Est-ce qu'il a fallu le guider, voire le brider un peu ?

C'est vrai que c'est un pur-sang, comme tu dis, mais en fait on était très complémentaires, tous les trois. Romain et moi, on est des calmes, et du coup Michel était très calme. C'est vrai qu'il aime beaucoup tirer, mais là, on ne l'a pas bridé tant que ça, parce que dans sa tête, nous n'étions pas une équipe d'attaquants. Romain jouait beaucoup pointeur depuis quelques années, et il était clair qu'il tiendrait plutôt le rôle de milieu défensif. On en jouait d'ailleurs, en le rappelant à Michel lorsqu'il s'emballait un peu. On lui disait : « Si tu étais avec Dylan, ce serait le jeu de tirer. Mais nous, là, on va peut-être en faire venir une. »

Après, on a eu de la chance. A Montauban, les terrains étaient faits pour une équipe comme la nôtre. C'était du macadam, et tous les tireurs se sont cassé les dents sur ces jeux. Michel, c'est un tireur qui tire souple et vraiment dans la boule, du coup il était avantagé. Il a fait un tir du feu de Dieu.

Non, on ne l'a pas tellement contrarié. A part peut-être en demi ou en finale, où on s'est mis au milieu sur des boules improbables, qu'il voulait tirer parce qu'il a quand même ce petit grain de folie en lui, et qui fait sa force d'ailleurs.

 


On te connaissait depuis longtemps, on te voyait briller dans pas mal de grands concours, et notamment à l'Europétanque où tu as accédé aux parties finales un grand nombre de fois, et on savait que tu pouvais faire de grands résultats. Etre champion de France, ç'était un de tes rêves ?

Oui, bien sûr, et je pense que c'est celui de tous les boulistes. C'est bien d'avoir un maillot de champion de France, mais celui du triplettes, encore plus.


On t'a vu aussi aller plusieurs fois très loin au championnat de France tête-à-tête. Mais ce que tu me dis, là, c'est que tu n'échangerais pas ton maillot tricolore du triplette contre un titre de champion de France individuel ?

Tout maillot est beau, et celui du tête-à-tête est très beau, parce que tu te prouves à toi-même que tu peux gagner tout seul. Mais c'est une victoire un peu spéciale, parce que tu ne peux pas la partager. Moi, je trouve que c'est plus sympa de pouvoir partager son bonheur et sa victoire avec des partenaires.

 


La pétanque, c'est une histoire de famille chez les Montoro. Ton père est un très bon joueur, et ton grand-père avait été finaliste du championnat de France. Tu es tombé dedans tout petit, donc ?

Je n'ai pas trop connu mon grand-père du temps où il jouait, mais tout petit, j'ai commencé à suivre mon père. Je me régalais à aller le voir, manger ma petite merguez et après, comme tous les gamins, je jetais quarante-cinq millions de boules sur le côté. Je pense que je jouais plus de boules que tous les gens qui étaient sur le concours réunis (rires)

D'ailleurs, je te parlais tout à l'heure du plaisir de gagner un titre. Mais ce plaisir, je l'ai eu aussi par rapport aux miens. C'est moi qui l'ai gagné, mais dans ma tête, c'est la famille Montoro qui l'a gagné. Ils auraient aussi pu l'avoir. Je suis peut-être le moins fort, et c'est moi qui l'ai ramené.

 


Quand tu étais gamin, que tu suivais ton père sur les jeux des Alpes-Maritimes, est-ce que tu avais des modèles, des joueurs à qui tu avais envie de ressembler plus tard?

Bien sûr. Quand on se retrouvais entre minots, on refaisait les styles. On disait : « Moi, je suis Armando, toi tu es Rizo, ou Foni, ou Aleixo. » Et on jouait en les refaisant. Il y avait plein de bons joueurs à l'époque, notamment le Papi, Antoine Fazzino. Lui, c'était un phénomène.

