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Les champions : Damien Hureau, un souvenir arc-en-ciel

Posté par BOULEGAN le 24/4/2020 13:00:00 (13225 lectures) Articles du même auteur

Dans la carrière de tous les grands champions, il y a quelques moments vraiment extraordinaires. Le champion angevin s'est souvenu, pour nous, de ceux qui l'ont le plus marqué.



Damien Hureau, un souvenir arc-en-ciel

 


Dans la carrière de tous les grands champions, il y a quelques moments vraiment extraordinaires. Le grand champion angevin s'est souvenu, pour nous, de ceux qui l'ont le plus marqué. De grandes victoires et quelques désillusions, au fil d'une carrière qui l'a vu constamment, durant près de vingt ans, jouer aux côtés de toute l'élite française.


Qu'est-ce qui te revient en premier lorsque tu te retournes sur toutes ces années de pétanque, quel est ton plus grand souvenir ?

Il y en a deux, en fait. Mon titre de champion de France, en doublettes avec mon frangin, d'abord. C'était notre premier grand titre à tous les deux, le fait de le vivre ensemble, notre père qui était présent, la finale contre Michel et Didier (Loy et Choupay, NDLR), tout ça en fait un moment particulier.

L'autre, c'est la consécration, avec le titre de champion du monde en 2004 ave les deux Bruno et Michel (Rocher, Le Boursicaud et Loy, NDLR).


Quand vous arrivez sur ce championnat de France doublettes avec ton frère Christophe, en 1998, ce n'est pas vous faire injure de dire que vous ne figurez pas parmi les favoris. Dans quel état d'esprit êtes-vous ?

J'avais vingt ans, j'avais déjà fait trois-quatre championnats de France en seniors, on savait qu'on ne jouait pas trop mal. J'avais fait des championnats du monde en juniors, la Fédération m'avait fait confiance, mais comme tu le dis, on était loin d'être dans les favoris. On y allait par étapes. Le premier objectif, c'était de passer les poules. Et ensuite, de prendre les parties une par une. C'est ce qu'on a fait.

Lorsqu'on a commencé ce championnat de France, c'est moi qui pointait de tête, et c'est Christophe qui tirait. On ne jouait pas toujours comme ça, mais ça arrivait. On a fait ainsi toute la journée, mais en seizièmes de finale, à la dernière du soir, on était en dessous dans la partie contre des gars d'Auxerre. J'espère que ma mémoire est bonne, mais je crois bien qu'ils étaient de là-bas. Donc on bricolait, et j'ai fini par prendre le tir. La partie a tourné, et on a fini par la gagner à l'arrache. Et du coup, on a décidé de rester comme ça le lendemain.

 

Photo Pétanque Magazine


Et le dimanche matin, ça s'est mieux passé ?

Pas trop. En huitièmes, on est tombé contre des amis de Bretagne, Ronan Kervarec et Miou et on peut perdre. A un moment, si Ronan cadre, il a gagné. Il a tiré, et il l'a sautée au fil. S'il est un chouïa plus court, on a perdu, le championnat est terminé et on ne sait pas trop ce que ça aurait donné par la suite. Mais il l'a manquée et ensuite on a gagné.

En quart, on a joué Patou Hervo et Gérard Thorel, les tenants du titre, et en demi-finale, on a battu Berthelot et Fourrier, qui étaient une très, très grosse doublette à l'époque. C'étaient des accrocheurs, des gars d'expérience. On était 3-7, mais on a réussi à retourner la situation et à les battre.

 

Photo Pétanque Magazine 


Vous n'étiez pas favoris au départ de ce championnat, on le disait, mais je suppose que vous ne l'étiez toujours pas au début de la finale ?

Non. Mais c'était un jour où on devait gagner, parce que Michel (Loy, NDLR) était en pleine bourre, il a fait une partie pleine, tout dans le bouchon, il en a eu trois-quatre à tirer, il n'a jamais manqué, tout le temps cadré. Si je me souviens bien, il y a eu deux-trois fois au début de la partie où mon frangin et moi on embouchonne, et à chaque fois Didier (Choupay, NDLR) fait pile à chaque fois mais, évidemment, noie le bouchon. C'étaient de petits détails, mais ça nous a permis de nous relâcher un peu plus, d'autant qu'ensuite, Didier a joué un petit ton en-dessous de ce qu'il était capable de faire. Du coup, on a réussi à être solidaires, et à tenir toute la partie face à eux, malgré le jeu de Michel. Et finalement, on l'a emporté à 10, il me semble.


Ce titre, c'est ça qui a fait que tu t'es retrouvé rapidement en équipe de France ?

En fait, dans la foulée de ce championnat, on a gagné la Comédie à Montpellier avec Patrick Vilfroy, qui venait d'être champion de France corpo. C'est ce mois de juillet qui a tout déclenché, je pense, puisque dès l'année suivante j'ai été au championnat du monde, avec Philippe Suchaud, David le Dantec et Michel Loy. On avait fini troisièmes.

