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Les champions : Jean-Luc Robert, seul en haut du podium

Posté par BOULEGAN le 31/3/2020 13:00:00 (22982 lectures) Articles du même auteur

Dans la carrière des plus grands champions, il y a quelques moments vraiment extraordinaires. Jean-Luc Robert est revenu pour nous sur sa victoire à Millau en tête-à-tête.


Jean-Luc Robert, seul en haut du podium

 

 

Dans la carrière des plus grands champions, il y a quelques moments vraiment extraordinaires. Jean-Luc Robert, joint par vidéo, est revenu pour nous sur sa victoire au Mondial de Millau en tête-à-tête.


En août 1999, tu es au départ du Mondial tête-à-tête de Millau avec mille sept cent quarante deux autres joueurs. Tu es comment, à ce moment-là ?

Motivé. On venait d'être champions de France avec Philippe (Quintais, NDLR) en doublettes en battant Choupay et Loy 13-0, la semaine suivante on avait gagné la Comédie à Montpellier en mettant encore une tôle à Choupay et Loy, on avait gagné les Arcs avec Jean-Pierre Lelons, et je suis arrivé à Millau au sommet de ma forme. Du coup, dans la voiture, j'avais dit à Christel, ma femme : « Cette année, je ne jetterai pas. »

 
 

Comment ça ?

En tête-à-tête, je manquais parfois de patience. Ça m'arrivait de jeter les boules quand ça ne se passait pas bien. Je m'énervais, j'étais capable de faire n'importe quoi.

Mais là, j'avais envie. Alors attention, je ne me suis pas inscrit en disant : « Je vais gagner Millau. » Mais j'avais dit à Christel : « Le mec qui va me battre, il va falloir qu'il joue bien. Parce que je ne jetterai pas.»

 


Et tu as eu des parties où il a fallu prendre sur toi ?

Oui. La dernière que j'ai fait dans les allées, je crois que c'était contre un joueur de la Saône-et-Loire, il faisait nuit et j'étais mené 4-10. Normalement, j'aurais mis un coup de pied à mes boules, mais là j'ai réussi à faire trois palets. Les deux mènes suivantes, il a chiqué ma première, et j'ai fait deux palets derrière. J'ai gagné comme ça, avec trois mènes de trois.

Ensuite, je suis rentré dans les carrés d'honneur et j'ai joué contre David Le Dantec. C'était un gros client, mais ça s'est bien passé, j'ai gagné 13-2 je crois. Du coup, je me suis qualifié pour le lendemain.

 


Les huitièmes de finale, donc. Tu as pris qui ?

Un petit jeune, qui s'appelait Quintaneros. Il tirait très bien, il était en pleine forme. J'ai gagné, et j'ai pris Radnic. Et en demi-finale, j'ai battu Richard, qui était le tireur de René Luchesi et qui allait faire la finale du championnat de France l'année suivante.

 

Photo Midi Libre


Et tu te retrouves en finale contre Claudy Weibel...

Oulah... Claudy, à cette époque là, c'était trop fort pour moi. Je l'avais vu jouer pendant deux jours, il avait pulvérisé tout le monde. Des mènes de trois palets à neuf mètres cinquante dans le carré d'honneur, il en avait fait plein. Il faisait ça comme moi je bois un Ricard, apparemment pour lui c'était facile.

Je me suis dit : « Là, ça va être très très compliqué. » En plus, j'étais arrivé sur la finale après m'être un peu énervé contre un vigile du parc, qui ne voulait pas nous laisser entrer avec la voiture malgré nos laisser-passer. En fait, c'était surtout Philippe qui s'était énervé (rires).