On jouait sur la place Saint Pierre, à Cagnes-sur-Mer, c'était la place de Bébert de Cagnes. Des fois même, tu étais tout seul, et tu t'inventais une partie. Tu te disais : « Je suis Quintais. Là je suis en finale du championnat de France, et c'est frappé-gagné, manqué-perdu. » Qui aurait cru que vingt ans plus tard, je serais dans le même club que lui ?


Oui, parce que tu as vécu dès le début l'aventure du DUC de Nice, et tu y as vu arriver Quintais Suchaud, Lacroix, Miléi, Cortes, Delforge et bien d'autres. Ça a été une révolution, je suppose, de voir arriver ces joueurs-là dans les Alpes-Maritimes ?

Bien sûr, c'était énorme, c'est comme si on avait été dans un club de foot et qu'on avait vu arriver Messi et Ronaldo. D'ailleurs, c'est là que s'est formée la Dream Team. Et nous, on les a cotoyés et ça nous a fait énormément de bien : le fait de disputer la Coupe de France avec eux, de les voir évoluer, personnellement, ça m'a beaucoup appris, parce que ce sont des maîtres de la pétanque. Et au niveau du département, je pense que ça a tiré vers le haut plein de joueurs, que ça les a décomplexés. Le 06 a toujours été très fort, mais il avait toujours manqué quelque chose, à part pour Bébert de Cagnes, bien sûr. Les Fazzino, papa Rizo, Carlin, Aleixo, Armando, Palmerini, c'étaient des gens qui auraient pu accrocher des maillots, mais ça calait toujours en finale ou en demi-finale des championnats de France. Quintais, Suchaud, Lacroix, en venant au DUC, ils nous ont rendu service.

Ça a été mon cas. Quand tu côtoies de tels champions, tu les observes, tu regardes comment ils fonctionnent. Dans les boules et en dehors, parce que ce sont des gars qui ont une hygiène de vie, un comportement. Et toi tu les copies, tu prends exemple sur eux, et tu t'améliores dans tous les secteurs.

 


Dans une élite nationale qui fait la part belle aux tireurs, tu maintiens dans tes équipes une tradition de la pétanque qui est celle d'avoir dans une équipe un vrai pointeur, quelqu'un qui use le tireur adverse, qui s'applique à faire de grosses entames de mènes. C'est important, d'avoir ça dans une triplette ?

Oui, et je pense que de plus ne plus, on s'en rend compte. Dans les très grosses compétitions, c'est sûr que si le tireur manque, tu ne vas pas gagner, mais d'une manière générale, il faut quelqu'un qui fasse du gros appoint, ne serait-ce que pour mettre ses partenaires dans de bonnes dispositions.

Après, c'est vrai que la pétanque moderne fait que le pointeur doit être capable de tirer correctement. D'autant qu'un grand nombre de terrains demandent d'attaquer beaucoup. Mais le point reste toujours très important.


Est-ce que c'est la raison, à ton avis, pour laquelle on voit beaucoup de grands pointeurs être peu sollicités en sélection nationale ?

Au niveau des sélections, je pense qu'il n'y a pas grand-chose à dire. Ce sont les meilleurs qui sont sélectionnés, surtout pour les championnats du monde. Et puis quand tu as un Philippe Quintais sur le banc, tu sais que tu peux le faire rentrer à n'importe quel poste. C'est cette polyvalence, je pense, qui intéresse les sélectionneurs. Ça crée plus d'options.

 

Photo Quarterback


Ce n'est pas un peu frustrant, de faire partie d'une génération où il y a des joueurs aussi incontournables que Quintais, Lacroix, Suchaud ou Dylan ?

Non, je ne crois pas. On a eu notre chance aux championnats d'Europe, voilà, on ne l'a pas saisie, mais on l'a eue. On se trouve des excuses au fond de nous parce qu'elles sont peut-être légitimes, mais on avait qu'à gagner. La vérité, elle est sur le terrain, et quand tu te retrouves en Équipe de France, il faut gagner. Parce que si on gagne, c'est normal, et si on perd, c'est une contre-performance.

