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Les champions : Bideau, deux vies bien remplies

Posté par BOULEGAN le 27/6/2020 10:30:00 (8706 lectures) Articles du même auteur

Dans la carrière des plus grands champions, il y a des moments vraiment extraordinaires. Alain Bideau, joueur de très haut niveau puis coach des Équipes de France, en a évoqué avec nous quelques-uns.




Bideau, deux vies bien remplies

 

Photo Yohan Brandt pour Quarterback

 

Dans la carrière des plus grands champions, il y a des moments vraiment extraordinaires. Alain Bideau, qui a été pendant vingt ans un joueur de très haut niveau avant d'embrasser la carrière de coach au sein de la DTN, en a évoqué avec nous quelques-uns, dans un long entretien où il s'est montré tel qu'en lui-même : franc, direct, constamment empreint de bonne humeur et d'amour sincère pour le jeu et les joueurs.


Tu es le coach des Équipes de France depuis bientôt vingt ans, mais tu as été toi-même, dans une vie précédente, un grand champion qui a écumé les terrains pendant, pratiquement, aussi longtemps. Quel est le meilleur souvenir que tu gardes de cette vie de compétiteur ?

En fait, mon meilleur souvenir, c'est toute l'année 1985. On est devenus champions de France, puis champions du monde, j'ai fait aussi une demi-finale du France en tête-à-tête... Ça fait beaucoup de grands souvenirs. D'autant que c'était toute une époque, avec un côté convivial et festif qu'on a du mal à retrouver aujourd'hui. A présent, la pétanque est devenu beaucoup plus axée sur le business qu'en ce temps-là.

Cette année 1985, elle commence dans les championnats de Seine-et-Marne, mais surtout au Bourget, lors des championnats de France triplettes. Vous y avez livré une prestation exceptionnelle, avec notamment un Didier Choupay extraordinaire au tir, qui a enthousiasmé le public. Toi qui étais à l'intérieur de cette partie, comment tu as vécu ça ?

On avait débuté ensemble avec Didier, je le connaissais déjà très bien. C'était un métronome, il excellait dans tout ce qu'il faisait et il avait une confiance hors du commun. Il me disait : « Là, je vais faire un carreau. », et il le faisait. Le problème, c'est que derrière, il fallait suivre. C'était un cheval de course, il s'emballait vite, il fallait parfois le freiner.

Je lui ai amené ça, je crois, découvrir que la pétanque, ce n'est pas que le tir, qu'il faut parfois savoir serrer le jeu. D'ailleurs, ensuite, quand il a joué avec Christian et Daniel (Fazzino et Voisin, NDLR), il a vu qu'ils pratiquaient aussi ce style de jeu.

 


Patrick LOPEZE - Alain BIDEAU - Didier CHOUPAY


Quels sont le souvenirs qu'il te reste aujourd'hui de ce championnat ?

C'était grandiose. Depuis des années, quand je vais sur un championnat de France, j'ai l'impression que je ne vais jamais revoir autant de monde. J'ai longtemps gardé la photo qu'avait publiée le Parisien à l'époque, les tribunes étaient archi-pleines, c'était impressionnant.

Il y a des parties qui t'ont particulièrement marqué ?

Oui, surtout celle qu'on doit perdre contre Macari, en seizièmes. Ferret a une boule à frapper à quinze mètres : s'il la frappe, ils vont gagner car il n'auront qu'à rajouter. Il a refusé de la tirer à la rafle, et en tirant de coup, il a fait casquette. On a marqué, et on a gagné la mène d'après.

Celle des huitièmes, où on a failli perdre contre la Seine-et-Marne, on a gagné 13-12. Et la demi-finale contre Déjean : on n'a jamais été inquiétés au score, mais la partie était chaude, il y avait un peu d'ambiance.

 

Photo Pétanque Magazine - Patrick LOPEZE - Alain BIDEAU - Didier CHOUPAY


Vous devenez champions de France, donc, et vous gagnez ainsi votre billet pour les championnats du monde. C'était bien comme ça à l'époque ?

Oui, les sélections n'ont commençé qu'à la fin des années 80. Du coup on est allé à Casablanca avec les finalistes, Monard, Gausi et Soulages. Et on a gagné contre Monaco.

 

Photo Paul Henri Allongue - Didier CHOUPAY - Alain BIDEAU - Patrick LOPEZE


C'était ton premier titre de champion de France, mais il y en a eu un autre, avec Choupay et un joueur un peu oublié aujourd'hui, Marc Chagot...

Ah oui, oui, très fort. On a gagné en 1994, et on a fait la finale en 1995. C'était l'époque où je commençais à en avoir un petit peu marre, et où j'ai décidé d'arrêter.

Tu en avais marre pourquoi ?

Je commençais à trouver que c'était trop long, toutes ces parties, et puis ça faisait vingt ans que je faisais la route, je commençais à faire une overdose. Et puis tout finit un jour. Là, tu vois, c'est pareil : il y vingt ans que je suis à la DTN, à un moment, il va bien falloir arrêter.

