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Les champions : Miléi, un soir sur le Vieux Port

Posté par BOULEGAN le 3/7/2020 12:10:00 (11210 lectures) Articles du même auteur

Dans la carrière des plus grands champions, il y a des moments vraiment extraordinaires. Boom-Boom, comme on surnommait l'immense tireur bourguignon, s'en est rappelé pour nous.



Miléi, un soir sur le Vieux Port

 



Dans la carrière des plus grands champions, il y a des moments vraiment extraordinaires. Boom-Boom, comme on surnommait l'immense tireur bourguignon dans les années quatre vingt-dix et deux mille, s'en est rappelé pour nous. Un entretien où Pascal Miléi a aussi énoncé, paisiblement et sans langue de bois, ses quatre vérités.


Boom-Boom, ça vient d'où ?

C'est Marc Alexandre qui m'avait appelé comme ça la première année où je suis venu à Millau. Et c'est resté.

Tu as été champion de France, champion du Monde, tu as gagné Millau, la Marseillaise, les Masters de pétanque et beaucoup d'autres grandes compétitions. Quelle est la victoire qui est la plus chère à tes yeux, celle qui représente ton plus grand souvenir ?

C'est la Marseillaise. Pour moi, c'est le plus beau concours. Les championnats de France, du Monde, ce sont de belles compétitions, mais ce n'est pas pareil. Il y a de la pression, mais à Marseille, elle est encore plus forte. Et l'émotion, elle est plus forte aussi.

 

Photo Marco Foyot

 

Ce Mondial, tu l'as disputé avec Marco Foyot et Dominique Usaï. Comment ça s'est passé, quand avez-vous décidé d'aller à Marseille ensemble ?

La veille. J'étais à Cournon d'Auvergne, où je faisais le championnat de France doublettes avec Radnic. Nous avons perdu en seizièmes, et Dom m'a proposé de rejoindre Marco à Marseille. Voilà, ça s'est fait comme ça, à la dernière minute.

L'histoire du Mondial fourmille d'histoires comme celle-là, d'équipes qui se sont formées au dernier moment et qui se sont retrouvées dans le dernier carré, depuis Pisapia et Charly de Gémenos jusqu'à Bonetto et Rizo l'an dernier. Comment avez-vous vécu les premiers jours ?

Dans les meilleures conditions possibles. On a rejoint Marseille dans la nuit, Dominique avait réservé un hôtel pas très loin du parc Borély, et il avait loué un taxi. Chaque fois qu'on avait fini une partie, on rentrait à l'hôtel. Marco restait au parc sur son stand, et il nous appelait quand on devait jouer.

Il y a eu des parties difficiles ?

En huitièmes, on a gagné 13-10 contre une partie de Marseille, des joueurs pas très gentils. Ensuite, en quart, on a gagné facilement contre les Molinas et Vigo.

 

 

Et là, tu pénètres pour la première fois, dans un lieu mythique, le carré du Vieux Port. Qu'est-ce que tu éprouves en découvrant ça ?

C'est énorme. Tu as le bateau qui est amarré devant les jeux, les gradins tout autour, tout ça est plein à craquer. Il y a des milliers de personnes qui sont venus voir la partie. Quand tu rentres au milieu, tu ne fais pas le malin, c'est moi qui te le dis. Ça met de la pression. Je me suis dit : « Si je tire bien les deux premières, ça va aller. » Parce que là, si tu commences à tirer à côté, c'est pas pareil.

Et ça s'est bien passé, puisqu'on a gagné les deux dernières parties 13-0.

On a eu du grand Marco. A cette époque là, c'était, comment dire... Marco, quoi. Et la Marseillaise, c'est son concours.

Quand on voit ces parties, ce qui frappe aussi, c'est que Usaï donnait l'impression d'être très à l'aise, lui aussi. Je me trompe ?

C'est vrai. Dominique, c'est un compétiteur, il a fait du rallye à haut niveau. La pression, ça ne le dérange pas trop. Et même s'il avait bien joué à l'époque, il a fait depuis d'énormes progrès : il pointe encore bien mieux aujourd'hui.

Mais là, c'est vrai qu'il était à l'aise. Celui qui avait le plus de pression, c'est moi, je crois.

Mais j'aime bien. J'aime bien avoir un peu d'adrénaline.

 

 

Revenons encore un peu plus en arrière. En 1993, deux jeunes joueurs de Saône-et-Loire arrivent à Saint-Saulve, dans les Hauts-de-France, pour y disputer les championnats de France doublettes, et créent la surprise en battant Foyot et Passo en finale. Vous jouiez ensemble depuis longtemps ?

Depuis quelques mois. Un ami de Radnic lui avait dit : « Je connais un bon petit jeune, qui ne tire pas trop mal. Tu devrais essayer de jouer avec lui. » On a été champions de Saône-et-Loire tout de suite, puis champions de France, et puis ça s'est enchainé.

 

Photo Pétanque Magazine

 

Comment s'était passé ce championnat de France à Saint-Saulve ?