Il y a beaucoup de pression quand on est nouveau, du coup, et là, on était quatre nouveaux. Mais je ne pense pas que c'est la pression qui nous a fait perdre, parce qu'on a fait un super-championnat jusqu'à la partie que nous avons perdue. Mais c'est vrai que si tu portes le maillot de la France dans un championnat d'Europe, tu es là pour gagner. Même si la concurrence y est aussi : les gars qui sont devant leur télé pensent peut-être que les autres pays sont juste des nations exotiques, mais ça joue bien aux boules partout maintenant. Voilà, il s'est passé ce qui s'est passé, espérons qu'on aura une nouvelle chance plus tard.

 


La compétition de haut niveau va bientôt reprendre. Quelles sont tes prochaines échéances ?

Il y avait Trévoux, où nous comptions remettre le titre en jeu avec Jean-Michel Puccinelli et Jeremy Fernandez, mais il vient d'être annulé. Donc le prochain, c'est le Barbero à Fréjus, et puis le Mondial la Marseillaise, où je vais jouer avec Jean-Michel et Benji Renaud.

Et en octobre, la Coupe de France. J'aime bien cette compétition, parce que là aussi, on peut partager, c'est une belle aventure qu'on vit en groupe. On l'avait gagné avec Nice, puis avec Draguignan, et là, ce serait bien de recommencer. C'est vraiment une épreuve que je kiffe, comme tout le monde au club d'ailleurs.

 

Photo Fabien Sanguinède pour PPF


Tu es content de reprendre ?

Oui, parce qu'à force on commence un peu à se ronger. Mais d'un autre côté, j'ai apprécié la coupure. D'habitude, l'été, on ne voit pas trop nos femmes, nos enfants, nos amis. J'en ai qui ne jouent pas aux boules, et là, je sors avec eux, je mange avec eux, je suis revenu vingt ans en arrière. Et j'apprécie.

En temps normal, on mène une autre vie, et même si on n'est pas à plaindre, on voit bien que les gens ne se rendent pas compte. Ils disent : « Montoro, il est à Marrakech. » Mais quand je suis à Marrakech, je ne suis pas chez moi. Et quand je suis là-bas, je ne suis pas à la plage. Je joue aux boules et la ville, je ne la vois pas. En ce moment, par contre, je vais à la plage (rires).

Mais il y a quand même un manque. Pas au niveau des boules, parce que je peux jouer avec mon fils, avec les copains. Mais la grosse compétition, l'adrénaline, le haut niveau, ça, je suis content de le retrouver bientôt.


Entretien réalisé par Pierre Fieux


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Auteur Conversation
bert06
Posté le: 30/7/2020 6:52  Mis à jour: 30/7/2020 6:52
Boulistenaute en progrès
Inscrit le: 6/8/2006
De: chemin de vosgelade 06140 vence
Envois: 677
 Montoro, l'esprit de famille
Un sacré pointeur qui est il me semble toujours en progrès (comme Robby)depuis une dizaine d’années.Qu’il est loin ce 1er national gagné à St Étienne.Garcon simple et très sympathique dont la carrière est encore devant.Il parle de ce champ de France 2016 ce sera toujours le 1er mais il le sera encore.Ca aurait pu arriver avant je pense à 2007 à Dijon gaspillage de la partie en 1/4 contre Rousseauet après en 1/2 tout aurait été possible.
petanque
Posté le: 28/7/2020 9:21  Mis à jour: 28/7/2020 11:51
CLUB des Supporters Boulistenaute.com
Inscrit le: 26/9/2002
De: 18 Cher - Bourges - Région Centre Bourges
Envois: 34893
 Re: Montoro, l'esprit de famille
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