 

Photo Christian Lagarde


C'est rare comme discours. On voit la plupart des champions continuer, tant qu'ils ont le niveau, à jouer...

Aujourd'hui, les meilleurs sont dans des gros clubs, qui leur font des conditions financières intéressantes. Ça les pousse à continuer.

Remarque, c'était pas mal à l'époque pour nous aussi, on avait des contrats intéressants. Non, j'en avais marre. Le dimanche, tu rentrais à deux-trois heures du matin, tu allais au boulot le lundi, et tu recommençais le week-end suivant. On n'arrêtait pas, on ne faisait que ça. Il y a un moment, je n'en pouvais plus.

Mais tu vois, c'est marrant, parce que la passion, elle ne disparaît pas. Quand je suis venu m'installer dans les Alpes-Maritimes, en 2010, j'ai re-mordu à ça, et maintenant, je rejouerais presque tous les jours, comme avant. Et j'ai à nouveau envie de faire de la compétition.

Tu as une autre passion, c'est le golf. Est-ce que tu trouves qu'il y a des similitudes entre ces deux sports ?

Oui, tout à fait. Quand on fait une approche, un putt, il faut sentir les pentes, avoir le feeling, être concentré, c'est comme à la pétanque.

Par contre, le geste est beaucoup plus compliqué. Et l'attitude des golfeurs est très différente : quand tu fais un bon coup, le gars te dit bravo. A la pétanque, le gars ne dit rien et pense : « Pff... Regarde ce qu'il vient de me faire...» Le fair-play n'est pas du tout le même. C'est un peu dommage.

Tu me disais tout à l'heure que la pétanque des années 80 était bien différente de celle d'aujourd'hui. Parle-moi de ça, de la pétanque parisienne de l'époque.

Quand j'étais à Bagneux, que je suis sorti des Pompiers de Paris, en 1978, on avait été champions de France FSGT honneur, avec Amat et Sellier. C'est là que j'ai connu Pedro Martinez, Galland, Sarnito, et Robert Lebeau avec qui j'ai un peu joué.

 

Photo Jac Verheul


Tu as donc connu les parties d'intérêt, également ?

Oui, mais j'habitais en Seine-et-Marne, je ne m'embêtais pas à aller à Auteuil. J'allais plutôt à Vincennes, mais quand tu allais là-bas et que tu étais un peu connu, il fallait rendre des boules, rendre des points, des pieds, faire deux ronds... Pff... c'était des trucs de ouf.

Et c'est donc vingt ans plus tard, au milieu des années 90, que tu décides de raccrocher ?

Oui, en 1995, pour mon dernier championnat du monde. On avait été champions du monde en 1994, là on a perdu en demi-finale et j'ai arrêté de jouer. J'avais quarante-et-un ans.

 

Photo Pétanque Magazine


Et cinq ans plus tard, tu as commençé une nouvelle vie, celle de coach de l'Équipe de France. Comment est-ce que ç'est arrivé ?

Michel Aubert, qui était à l'époque conseiller technique (il n'y avait pas encore de poste de DTN), m'a appelé un jour et m'a demandé si ça m'intéressait de refaire l'encadrement des équipes. J'ai accepté, et on m'a confié la deuxième équipe pour les championnats du monde de Grenoble, en 2002. Il y avait Damien Hureau, Dath, Vilfroy et Rypen.

Et donc, tu t'es retrouvé à vivre des choses que tu avais vécues en tant que joueur, mais cette fois tu les vivais sur le bord du jeu. Comment tu as vécu ça ?

Facilement, parce que ça faisait des années que je ne jouais plus. Et ça m'a toujours intéressé de partager des choses avec les autres, transmettre, j'avais toujours eu cette envie-là, au fond. Et une fois que j'ai eu mordu là-dedans, je me suis aperçu que j'avais envie de continuer, que c'était devenu une passion. Et j'ai passé tous les diplômes avec Michel Aubert. C'était un pédagogue, un gars très différent de ceux qui lui ont succédé.

Pour moi, c'était une nouvelle vie. J'avais mis un terme à ma carrière de joueur, et je commençais celle-là. Parce qu'on ne peut pas faire les deux, il ne faut se consacrer qu'à ça.

 


Du coup, je vais te poser la même question qu'au début de cet entretien. Quel est le plus grand moment que tu as vécu, mais en tant que coach cette fois ?

Il y en a deux. En 2003, quand on a perdu en finale contre l'équipe de France de Quintais, Suchaud, Lacroix et Sirot. C'était à Genève, avec Le Boursicaud, Damien (Hureau, NDLR), Loy et Bruno (Rocher, NDLR). Je leur ai dit : « Ne vous inquiétez pas, l'année prochaine, on prendra notre revanche. » Et c'est ce qui s'est passé, en 2004 à Grenoble.

Je pense qu'il faut savoir apprécier les bons et les mauvais moments. Tu ne peux pas toujours gagner, et c'est ça que les jeunes ont du mal à comprendre. Ils pensent toujours à gagner, à gagner, à gagner, et quand ils perdent, ils ne savent plus où ils sont, ils pensent que le monde s'est effondré. Alors que dans une défaite, tu peux apprendre beaucoup de choses.