Mais j'avais un peu couru, j'étais arrivé essoufflé, pas dans les meilleures conditions. Mais bon, j'ai fait mon jeu, et lui, manifestement, avait un gros gros coup de fatigue et il a fait un mauvais départ. Moi, j'ai joué comme j'ai pu, mais j'ai eu aussi un petit coup de pression en milieu de partie, et il est revenu. Finalement, on s'est retrouvé à la bataille, et la dernière mène, je menais 12-9. A une boule chacun, il a mis sa dernière quasiment en devant de boule. J'ai tiré quand même, parce qu'il était presque ingagnable, mais j'ai mis un moment. A l'époque, il n'y avait pas de timer sur les jeux (rires). J'ai tourné, j'ai viré, et puis je me suis dit : « Des boules pour gagner Millau en tête-à-tête, tu n'en auras peut-être jamais plus. Si elle passe, elle passe, et si elle ne passe pas, tu ne peux pas perdre sur la mène. » J'ai tiré, je l'ai prise pleine tasse sur l'oreille, et elle est passée.

 

Et là, toi qui as déjà connu plein de grands moments de pétanque, qu'est-ce que tu ressens ?

Là, je tombe à genoux et je fais un signe de croix. Et puis Marc Alexandre arrive et me tend son micro. Et moi, j'avais prévu ça, et j'avais préparé quelques mots. Mais ces mots-là, c'était des mots de finaliste, parce que je ne pensais jamais gagner contre Claudy. Du coup, ce qui sort, c'est : « Les gens qui disent que je gagne parce que je suis équipé avec Philippe Quintais vont devoir changer de discours, sinon ils vont finir par passer pour des cons. »

Attention, ce n'était pas du dépit. Quand tu joues avec un monstre sacré comme lui, ce sont des choses inévitables, qu'il faut accepter. C'est ce que je faisais en général, mais ce jour-là, c'est sorti tout seul.

 


Donc, c'était un moment spécial ?

Bien sûr. J'avais eu un parcours difficile, je l'avais vécu tout seul, et j'y avais laissé beaucoup de jus. On ressent beaucoup de pression dans ces cas-là, malgré ce que disent certains. Il y en a qui disent qu'ils n'ont jamais eu peur de leur vie, qu'ils n'ont jamais eu de pression, moi je leur dis : « Vous avez bien de la chance. Au revoir. » Je n'ai pas trop envie de discuter avec eux, parce que moi qui ai eu la chance de jouer avec les plus grands joueurs du monde, il y a toujours une ou deux fois où je les ai vu devenir blancs comme des cachets d'aspirine. La pression, tu l'as dans tous les sports. Je ne vois pas pourquoi la pétanque ferait exception.

Quand Djokovic a servi pour gagner son premier Rolland-Garros, il servait dans le bas du filet. Quand Serena Williams s'est retrouvé en passe de battre le record de Stefi Graff, elle a perdu une paire de finales où elle était complètement perdue sur le terrain.

 


C'est un sujet tabou, à haut niveau, la pression ?

Un peu. La plupart des joueurs n'ont pas envie de reconnaître qu'il y en a. En parler, pour beaucoup, c'est un peu avouer qu'ils ne la dominent pas toujours. Mais la réalité, c'est qu'il y en a.

A cette époque-là, je faisais de la sophrologie. C'était une période où je jouais un petit peu moins. Et quand c'est comme ça, tu perds l'habitude de ces grosses parties, avec un monde de malade autour, et tu souffres un peu quand tu t'y retrouves. Du coup j'étais allé voir mon toubib, et il m'avait dit d'essayer ça. Je suis allé voir un sophrologue, je me mettais sur son divan et il m'expliquait comment, quand le coeur se met à taper, penser à des choses positives, convoquer des images apaisantes. Ca m'a aidé, à l'époque.


Tu faisais autre chose, dans le même ordre d'idées ?

Je prenais des pilules homéopathiques. De l'arnica, pour les muscles, et un truc pour me détendre. L'homéopathie, il paraît que ça ne marche que lorsqu'on y croit. Moi, j'y croyais, je me trimballais toujours avec mes petits tubes.

