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Les champions : Bruno Rocher, en ligne droite

Posté par BOULEGAN le 22/7/2020 12:00:00 (11676 lectures) Articles du même auteur

Il a tout connu de la pétanque, et enfilé sept maillots bleu-blanc-rouge et une tunique arc-en-ciel. Mais surtout respecté constamment les valeurs qui sont les siennes...



Bruno Rocher, en ligne droite

 


Il a tout connu de la pétanque, au cours d'une exceptionnelle carrière de champion qui l'a amené à enfiler sept maillots bleu-blanc-rouge et une tunique arc-en-ciel. Mais il est aussi le père de trois grands joueurs, qu'il a accompagnés dans leur jeune âge sur le sentiers escarpés du très haut niveau. Bruno Rocher nous a accordé un long entretien à bâtons rompus marqué par l'exigence, le sens des valeurs et la passion toujours brûlante pour le jeu du grand champion sarthois.


Tu as connu énormément de grands moments de pétanque, avec une carrière qui t'a amené sur les plus beaux podiums. Quel est ton plus grand souvenir ?

Il y en a plusieurs, bien sûr. Je pense par exemple à mon titre de champion du monde, en 2004. Mais mon meilleur souvenir, je crois quand même que c'est lorsque je suis devenu champion de France tête-à-tête, en 1997 à Melun. J'avais eu des problèmes de vertèbres au niveau des lombaires, et j'avais été plâtré cinq-six mois. Je ne voulais même pas me rendre au championnat : c'est ma femme qui m'a convaincu, en me disant que c'était peut-être le dernier championnat que je pourrais faire. Mais je ne pensais pas revenir avec le titre : l'avant-veille, j'avais bu quelques verres avec un ami et il m'avait dit : « Ce week-end, tu vas être champion de France. » C'était un gros mangeur, et il aimait bien boire un petit coup. Je lui ai dit : « Si je suis champion de France, j'achète cinq côtes de bœuf et je sors le meilleur vin que j'ai à la cave. »

Et finalement, j'ai gagné et ça a été un nouveau départ. J'étais à un moment où ma carrière était sur le point de s'arrêter, et ça m'a amené au contraire dans les sélections nationales.

 

 

Photo Pétanque Magazine


Ce n'était pas ton premier titre national, puisque tu avais été champion de France juniors en 1985, et encore auparavant champion de France cadets FSGT en 1980. Comment est-ce qu'on se retrouve à jouer à la pétanque aussi jeune, à cette époque, lorsqu'on vit dans la Sarthe ?

Mon père était coureur cycliste et avait un très bon niveau. Mais il s'est mis à développer de l'asthme, et le médecin lui a conseillé de faire plutôt quelque chose de moins physique, et il s'est mis à jouer aux boules. Et avec mon frère Thierry, on a commencé à suivre nos parents sur les terrains.

A l'époque, c'était très convivial chez nous. Tout le monde amenait le pique-nique, c'était festif et familial. Sympathique. Les terrains n'étaient pas cadrés, chacun jouait où il voulait. Ce n'était pas la même pétanque qu'aujourd'hui.

 

Photo Pétanque Magazine


Toi, tu passes rapidement dans un autre monde, puisqu'après ces trois titres nationaux, tu commences à être retenu dans les sélections nationales. Comment ça se passe au début ?

A l'époque, je tirais beaucoup, mais là, je me suis retrouvé pointeur. Avec mes problèmes de dos, je doutais, et j'ai dû retravailler mon geste de façon à ne pas souffrir, à éviter de me coincer. Je n'avais pas voulu me faire opérer, alors j'ai dû faire avec, adapter ma technique pour pouvoir continuer à jouer.

 

Photo Pétanque Magazine


Ca a porté ses fruits, puisque ton palmarès n'a cessé de s'allonger ensuite. Il y a un autre grand souvenir qui te revient ?

La victoire à l'International de Grenoble avec Dylan et Bruno Le Boursicaud. C'était un très gros concours, avec trois montres Breitling aux vainqueurs. On avait gagné l'International de Péage de Roussillon avec Bruno et Julien Lamour, et Julien nous dit : « Tiens, samedi, je vais à Grenoble avec les frères Hureau, c'est vraiment une très belle compétition. » Nous, on s'est dit qu'on irait bien, mais on n'était que deux. Un ancien de Péage du Roussillon nous a fait inscrire, et il nous a dit qu'on n'avait qu'à jouer avec Dylan, qui avait dix ou onze ans. Et c'est ce qu'on a fait : Dylan a fait un festival, et on a gagné.

 

Photo Pétanque Magazine


Qu'est-ce qu'on ressent quand on vit un truc pareil ?