On a gagné la première, et puis on a perdu la deuxième. Et on ne s'est plus adressé la parole jusqu'en huitièmes de finale.

C'est vrai ?

Oui. Pas un mot. On se faisait des gestes, il faut tirer, il faut pointer. Et il a pris le tir en quart, en demi et en finale. Mais ça nous a plutôt bien réussi.

Mais je trouve que souvent, ce sont les premières associations qui font mouche. Je l'ai souvent constaté. Regarde le championnat du monde qu'on a gagné à Grenoble, c'était la première fois que je jouais avec Sylvain, Michel et Didier (Dubreuil, Loy et Chagneau, NDLR).

 

Photo Pétanque Magazine

 

Et pendant des années, Radnic et toi, vous étiez indissociables...

C'est vrai. Ensuite, on a fait chacun notre chemin, on ne voyait pas les choses de la même façon. Moi, maintenant, j'ai des enfants, j'accorde moins d'importance à la pétanque. Et d'ailleurs, la pétanque, je trouve qu'elle n'est pas dans le bon chemin.

Comment ça ?

Ça devient n'importe quoi. C'est la dictature, ce n'est plus les boules. On ne lance plus le bouchon qu'une fois, on ne peut plus toucher le terrain, la minute pour jouer, pour moi, ce n'est pas de la pétanque, ça. On s'emmerde dans les boules maintenant, il n'y a pas de joie, pas de vie. On ne peut pas parler, dire quelque chose à l'adversaire.

Avant, c'était autre chose. Tu voyais un mec comme Marco faire sa donnée, ou Christian, Daniel, ou Jean-Luc (Fazzino, Voisin, Robert, NDLR), là c'était de la pétanque. Le gars se mettaient derrière toi quand tu allais tirer, toi tu essayais d'y frapper quand même. Mais il n'y avait pas de méchanceté. Regarde Marco, il parle tout le temps, mais il ne dit rien de méchant, c'est juste du folklore. Aujourd'hui, si tu te mets derrière quelqu'un, ou si tu lui dis un mot, c'est comme si tu l'insultais.

La minute, les cartons jaunes, c'est à cause de la télé. Il n'y aurait pas de télé, ce serait comme avant.

Pourtant, la télé, c'est du spectacle, et à cause d'elle, du spectacle, il y en a moins.

 

 

 

Donc, cette pétanque à l'ancienne, tu l'aimes bien ?

Oui, bien sûr. C'est là-dedans que je me suis forgé. Ça faisait des joueurs solides. Il y avait du folklore, des mots, mais si tu regardes bien, à la fin de la partie, des mots, il n'y en avait plus. Tout le monde se taisait et ça jouait les boules. On n'entendait plus personne et on voyait du gros jeu.

Il y a une autre partie de ta carrière qui s'est déroulé sur le plan mondial, avec quelques sélections en Équipe de France et un titre à la clé en 2006. Je suppose que c'est ton plus grand souvenir international ?

Pas sûr. Bien que j'ai perdu, mon plus grand souvenir, c'est la finale du tir de précision, à Pattaya en 2007. J'avais perdu contre Carlos Rakotoarivelo, le Malgache. Là, ce n'est pas du tout la même chose qu'en équipe. C'est beaucoup plus compliqué. Il faut aller au turbin tout seul, et il n'y a personne pour te rattraper. Il faut se sortir les tripes, puiser dans ses ressources.

Mais le titre, c'était un grand moment, bien sûr. D'autant que j'avais été mis à l'amende durant des années.

Comment ça ?

Eh bien, je suppose que j'avais une trop grande gueule pour certains. Je disais ce que je pensais, et ça ne plaisait pas à tout le monde. Du coup, j'ai fait la finale du championnat du monde en 1997, et je n'ai retrouvé l'Équipe de France qu'en 2006. Cette année-là, ils étaient un peu obligés de m'y mettre : j'avais fait trois finales de championnat de France, et j'avais gagné les Masters en 2005.

 

Photo Jac Verheul

 

Du coup, quand tu arrives à Grenoble pour les championnats du monde, tu es un peu remonté ?

Un petit peu. Je sens qu'il faut que je montre que je suis encore là. Je me disais : « Tu n'as jamais été champion du monde, tu es là, il va falloir jouer aux boules ». Ils avaient bâti l'équipe autour de Michel Loy et moi, et finalement ils ont ajouté Sylvain Dubreuil et Didier Chagneau.

Il y avait des super-équipes, Suchaud en pleine forme avec Henri, Cortès et Lamour, les Belges avec Claudy, Tichon, Dédé et Michel (Weibel, Hémon, Lozano, Van Campenhout, NDLR).

La partie avec Michel Loy me plaisait. Ce n'est pas facile de jouer avec lui, il a beaucoup de caractère. Mais moi, ça me va. J'ai joué avec beaucoup de joueurs à fort caractère, et ça me plaît, au fond.

 

Photo Pétanque Magazine

 

Durant toutes ces années-là, tu as mené la vie de tous les champions de haut niveau, une vie que tu as un peu délaissé depuis quelques années. Est-ce que tu regrettes ça ?

