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Les champions : Gilles Gayraud, droit au but

Posté par BOULEGAN le 21/4/2020 13:00:00 (8428 lectures) Articles du même auteur

Dans la carrière des plus grands champions, il y a quelques moments vraiment extraordinaires. Le grand pointeur marseillais est revenu, pour nous, sur quelques-uns de ses beaux parcours...



Gilles Gayraud, droit au but

 


Dans la carrière des plus grands champions, il y a quelques moments vraiment extraordinaires. Le grand pointeur marseillais est revenu sur quelques-uns de ses beaux parcours, au parc Borély ou ailleurs. Un entretien franc et direct, marqué au sceau de l'amitié et de l'amour du jeu.


Tu joues à la pétanque depuis près de quarante ans. Quand tu repenses à toutes ces années, quels sont tes plus beaux souvenirs ?

Les deux Marseillaises que j'ai gagnées. Les deux, parce que je me suis autant régalé à l'une qu'à l'autre.


Commençons par la première. On est en 1998, et tu prends le départ du Mondial avec Patrick Vilfroy et Jean-Pierre Albentosa. Tu le faisais depuis longtemps ?

Depuis le début des années 90. Avant ça, je partais tous les ans en juillet à Sainte Maxime, j'étais en vacances, je ne revenais pas à Marseille. L'année d'avant, en 1997, je l'avais faite avec Jean-Pierre, et on s'était équipés sur place avec un gars de Bordeaux. On avait perdu en quart de finale contre Bruno Castellan.

 


Tu avais déjà joué avec Vilfroy ?

Oui, on venait de faire plusieurs nationaux tous les trois. On avait fait demi-finale au Grau-du-Roi et à Lunel. A l'époque, Patrick faisait du gros jeu au milieu, il y avait un vrai tireur, un vrai pointeur, c'était une partie bien montée.


Et vous parvenez, tous les trois, à gagner le Mondial la Marseillaise. Comment ça s'est passé ?

Ça va te paraître incroyable, mais on n'a jamais souffert. Dit comme ça, ça semble un truc de fou, mais c'est la vérité. On n'a pratiquement pas eu de partie difficile. Il n'y a que Carasso, avec Fontanelli, qui avaient fait sept ou huit points.

On avait bénéficié, je pense, du fait que tous les favoris étaient tombés au fur et à mesure. Et souvent, ceux qui les avaient battus tombaient contre nous à la partie suivante. C'est le meilleur moment : les gars se relâchaient un peu, et nous, quand même, on faisait du jeu. On envoyait loin, on jouait bien. Les parties n'étaient pas disputées, et dans le dernier carré, ça s'est passé pareil. C'était la folie, quand j'y pense.

 


Gagner une Marseillaise sans souffrir, c'est très rare, non ?

Oui, c'est sûr. Ça n'arrive jamais. Parce que depuis, j'en ai quand même vécu quelques-unes, et ça ne s'est jamais passé comme ça. En 2007, l'année où je gagne avec Adam et Robineau, il y a trois parties où nous aurions du perdre. Le dimanche après-midi, on était mené 0-10. Ensuite, le lundi, contre trois Corses, on est 0-7 et le gars à une boule de six au carreau. Roby a chiqué la première, il ont fait quatre carreaux dans les pierres, et on peut faire fanny s'ils en font un cinquième. Le gars l'a volée au fil, et ensuite ils n'ont plus marqué.

Le mardi matin, on s'est retrouvés 1-11, et puis 2-12. Roby ne tirait pas bien, c'était Michel Adam qui avait pris le tir. On avait commencé à 9h30, et à midi et demi Roby s'est retrouvé avec une boule frappé-gagné, manqué-perdu, intirable, à dix mètres dans un trou. Alors qu'il avait très mal tiré dans cette partie, il l'a tapée, et on s'en est sortis.

Ensuite, on a commencé à bien jouer. On a battu Vigo et Jo Dubois, qui avaient gagné l'année précédente avec Kader Benefissa. Ils étaient avec Donald Veiss, on a gagné 13-5. Là, on jouait bien.

 

 

Photo La Marseillaise


Et le lendemain, vous allez en quart de finale, et vous jouez Quintais. Là, c'était un très gros challenge, non ?

En fait, après les huitièmes, j'ai envoyé Michel Adam au tirage. D'habitude, c'est moi qui y vais, parce que je suis chanceux, et que lui il est noir. Mais là, je lui ai dit : « Si tu veux gagner la Marseillaise, il faut prendre Quintais maintenant, parce que dans le dernier carré, en demi ou en finale, on ne le battra pas. Il est trop fort, il faut le prendre maintenant, dans le goudron. Vas au tirage toi, je suis sûr que tu vas encaper Quintais. » Il a été au tirage et, qu'est-ce que tu crois ? Il a encapé Quintais.