Parce que la confiance, l'habitude des grosses parties, ça t'aide à gagner. On le voit à la Marseillaise, dans le carré télé. Ceux qui ont l'habitude de porter un micro, de jouer dans des cadres, font leur jeu habituel. Les autres ont du mal. On n'est plus à l'époque où dans les allées de Borély, sur un coup de bouchon, on pouvait finir une mène à vingt-cinq mètres contre le trottoir. Là, c'était plus dur pour les grosses équipes, elles pouvaient avoir des surprises. Aujourd'hui, on ne peut plus avoir une petite équipe à l'arrivée du Mondial.

 


Avec cette victoire à Millau, on parle d'un des très grands moments de ta carrière. Quels sont les autres grands moments qui te reviennent aussi, tout de suite ?

Les jours suivants. Parce que le lendemain, on perd en finale du triplettes, ave Jean-Pierre Lelons et Quintais, et le surlendemain, en finale du doublettes avec Philippe. Moi, j'ai fait trente et une parties en quatre jours, j'étais carbonisé. Le dernier jour de la doublette, j'ai dit à Philippe : « On va jouer comme en mixte. Je vais pointer les trois miennes, et tu tireras les trois tiennes. »

Bon, maintenant, ce n'est plus comme ça le mixte parce que le niveau féminin est beaucoup monté, mais à l'époque, à quelques exceptions près, c'était comme ça. Alors on a fait ça, parce que je n'y voyais plus rien, je voyais tout trouble, j'avais des papillons devant les yeux. D'ailleurs en finale, contre Passo et Foyot, on a perdu en faisant six trous à six mètres cinquante... Enfin, voilà, je crois que personne n'a jamais fait trois finales la même année, ni le grand Quintais, ni le grand Lacroix, ni le grand Fazzino, ni le grand Choupay, ni le grand Loy, et du coup c'est un formidable souvenir.

Après, les grands moments qui me reviennent, ce sont des moments vécus en groupe. Le titre de champion de France CNC3 avec Langon notamment, il y a deux ans, ou la Coupe de France des clubs avec Hanches. Moi, c'est ça qui me plaît. Même quand je ne faisais plus aucun championnat, je continuais à faire les compétitions de club, parce que c'est une aventure humaine formidable. J'ai de grands souvenirs, on partage quand même beaucoup plus de choses que quand on est tout seul sur un terrain. Moi qui mettait toujours un certain temps à finir mes tête-à-tête, je voyais les potes qui avaient terminé le leur venir au bord du terrain pour m'encourager, il y a un esprit Coupe Davis dans les compétitions de club que j'aime beaucoup.

 


Là, tu es confiné chez toi, comme beaucoup d'entre nous. Est-ce que tu as un petit message à envoyer à la planète boules ?

Même si ça ne va pas tarder à me rendre fou complètement parce que c'est très dur, faites comme moi. Si vous ne devez pas travailler, restez confinés, respectez les consignes. Il y a une bonne moitié du chemin qui a été faite, et si on veut que ça s'arrête vite, il faut continuer.

Et pensez aux autres. Ce que je me disais au départ, c'est que ça pouvait me tomber dessus et que je ferais avec, mais je supporte beaucoup moins bien l'idée que je puisse mettre quelqu'un d'autre en danger. Parce que si on te dit que tu as filé ce truc à quelqu'un et qu'il en est mort, vivre avec çà, ça ne doit pas être simple.

Donc, maison, télé, ne sortir que lorsque c'est vraiment nécéssaire, et espérer qu'on se revoie tous bientôt autour d'un verre, même si j'ai profité du confinement pour arrêter de boire (rires). Mais quand on se retrouvera sur les terrains, je ferai une exception, on fêtera ça dignement. Prenez soin de vous.