Non, au contraire. Aujourd'hui, je ne pourrais plus faire ce que je faisais à l'époque. Par exemple, en 2002, quand on a gagné la Marseillaise, je suis parti le lendemain faire une étape des Masters avec Loy et Sirot, et le samedi, il y avait un national autre part, ça n'arrêtait jamais. Je ne pourrais plus faire toute cette route aujourd'hui.

J'ai joué au DUC de Nice, puis dans les Bouches-du-Rône, c'était de belles années, mais c'était aussi beaucoup de kilomètres. Maintenant je suis revenu en Saône-et-Loire, et c'est très bien comme ça. Quand je fais une bonne partie, qu'on part faire un beau concours, je suis content, mais voilà. A petites doses.

Il y a une multiplication des compétitions aujourd'hui. Plus tous ces évènementiels, qui pour moi dénaturent la pétanque. Ou tous ces championnats du monde, doublettes, tête-à-tête, mixte. Je trouve ça nul. Il y avait le triplettes, et le tir. Il n'y avait pas besoin de plus.

 

 

Aujourd'hui, au point où tu en es de cette carrière exceptionnelle, est-ce que tu as encore un rêve, ou un regret, quelque chose que tu voudrais encore vivre ?

J'ai un regret, c'est le championnat de France mixte. J'aurais pu le gagner, en étant un peu meilleur. J'ai fait deux finales et, il y a trois ans, une demi-finale avec Nath (Nathalie Miléi, NDLR), ça me plairait bien de faire un beau truc un jour.

Une autre chose aussi, peut-être. J'ai eu la chance de jouer avec tous les plus grands, et il y en a un seul avec qui je n'ai pas joué, c'est Henri. Cest le meilleur joueur du monde, ça m'aurait fait plaisir. Un jour peut-être... Et si ça ne se fait jamais, ce n'est pas grave au fond.

 

 

On a vu il y a trois ans, lorsque tu as remporté l'Odyssée de la pétanque avec Foyot et Durk, que tu était toujours capable de tirer au plus haut niveau. Comment vois-tu la suite de ta carrière ?

Je n'en ai aucune idée. Tu sais, il faut l'envie, d'abord. Depuis le début du confinement, je n'ai pas retouché mes boules. Et ça ne me manque pas. Pas du tout.

On change avec le temps, tu sais. On s'assagit. Mais quand il va y avoir un joli concours, que je vais être équipé dans une belle partie, la motivation va revenir, je le sais.


Entretien réalisé par Pierre Fieux

 

Pascal MILEI et la WebTV Boulistenaute 

 

 PLAY (33 minutes)  

 

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Auteur Conversation
gourgun
Posté le: 4/7/2020 17:50  Mis à jour: 4/7/2020 17:50
Boulistenaute en progrès
Inscrit le: 22/8/2013
De:
Envois: 500
 Re: Miléi, un soir sur le Vieux Port
mes escuses a pascal que j'ai prénommé hector !
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quand le"gabian" se gratte le gland il fera du mauvais temps,s'il se gratte le cul il ne fera pas beau non plus
petanque
Posté le: 4/7/2020 10:47  Mis à jour: 4/7/2020 10:47
CLUB des Supporters Boulistenaute.com
Inscrit le: 26/9/2002
De: 18 Cher - Bourges - Région Centre Bourges
Envois: 34914
En ligne !
 Re: Miléi, un soir sur le Vieux Port
------------

Pour la promotion du sport pétanque O°O

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regis84
Posté le: 3/7/2020 20:48  Mis à jour: 3/7/2020 20:48
Co-Webmaster
Inscrit le: 12/2/2003
De: Avignon - 84 Vaucluse - PACA
Envois: 4593
 Re: Miléi, un soir sur le Vieux Port
gourgun
Il ne s'agit pas d' Hector (Milesi) mais de Pascal (Milei)

Régis

PS: Je n'ai pas compté le nombre d'articles, mais tous sont dédiés aux hommes sauf 2 (Gros - Schopp), il est vrai que les titres des articles sont les champions. Mais que faites-vous donc là mesdames dans ce monde de machos !!!
gourgun
Posté le: 3/7/2020 17:34  Mis à jour: 3/7/2020 17:34
Boulistenaute en progrès
Inscrit le: 22/8/2013
De:
Envois: 500
 Re: Miléi, un soir sur le Vieux Port
bonne analyse de ce qu'est devenue la pétanque actuelle,chapeau bas hector!
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quand le"gabian" se gratte le gland il fera du mauvais temps,s'il se gratte le cul il ne fera pas beau non plus
Capri
Posté le: 3/7/2020 13:33  Mis à jour: 3/7/2020 13:33
Boulistenaute accro !
Inscrit le: 7/7/2005
De: Belgique (Seraing)
Envois: 6095
 Re: Miléi, un soir sur le Vieux Port
Merci,joli compte rendu de ce bon joueur.
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