 


Ce qui va nous amener à ton autre grand souvenir, ce titre mondial en 2004. Qu'est-ce qu'il reste aujourd'hui de ce grand moment ?

Une impression mitigée. Je jouais avec les deux Bruno et Michel (Rocher, Le Boursicaud et Loy, NDLR), mais on avait déjà joué comme ça l'année précédente. On avait perdu en finale contre les deux Philippe, Henri (Quintais, Suchaud et Lacroix, NDLR) et Eric Sirot. Cette partie, on la perd 15-12 et je pense que si moi, je tiens un peu plus le coup à la fin, on peut la gagner. Du coup, en 2004, lorsqu'on arrive en demi-finale contre la même équipe, on a pris la décision, tous ensemble bien sûr, que je ne jouerais pas cette partie. Bruno a été exceptionnel au tir, ils ont fait tous les trois un jeu énorme, et bien sûr on a gardé la même équipe pour la finale contre les Belges. Donc j'ai été champion du monde, mais j'ai vécu les dernières parties sur le banc. C'est un peu particulier.

 


Comment on vit ça, lorsqu'on ne peut pas jouer et qu'on est suspendu à la performance de ses partenaires ?

Ça dépend. Quand ça se passe bien, on le vit bien, mais quand ton équipe est dominée, c'est plus compliqué. Toi, tu es sur la chaise, et la seule chose que tu peux faire, c'est de les encourager. Il faut trouver les bons mots, ce n'est pas facile. Mais là, je l'ai plutôt bien vécu, puisqu'ils ont battu les champions du monde en titre, et ensuite les Belges qui faisaient partie des grands favoris. De toute façon, même sur la chaise, c'étaient des moments très intenses, et une grande joie à la fin.

Je pense qu'on avait une équipe pour remporter plusieurs titres. L'année suivante, l'autre équipe, c'était Henri Lacroix, Simon Cortes, Julien Lamour et Philippe Suchaud, avec comme coach Philippe Quintais. Ils étaient à la rue tout le début du championnat. Mais Philippe, qui était un super-coach, les rebooste, les remet dans le droit chemin, et finalement ils sont champions en nous battant en demi. Mais ça s'est joué à très peu de chose, et voilà pourquoi je me dis qu'on aurait pu aussi, à quelques boules près, être champions du monde trois fois d'affilée.

Mais bon, je suis lucide aussi. J'ai vécu cinq-six championnats du monde, avec les trois médailles, je trouve que j'ai eu de la chance, et je m'en trouve plutôt satisfait.

 


Quand on a été champion de France, puis champion du monde, a quoi est-ce qu'on rêve ?

En fait, après 2005, je n'ai plus fait de championnat du monde. J'ai passé une période un peu creuse, même si j'ai refait une finale du championnat de France doublettes avec David Le Dantec en 2007. Mais la Fédération avait toujours un œil sur moi malgré tout, et j'ai pu faire les Jeux mondiaux, les Jeux méditerranéens, et finalement ils m'ont repris pour faire les championnats d'Europe en 2015. C'était un moment qui m'a fait du bien, parce que sur la fin de ma carrière internationale, j'avais l'opportunité de faire une compétition que je n'avais jamais faite, et j'ai obtenu un titre que je n'avais pas.

Un autre bon moment aussi, c'était la finale des Masters de pétanque à Monaco en 2013 devant le Palais princier, avec les trois monstres que sont les deux Philippe et Christian Fazzino. Là, je jouais, et j'ai pu me dire que j'avais vraiment participé à cette victoire.

 


C'est un peu difficile de poser cette question à un joueur de ton niveau, avec autant de victoires au compteur, mais est-ce qu'il y a des joueurs avec qui, au cours de ta carrière, tu as été trop content de t'associer, où tu t'es dit : « Waouh ! Là, c'est top ! » ?

J'ai eu la chance de pouvoir jouer avec... tous. Les français, du moins. Après, franchement, il y en a un qui m'a marqué plus que les autres, tout comme il a marqué tout le monde, je pense. C'est Philippe Quintais. Et le fait de pouvoir jouer avec lui, de par sa prestance, ses résultats, son niveau de jeu, ca été un super-truc.

Mais il faut que je te raconte quelque chose, quand même. Vers 2001 ou 2002, Jean-Luc Robert et lui m'avaient demandé de faire les championnats avec eux. Et j'ai refusé. Parce que je jouais avec mon frère et Patrick Vilfroy, et que je ne voulais pas casser l'équipe. Mais aujourd'hui, je me dis qu'il n'y a pas beaucoup de joueurs qui ont dû refuser de jouer avec Philippe et Jean-Luc, surtout à l'époque.

Heureusement, Philippe m'a donné une deuxième occasion de jouer avec lui, et bien d'autres ensuite.