 

Photo Jac Verheul


On te voit sur les compétitions, près des équipes de France, mais on ne voit pas le travail que tu fais, avec ton équipe, en-dehors des jeux. Il consiste en quoi ?

Ça consiste, dans un championnat du monde, à minimiser l'événement. On sait qu'on est favoris, on est souvent champions du monde en titre, et du coup on essaie de penser à autre chose. On joue aux cartes, on fait les cons, rien de bien précis en fait. Les joueurs qu'on a, tu ne vas pas leur apprendre à jouer, techniquement ils sont super-forts. Mon rôle, c'est qu'ils n'aient aucun problème matériel, d'hébergement, de restauration, qu'on soit tranquilles, qu'il soient apaisés.

Il y a un exercice que tu sembles vivre avec une intensité particulière, c'est le tir de précision. Je me trompe ?

Non, parce que c'est différent. Le mec, il est tout seul, et c'est là qu'il faut amener du soutien. On se remet beaucoup en question au tir de précision, il faut toujours rassurer, donner un petit conseil, encourager. En triplettes, les partenaires sont là, on n'a pas besoin d'autant en faire.

 

Photo Jac Verheul


Tu as été deux fois champion du monde, et tu as disputé beaucoup de Mondiaux comme joueur dans les années 80 et 90. Est-ce que tu as le sentiment que là aussi, les choses ont changé ?

A l'époque, il y avait quelques pays contre qui on savait qu'on pouvait perdre, et beaucoup contre qui on savait qu'on ne pouvait pas perdre. A l'époque, tu prenais la Hollande, la Suède ou le Danemark, ils n'existaient pas. Si tu voulais être champion du monde, ça consistait surtout à battre les autres équipes de France. Mais il fallait être bien, parce qu'à l'époque, on ne jouait qu'à trois, on ne pouvait pas faire rentrer un joueur.

Aujourd'hui, il y a de plus en plus de pays qui sont dangereux. Et le coaching est devenu important. Tu as quatre joueurs, et il faut voir tout de suite qui doit jouer, quand il faut faire un changement, pousser un peu à la roue quand il y en a un qui ne veut pas jouer. Mais je n'ai jamais eu de vrai souci avec ça. Les garçons, en général, me laissent carte blanche.

 

Tu penses que c'est ton statut d'ancien champion du monde qui fait qu'on t'écoute ainsi ?

Peut-être... mais pas tellement, je crois. En fait, je suis resté un joueur, dans ce sens qu'il n'y a pas de barrières entre nous. Je suis copain avec eux, même si à un moment il y a des limites. Et il y a du respect, parce que je sais de quoi je parle, que je les connais très bien et que selon le terrain, la partie, je sais ce qu'il faut faire. Au Canada par exemple, j'étais parti avec Quinquin, Henri et Dylan, et après la partie qu'on a failli perdre contre la Belgique, j'ai dit à Philippe qu'il fallait mettre plus de tir, et j'ai fait rentrer Suchaud. Et Philippe l'a très bien compris.

 

Photo Bernard Glavier


Il faudra tôt ou tard, même si les joueurs actuels sont ultra-performants, se poser la question de la relève. A ton avis, qui seront les tauliers de l'Équipe de France dans dix ans ?

Il y a des jeunes dont on sait qu'ils seront capables, je pense à Doerr, Bonetto, Casale, ce sont déjà des clients. Après, il faudra voir s'ils ont la faculté de durer dans le temps, à ne pas se lasser. Bon, là, les trois ce sont des tireurs, mais ils peuvent s'adapter, comme Suchaud qu'on voit toujours comme un tireur, mais qui a été trois fois champion du monde en faisant le milieu (en 1995, 2012 et 2018 NDLR). Il y a le petit Desport aussi, le petit Dubois qui vient d'être champion du monde...

Après, il ne faut pas qu'ils pensent que c'est arrivé. Je me suis rapproché d'eux, d'ailleurs. Depuis que François Grange est parti, on m'a demandé de donner un coup de main et j'ai fait un stage avec les jeunes. J'ai bien aimé, ils étaient contents que je sois là, venaient me poser des questions. Et tu me connais, je répondais franchement, je leur disais : « C'est bien, mais attendez, les gars, ce n'est pas parce que vous tapez quatre boules que ça y est. Il faut encore travailler. » Et c'est vrai que ça passe mieux quand c'est moi qui le dit que si c'est un éducateur qui n'est pas titré, ou qui n'a pas ma culture de la compétition. Et moi, ça m'a bien branché, ça m'a mis du baume au coeur. J'ai aimé ça, partager du temps avec eux.


Entretien réalisé par Pierre Fieux


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Auteur Conversation
petanque
Posté le: 27/6/2020 11:16  Mis à jour: 27/6/2020 11:16
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 Re: Bideau, deux vies bien remplies
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