Ça fait vibrer. Quand tu vois ton gamin tirer comme ça, devant tout le monde, jouer au plus haut niveau, tu te dis : « C'est un monstre. » C'est émouvant, tu as la larme à l'oeil. Et tu vois, j'ai de la chance, parce que ça m'est arrivé avec Dylan, et ça m'est arrivé aussi avec Gueven.


Tu veux parler de votre victoire en doublettes en 2007 à Millau, face à Damien Hureau et... Dylan ?

C'est ça. L'histoire est drôle, parce qu'au départ je devais jouer avec Dylan.

Parce que pour avancer à Millau, c'était plus difficile que dans un championnat de France. Tu voyais tout le monde envoyer des carreaux toute la soirée, c'était pire que le championnat du monde doublettes, ça paraissait ingagnable. Même en jouant bien, il y avait des tas d'équipes qui pouvaient te battre.

Et donc ce jour-là, Damien Hureau passe devant le stand et demande à Dylan s'il est équipé pour le doublette. Et Dylan répond qu'il joue avec moi, mais je sens qu'il pense que ça va être dur. Du coup je lui dis : « Écoute, tu n'as qu'à aller jouer avec Damien. » Et là, il y avait Gueven, qui était haut comme trois pommes, en train de manger sa glace. Il me dit : « Papa, pourquoi on ne joue pas tous les deux ? » Je lui ai dit : « Tu as raison. », et je suis allé nous faire inscrire en pensant, au fond de moi, qu'on n'en aurait pas pour longtemps à jouer. Aux inscriptions, on avait l'avant-dernier numéro. Le gars m'a dit : « Où est-ce que vous voudriez jouer ? » Je lui ai dit « Sur les berges du Tarn. » parce que là-bas, il y avait un baby-foot et je pensais que lorsqu'on aurait perdu, on ferait une partie.

 

Photo Jac Verheul 


Sauf que ça ne s'est pas passé comme ça ?

Non, mais on a gagné la première partie 13-12 en souffrant, parce qu'on jouait moyennement. Mais ensuite, ça s'est déclenché, et Gueven n'a pratiquement plus manqué de boule jusqu'au lendemain. Que des arrêts, que des arrêts.

Dans l'après-midi, Dylan m'avait appelé pour savoir où on en était. Je lui avais dit ; « On est rentré, on a rangé les boules. » (rires) Mais ensuite, il a vu qu'on était encore dans le concours. Et on se chambrait, les uns les autres, à chaque partie.

Mais on continuait, et on jouait toujours aussi bien. On a pris Trembleau et Bua, ça n'a duré que trois ou quatre mènes. On avait pris aussi Pintado et Duvernois, qui étaient aussi une très grosse doublette, mais Gueven faisait tellement fort que ça passait chaque fois. Et c'est comme ça que finalement, on s'est retrouvé en finale contre Dylan.

Mais c'est incroyable, parce que normalement ça ne peut pas arriver. Si on avait imaginé ça avant, ça nous aurait paru impossible. Et parfois quand j'y repense, je me dis que si, c'est arrivé.

 

 

Photo Jac Verheul


Ça m'amène à la question suivante. Quand on a pratiquement tout connu du haut niveau et qu'on se retrouve un jour père de trois garçons qui accèdent eux aussi à l'élite, qu'est-ce qu'on essaie de leur inculquer en priorité ?

Déjà, je ne les ai pas poussés à jouer à la pétanque. Mendy faisait du karaté, Dylan jouait au foot et faisait du vélo, il y avait le sport en milieu scolaire, ils ont toujours fait ce qu'ils ont voulu. Ça veut dire que si un, ou les trois, n'avaient pas joué aux boules, ça n'aurait rien changé. S'il avait fallu les amener sur un autre sport, on l'aurait fait.

Mais je trouvais que j'étais chanceux, parce que j'avais trois petits qui se mettaient à la pétanque, et les trois se montraient adroits. Après comme ils ont continué, je leur ai inculqué la discipline. Je leur ai toujours dit : «Les boules, c'est le respect avant tout. C'est un sport à part entière. Vous devez respecter les joueurs. Maintenant, si on ne vous respecte pas, je ne vous dirai rien si vous la ramenez un peu, mais sinon, respect total des adversaires, et du règlement. Il faut savoir perdre avant de savoir gagner. Et si vous gagnez, il ne faut pas que ça vous monte à la tête. »

Je tiens ça de mon père. Il était très droit au niveau du jeu. Un jour mon frère avait fait une bêtise, mon père a déchiré sa licence et il est resté dix mois sans jouer.

En fait, on a tout à gagner en étant respectueux, et sérieux. Et en faisant passer le travail d'abord. Tu travailles, et ensuite, tu joues à la pétanque. Parce que si tu as mal au bras, ou au dos, tu es moins performant, et le téléphone arrête de sonner. Et là, tu comptes tes vrais potes sur les doigts de la main.