 

Photo La Marseillaise


Quand on prononce ton nom, en général, on l'associe au poste de tireur. Pourtant, on t'a vu fréquemment faire de très gros résultats en tête-à-tête, au championnat de France où tu as disputé deux quarts de finale, ou à Millau, où tu comptes une victoire, une finale et un quart de finale. Ce ne sont pas des résultats que fait un tireur pur, non ?

Même si j'y suis moins attaché maintenant, j'ai beaucoup aimé le tête-à-tête quand j'étais plus jeune. Alors c'est vrai qu'on pense que je suis un tireur, mais il y a quelqu'un qui m'a toujours dit : « Tu n'es pas un tireur, tu es un milieu, toi. » C'est Alain Bideau.

En fait, j'aime bien pointer. Mais la difficulté lorsque tu es tireur en doublettes ou en triplettes, c'est que lorsque tu dois pointer, c'est une fois de temps en temps, avec une seule boule que tu dois rentrer absolument. Tu n'as pas le même relâchement qu'en tête-à-tête, où tu pointes beaucoup plus souvent. Regarde Dylan Rocher (même si je ne veux pas me comparer à lui, parce qu'il est exceptionnel) : on dit que c'est un tireur pur, mais quand tu le vois jouer en tête-à-tête, tu t'aperçois qu'il fait beaucoup de jeu au point, notamment quand il envoie près du bouchon.

Moi, c'est ce qui m'arrive. Je me relâche plus au point en tête-à-tête, et je me dis aussi que si je ne pointe pas bien, ça ne fera perdre que moi, je ne pénaliserai personne.

 


Merci pour cet entretien. On vit tous une période extrêment particulière, est-ce que tu désires faire passer un message à tous ceux qui vont le lire, et qui vivent aussi ce moment difficile ?

C'est vrai que c'est une situation compliquée pour tout le monde. C'est inédit, on n'a jamais vu tout ça. On espère tous qu'un maximum de gens s'en sortiront indemnes et ne seront pas touchés, que ce soit eux-mêmes, leur famille, ou leurs proches. Mais je pense malgré tout qu'on n'est qu'au début de ce qui se passe. Il faut que les gens soit un maximum sérieux pour limiter la propagation de ce truc.

Voilà, on fait tous comme on peut. D'ailleurs, je profite de cet entretien pour faire passer un petit message : j'ai profité du confinement pour faire un peu de rangement dans mes vêtements, et j'ai retrouvé pas mal de tenues, de maillots avec lesquels j'ai joué, que je mets aux enchères sur ma page Facebook. Tous les gains iront à des associations en lien avec les hôpitaux et les soignants. C'est peu de chose par rapport à tous les besoins qu'il y a actuellement, mais si ça peut aider à acheter quelques équipements, j'aurai apporté un petit quelque chose.

 

 

 

 

 

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Auteur Conversation
Gonzal21
Posté le: 25/4/2020 0:46  Mis à jour: 25/4/2020 0:46
Boulistenaute aspirant !
Inscrit le: 9/5/2006
De: Dijon - 21 Côte d'Or - Bourgogne
Envois: 1232
 Damien Hureau, un souvenir arc-en-ciel
Geste toute en souplesse et décontraction, pas de chichi sur les terrains, la tête sur les épaules, des années au haut niveau ???????????????? Bravo ;)
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un chameau peut travailler 10 jours sans boire et moi je peut boire 10 jours sans travailler

PORTRAIT N° 344 Arnaud GONZALEZ 'Gonzal21".
http://www.boulistenaute.com/actualite-portraits-interviews-portrait-344-gonzalez-arnaud-gonzal21-8441
andalous30
Posté le: 24/4/2020 17:52  Mis à jour: 24/4/2020 17:52
Bébé boulistenaute
Inscrit le: 9/9/2018
De:
Envois: 169
 Re: Damien Hureau, un souvenir arc-en-ciel
un grand monsieur de la pétanque
boulovales
Posté le: 24/4/2020 16:12  Mis à jour: 24/4/2020 16:12
CLUB des Supporters Boulistenaute.com
Inscrit le: 17/8/2007
De: Saint-Hilaire de Riez - 85 Vendée - Pays de Loire
Envois: 478
 Re: Damien Hureau, un souvenir arc-en-ciel
Encore un champion issu des Pays de Loire, qui a su rester simple et abordable malgré les titres acquis et la notoriété qui va avec. Bonne continuation Damien, et ne change rien! L'association avec Bruno et Julien me paraît redoutable.
petanque
Posté le: 24/4/2020 13:30  Mis à jour: 24/4/2020 13:30
CLUB des Supporters Boulistenaute.com
Inscrit le: 26/9/2002
De: 18 Cher - Bourges - Région Centre Bourges
Envois: 34725
 Re: Damien Hureau, un souvenir arc-en-ciel
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