 

 

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Jean-Luc Robert, le lieutenant du roi (2014)

Son portrait Boulistenaute 

 

 

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Les commentaires appartiennent à leurs auteurs. Nous ne sommes pas responsables de leur contenu.
(1) 2 »
Auteur Conversation
petanque
Posté le: 1/4/2020 12:29  Mis à jour: 1/4/2020 12:29
CLUB des Supporters Boulistenaute.com
Inscrit le: 26/9/2002
De: 18 Cher - Bourges - Région Centre Bourges
Envois: 34725
 Re: Jean-Luc Robert, seul en haut du podium
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Pour la promotion du sport pétanque O°O

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michel34
Posté le: 1/4/2020 10:02  Mis à jour: 1/4/2020 10:04
Boulistenaute en progrès
Inscrit le: 2/5/2006
De: Brissac - 34 Hérault - Languedoc-Roussillon
Envois: 479
 Re: Jean-Luc Robert, seul en haut du podium
les 2 meilleurs commentateurs tv petanque,sont comme par hasard,2 tres bons joueurs:sylvain Dubreuil et jl Robert.Pour ce dernier,en plus d avoir ete un tres . bon joueur,je pense que cest une bonne personne.Je l ai joue ,une seule fois,a la cOMEDIE PETANQUE avec QUINTAIS et MORILLON et l on s etait incline a 11,a la 5 eme partie.Un gentleman de la petanque,comme ses comparses.Une qualite que l on trouve de moins en moins sur les jeux.Pour ceux qui l ont sous estime, il faut savoir que l on ne gagne ni MILLAU (1x1,2x2,3x3)ni LA MARSEILLAISE,ni les championnats de FRANCE,ni les nationaux,lorsqu on est un joueur moyen.RESPECT MONSIEUR ROBERT et ce n est pas un poisson d AVRIL
santu
Posté le: 31/3/2020 23:00  Mis à jour: 31/3/2020 23:00
Boulistenaute régulier !
Inscrit le: 18/2/2008
De: 76 Seine- Maritime
Envois: 1758
 Re: Jean-Luc Robert, seul en haut du podium
Dans les années 80/90 je ne jouais pas encore à la pétanque,mais tous les ans quand j'allais chez moi en Corse,j'avais plaisir a vous voir jouer le grand prix de la ville d'Ajaccio avec votre ami Philippe.
Du côté de l'école St Jean et ensuite sous la statue de Napoléon!!!
Je peux dire qu'a l'époque vous étiez tous les deux des Empereurs de la pétanque.
Merci pour le spectacle.
Une année en huitième contre Fieschi J D,il me semble que vous aviez tiré 14 fois le bouchon et Fieschi 11 fois une partie de 2hrs30.
Coups de soleil pour la galerie!!!!!
Je me régale à vous entendre sur la 21
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José
"Santu prénom de mon petit fils qui était celui de mon père"
" ùn semi ne più bravi,ne più gattivi,ma semi corsi " "Nous ne sommes ni plus gentil,ni plus méchants,mais nous sommes Corse"
alainburg
Posté le: 31/3/2020 18:06  Mis à jour: 1/4/2020 10:09
Boulistenaute régulier !
Inscrit le: 21/5/2007
De: RENNES - 35 Ille et Vilaine - Bretagne
Envois: 1569
 Re: Jean-Luc Robert, seul en haut du podium
Super bonne personne ce Jean Luc à bientot 60 ans,
meilleurs commentateurs tv petanque,
respect ,il savoure notre passion qu'es la pétanque.
Josgio
Posté le: 31/3/2020 17:27  Mis à jour: 31/3/2020 17:27
Boulistenaute en progrès
Inscrit le: 16/7/2013
De:
Envois: 408
 Re: Jean-Luc Robert, seul en haut du podium
Salut mon pote, je t'ai connu dans les années 80 et 90, j'ai même jouer avec toi, et contrairement à tes commentaires parfois sur l'équipe 21, tu avais rien à envier au joueurs actuel, tu savais tout faire, bravo pour ta carrière petanquiste, jeff
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