Mais la partie n'a pas bien commencé, non ?

On s'est retrouvés 2-10. On ne jouait pas trop mal, mais eux jouaient très bien. Quintais, il ne jetait pas de boule, et Cortes n'en manquait pas. Et puis, à un moment donné, ça a tourné, on est revenu, ils n'ont plus bougé de 10.

Tu sais, je pense que c'est écrit, les boules. Parce qu'après, en demi et en finale, on n'a pas souffert. C'est comme ça, quand tu dois gagner, tu gagnes.

 

Photo La Marseillaise 


En demi-finale, pourtant, ce devait être particulier. Adam avait perdu cinq fois à ce stade de la compétition dans les années précédentes. Il devait y penser, je suppose ?

Avant la partie, je lui ai dit : « Ecoute-moi, cette année, tu ne peux pas perdre, tu es obligé de gagner. Voilà, c'est comme ça, tu vas gagner. Tu es allé au tirage, tu as pris Quintais. On l'a battu, tu vas gagner. » Je le lui ai peut-être dit quinze fois.

 


Tu as perdu en quart, puis en demi-finale du championnat de France triplettes. Même si on dit souvent que pour un Marseillais, c'est mieux de gagner le Mondial qu'un France, c'est un rêve que tu as eu, ça, le maillot tricolore ?

Bien sûr. Quand j'ai perdu en quart en 1992 avec Gasparian et Michel Adam, on aurait pu gagner. Gasparian, c'était un phénomène, un des meilleurs tireurs à cette époque, et je pense que si on avait joué avec le Michel Adam qu'il a été deux ou trois ans plus tard, on aurait été champions de France.

Choupay et Loy avaient perdu en huitièmes, Foyot et Passo avaient perdu en huitièmes, Fazzino aussi, Quintais aussi. Du coup, en arrivant en quart, on était favoris. Et Michel, qui tirait dans cette partie, a vu qu'on pouvait gagner, et il s'est mis un peu trop de pression.

Voilà, le regret, il est là. Après, en 2001, on perd en demi-finale contre Henri (avec Puccinelli et Adam, contre Lacroix, Marin, Leca, NDLR), mais ils méritaient autant que nous, il n'y a rien à dire.

 

Ce titre national en seniors, il n'a plus été conquis par une équipe des Bouches-du-Rhône depuis 1978. Comment tu expliques ça, alors que ce département regorge de talents ?

L'an dernier, si tu regardes bien, ce n'est pas passé loin, ça s'est joué à une boule. Mais tu as raison, c'est bizarre. Je pense qu'on ne monte pas les bonnes parties. Et puis la pétanque a beaucoup changé, il y a un écart qui s'est fait.

Mais quand même, quand on monte de belles parties, ça ne passe pas très loin. Bartoli, Garagnon, Ferret, à l'époque, Passo, Bartoli, Vilfroy... Beaucoup d'équipes de chez nous ont flirté avec le titre, en quart, en demi, comme Dominique Lacroix avec Passo. Mais souvent, on fait plaisir, on prend un joueur qui n'est pas au même niveau...

Quand même, c'est mystérieux. On a eu des joueurs extraordinaires. Je te parlais de Gasparian tout à l'heure, mais il y a eu Castellan, qui a perdu en finale du championnat de France tête-à-tête, Adamo, qui a abandonné en quart, Eric Bartoli, qui a dû abandonner aussi en quart de finale... Si tu prends liste de ceux qui ont été champions de France, ils étaient largement aussi forts, ils méritaient autant.

 


On te voit généralement, sur le circuit national, jouer en compagnie de José Amaya. Dis-moi un mot de cet autre talent marseillais.

C'est un de mes plus anciens partenaires : on a gagné ensemble l'International de Péage-de-Rousillon en 1993. José, c'est mon compère de jeu. Parfois, il a dû arrêter de jouer, mais moi je ne le laisse pas. Je lui dis : « Quand tu peux rejouer, tu m'appelles et on joue ensemble. »

Ce que j'aimerais, c'est faire le carré de la Marseillaise avec lui. Depuis cinq-six ans, il me dit : « Tu pourrais mieux t'équiper, prends quelqu'un d'autre. » J'aurais pu monter de très belles parties, bien sûr, j'ai des propositions, mais je m'en fous. Ca fait vingt-cinq ans qu'on joue ensemble, c'est un garçon qui m'a fait gagner tellement de concours, que j'ai envie qu'on avance ensemble dans celui-là.

 

Photo CD 13


On te voit jouer dans beaucoup de nationaux, sur toutes sortes de terrains, mais au parc Borély, sur ces jeux où l'on doit faire rouler la boule, on te voit beaucoup plus maître de cette technique que beaucoup de pointeurs. Cette façon de jouer, tu la tiens de qui, de quoi ?