 


Parallèlement à ça, est-ce que tu as aussi fait passer à tes enfants un certain nombre de messages sur le haut niveau, de leur avoir facilité l'accès à l'élite ?

Pas spécialement. J'ai entendu certains dire que Dylan était monté de niveau parce qu'il avait joué avec Le Boursicaud et moi. Moi, je pense que c'est faux, parce que si Dylan n'avait pas frappé des boules avec nous, on aurait coupé court. D'entrée, on l'a amené jouer à haut niveau, et il a été tout de suite à la hauteur.

Maintenant, le fait qu'il joue rapidement dans l'élite, ça n'a pas été forcément bon pour les deux autres. Ils ont fait pas mal de sélections, mais on entendait de drôles de trucs, comme : « On ne peut pas envoyer trois Rocher aux championnats du monde. » Sans le vouloir, il leur a fait de l'ombre.


Ton club, Rocher Le Mans, est qualifié pour le Grand Huit, le tour final de la Coupe de France des clubs, tout comme le FIP Fréjus, le club de Dylan. Tu as toujours la flamme, l'envie de gagner ?

Oui. Dans la famille, on est tous des gagneurs. D'ailleurs, si on a pu parvenir au niveau qu'on a eu, c'est que dans nos têtes, on a toujours l'envie de gagner. On s'accroche aux branches. Même quand on n'arrive pas à faire du beau jeu, on garde toujours l'envie d'en réaliser. Et la passion.

Pour la Coupe de France, être dans le Grand Huit, c'est un exploit. Au Mans, à la pétanque, on est un peu ravitaillé par les corbeaux, on n'a pas de salle, pas trop de moyens. Mais là, je suis encore une fois avec des jeunes : Mendy, Alexandre Vieille, Theo Ballière, Thibaut Vaillant. Si on passe un tour, qu'on fait une demi-finale, ce serait pas mal. On ne peut pas espérer gagner. Enfin, je dis ça, mais... quand on y est, on n'a pas envie de perdre. Peut-être que si tu me rappelles dans six mois, j'aurai encore une anecdote à te raconter (rires).

Non, je crois que le FIP est favori. On les a rencontrés au Trophée des Villes, on les a vus de près, et on a bien dérouillé. Mais on est passé à la télé (rires). En plus, ils ont retransmis ça le 25 décembre. Quelqu'un a allumé la télévison à la maison, et je me suis fait chambrer par tout le monde en plein repas de Noël.

 


Là aussi, avec ces jeunes joueurs de ton club, tu as le sentiment d'apporter ton expérience, de leur mettre le pied à l'étrier ?

Ça leur fait une belle expérience d'avancer comme ça en Coupe, d'aller jouer à Marseille. Mais le problème de ces jeunes joueurs, c'est qu'ils ont du mal à faire des nationaux. Nous sommes un peu excentrés, et ils n'ont pas les moyens de sortir. Chaque fois que tu vas faire un national, ça fait vite 500 euros de frais, et même en gagnant, tu es de ta poche. Si tu gagnes à Cholet, ou à La Roche-sur-Yon, tu gagnes et tu prends 270 euros. Et c'est comme ça dans la plupart des nationaux. Si il y avait de vraies sommes à gagner, ce serait différent. D'ailleurs, regarde : à part les équipes invitées, tu ne vois presque plus de voitures qui se déplacent depuis une région un peu éloignée.

Quand on était jeunes, on se déplaçait et quand on gagnait, on avait de l'argent pour en faire un autre. Maintenant, dans beaucoup de régions, un jeune ne peut se faire un nom que dans les championnats de France.

Je pense qu'il y beaucoup de choses à changer dans l'organisation des nationaux. Peut-être mettre des engagements plus chers : on voit se multiplier les concours privés en ce moment, et on voit que les joueurs de boules se moquent de mettre 50 euros dans les mises s'il y a de l'argent à gagner. Ou bien arrêter de rembourser les mises après les poules. Ou faire repayer pour entrer dans le B, ou dans le C.

 


On vient de vivre une période très particulière, avec la disparition temporaire de la plupart des concours. Du coup, dans une famille où la pétanque est au centre, comment on vit une situation comme celle-ci ?

Plutôt bien, en ce qui me concerne. Ça m'a fait du bien de vivre une coupure : ça fait quarante ans que je joue, et je n'ai jamais arrêté de jouer, à part quand j'ai eu mes problèmes de dos. Ça m'a défatigué.

Mais on était confinés en famille, avec Mendy et Gueven, donc on a pas mal joué. On pouvait même faire des mixtes (rires). Je me suis entraîné tous les jours, et je me sens motivé comme rarement je l'ai été. J'ai envie de faire de la belle compétition, et certainement refaire milieu.


Entretien réalisé par Pierre Fieux

 

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Posté le: 22/7/2020 13:16  Mis à jour: 23/7/2020 0:14
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