Dans le Midi, on sait tous faire ça. Mais moi, je joue au golf. Et sur un green, tu vas voir ta balle, tu regardes le trou, tu vas au trou, tu regardes ta balle, et tu lis la pente. Et si tu fais pareil au parc Borély, tu vois mieux les pentes que beaucoup d'autres. Regarde bien : il n'y a pas beaucoup de pointeurs qui vont s'accroupir derrière le bouchon avant d'aller jouer. Et à la longue, c'est encore plus important.

 


Alors justement, je remarque que si tu continues à jouer à la pétanque, on te voit également beaucoup dans les concours de jeu provençal...

De plus en plus. J'en suis à moitié-moitié. Et je pense que je vais finir à 90% de longue. Je me régale.

Attention, j'adore la pétanque. Le jeu est plus vif. Mais mon jeu à moi s'adapte plus à la longue. J'aime prendre un peu de temps, jouer doucement. Et puis la mentalité n'est pas la même, ça n'a rien à voir. Ce ne sont pas les mêmes personnes. Si tu veux, d'un côté tu as le rugby, et de l'autre côté tu as le football.

Des fois, en milieu de partie, l'adversaire part à la buvette, et il revient avec six bouteilles d'eau. Tu le vois où, ça, à la pétanque ? Ça n'arrive jamais.


Et puis je suppose qu'en tant que pointeur, tu as le sentiment de jouer un rôle plus important à la longue qu'à la pétanque. Je me trompe ?

Non, c'est vrai. A la longue, le rôle du pointeur est deux fois plus important. A la pétanque, maintenant, quand tu joues dans des jeux avec six tonnes de gravier, le pointeur ne sert plus à rien. A l'époque, je tirais une boule toutes les quatre parties, maintenant, j'en tire cinq ou six par partie. Je fais le pointeur, et j'ai l'impression de faire milieu.

 


On parlait tout à l'heure des grands tireurs marseillais, mais on oublie parfois que ce sont des grands pointeurs qui ont eu les plus beaux résultats. Je pense bien sûr à Pisapia et à Kokoyan. Tu les as connus, je suppose ?

Plus que ça, puisque j'ai joué avec les deux. A dix-huit ans, pour ma première année seniors, j'ai fait le championnat des Bouches-du-Rhône doublettes avec Kokoyan, comme pointeur. Arrivés en quart de finale, Koko est venu me voir, et il m'a dit : « Je suis désolé, on ne peut pas gagner. » A l'époque, le championnat de France avait lieu en même temps que la Marseillaise. Alors, il n'y avait pas le choix. En quart, on a laissé passer.

Lui et Pisapia, dans les jeux lisses, c'étaient des métronomes. Ils ne s'égaraient jamais. Ils m'ont beaucoup appris. Si je ne mène pas trop mal le jeu, c'est à eux que je le dois. A l'époque, je ne les trouvais pas spectaculaires, j'admirais plutôt des joueurs comme Lovino. Et je ne comprenais pas pourquoi eux, ils gagnaient plus de choses que Milou. Mais en regardant bien, j'ai vite compris : zéro faute de jeu.

René Luchesi, qui était pareil, me disait : « Minot, un point, c'est un point. Il vaut mieux un point dans l'escarcelle que quatre points qui s'envolent. Aux boules, le plus important, c'est d'envoyer le bouchon. Quand tu envoies le bouchon, c'est 80% de la mène suivante. » Bon, à l'époque, on l'envoyait à droite, à gauche, on cherchait les bosses... Maintenant c'est différent.


Quand tu t'es retrouvé, à tant de reprises, dans le dernier carré de la Marseillaise, tu as pensé à eux, tu as eu le sentiment de suivre leur trace ?

Non, tu es fou. Eux, ils représentent l'histoire de la Marseillaise. Koko l'a gagnée six fois, Pisapia sept fois. Moi, j'en ai gagné deux, je suis déjà bien content d'avoir vécu ça. J'ai eu ma dose de bonheur.

 

 

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Auteur Conversation
dany40
Posté le: 22/4/2020 9:47  Mis à jour: 22/4/2020 9:47
Bébé boulistenaute
Inscrit le: 19/8/2017
De:
Envois: 10
 Re: Gilles Gayraud, droit au but
Le role du pointeur est moins important,le jeu devient plus stratégique,surtout avec le nouveau réglement qui est complêtement ABERRANT!! enfin le pointeur doit savoir tirer
et le tireur bien pointer(ce sont bien souvent des points de rajout).
Le terrain a aussi une grande importance maintenant ils sont faits pour la TV (plus spectaculaires) ils deviennent des véritables champs de tirs!!.
petanque
Posté le: 21/4/2020 13:18  Mis à jour: 21/4/2020 13:18
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 Re: Gilles Gayraud, droit au but
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petanque
Posté le: 21/4/2020 13:17  Mis à jour: 21/4/2020 13:17
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