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Les champions : Bezandry, la pétanque comme une fête

Posté par BOULEGAN le 21/6/2020 11:30:00 (10436 lectures) Articles du même auteur

Dans la carrière des plus grands champions, il y a des moments vraiment extraordinaires. Thierry Bezandry a évoqué avec nous quelques-uns de ceux qui lui sont le plus chers.



Bezandry, la pétanque comme une fête

 


Dans la carrière des plus grands champions, il y a des moments vraiment extraordinaires. Thierry Bezandry, champion malgache et figure familière du circuit français des nationaux, a évoqué avec nous quelques-uns de ceux qui lui sont le plus chers.


Tu as vécu beaucoup de belles choses sur les terrains de pétanque. Quel est ton meilleur souvenir ?

C'est ma victoire en tête-à-tête à Millau, en 2009.

 

 

 

Replongeons-nous dans les deux journées qui t'ont conduit à cette performance. Tu habitais déjà en France à l'époque ?

Non, j'étais encore à Madagascar. On était en France avec l'équipe nationale malgache, pour la saison d'été.


Lorsque tu prends le départ de ce Mondial tête-à-tête, qui réunissait cette année-là 2664 joueurs, qu'est-ce que tu penses, dans quel état d'esprit es-tu ?

Je me dis que je vais essayer de me régaler, de me faire plaisir et de faire de mon mieux. J'aime beaucoup jouer en tête-à-tête, j'étais content de participer à ce Mondial.

Mais quand j'ai vu que c'était en élimination directe, j'étais un peu étonné. Alors je me suis donné à fond dès le départ, d'autant que les premières parties étaient difficiles parce qu'il y avait du monde partout, qu'il fallait prendre le bus pour aller sur certains sites, que les adversaires étaient bons.

Mais le coach, Jean-Luc Razafindrabe, avait choisi de m'accompagner parce qu'il savait que j'adore le tête-à-tête et qu'il pensait que j'avais une chance d'avancer. On rigolait entre nous six, pour savoir qui pouvait aller jusqu'au bout, et Jean-Luc avait misé sur moi.

 

Photo Didier Le Masson


Ça t'a aidé, ça, le fait d'avoir quelqu'un qui était toujours avec toi ?

Oui, parce que quand tu es dans un autre pays, que tu fais un concours aussi gros et que tu joues seul, c'est important. Millau, je l'avais découvert l'année précédente : on avait perdu en demi-finale du doublettes avec mon ami Tita. On avait trouvé ça magnifique, grandiose, on n'avait jamais vécu ça. Chez nous, il y des beaux concours, mais là, c'était exceptionnel. J'étais content d'y revenir, de retrouver cette ambiance extraordinaire, de jouer à nouveau dans ce carré d'honneur.

 

 PLAY (30 dernières minutes - Les 30 premières


Et là, il a fallu gagner pas mal de parties avant de retrouver ce carré de Millau. Tu as eu des parties dures le premier jour ?

Oui, mais la plus dure du concours, c'était la demi-finale contre Dylan. J'ai gagné 13-11, et c'était une très très grosse partie. Mais j'étais en très grande forme, et j'ai réussi à gagner.

En finale contre Vincent Demuth, qui était le tenant du titre, j'étais très confiant, très sûr de moi. J'avais beaucoup de concentration sur toutes les boules. Vincent a eu un petit coup de mou au début et j'en ai profité pour prendre le dessus. En fait, je me suis régalé pendant cette finale.

 

 

  L'interview de Thierry Bezandry par Yves Clément, juste après sa victoire

 Interview Vincent Demuth après la finale 

 

 

Il y a un autre grand souvenir qui te revient ?

Oui, c'est la première sortie que j'ai fait en dehors de Madagascar. C'était à l'International de Saint-Pierre, à la Réunion. C'est là que j'ai découvert les plus grands joueurs européens. J'avais vingt ans, et je jouais avec Tita. On a gagné, et j'y ai fait la connaissance de Marco Foyot, qu'on avait battu en demi-finale. Il m'a dit : « Quand tu viendras en métropole, tu joueras avec moi. »

Et il s'en est rappelé. Quand je suis arrivé en France, il me l'a à nouveau proposé, et j'ai beaucoup joué avec lui, avec Zvonko Radnic aussi. Il voulait faire aussi les championnats avec moi, mais je n'ai pas voulu changer de club.

Quand je suis arrivé en France, j'avais fait une saison à St Alban, à côté de Toulouse, et puis Yvon Diaz m'a proposé de venir chez lui, à Ax-les-Thermes. Et depuis, je n'ai plus quitté le club. Et je ne changerai pas : tant que mon président sera là, je resterai là.

 


Avec Foyot, tu as fait notamment un Mondial la Marseillaise, en 2012, où vous jouiez en compagnie de Passo. Cette Marseillaise, c'est un bon ou un mauvais souvenir ?

Ça pourrait être un bon, parce que j'ai super-bien joué jusqu'en demi-finale et que je me suis régalé avec ces deux phénomènes. Mais à cause de la façon dont j'ai joué la demi-finale, c'est un très mauvais souvenir.

Lorsqu'on a gagné les quarts de finale, Marco m'a dit : « On joue la demi-finale demain à 15h00. »

Moi, j'étais jeune, j'étais fou-fou, j'aimais la vie, la fête, je me suis dit : « Je vais aller m'amuser avec les potes, même si je me couche tard, ce n'est pas grave. » Mais dans la soirée, il y a eu un changement, et notre demi-finale a été fixée à 9h. Mais Marco ne m'a pas appelé pour me le dire.

Il m'a téléphoné à 8h, pour me demander où j'étais. Moi je m'étais couché cinq heures plus tôt. Je me suis levé à toute vitesse, j'ai couru comme un fou pour rejoindre le terrain, et arrivé sur cette demi-finale, je n'ai pas touché une boule. Et malgré ça, on menait 9-4. Donc, tu vois, si j'avais tapé quelques boules...

 


Tu as été associé une autre fois à Marco Foyot à Marseille, mais d'une manière un peu différente. C'était lors du championnat du monde 2012, et Marco était le coach de l'équipe malgache. Quel souvenir tu en gardes ?

Celui d'une déception, là aussi. On faisait partie des favoris, et on est tombé en huitièmes contre un grand Lozano qui nous a barré la route. On menait au début, et on croyait les tenir. Et puis Tonnerre a eu un peu de mal au tir, Weibel a été remplacé par Lozano qui a fait un jeu énorme, ils sont passés devant et on n'a jamais pu revenir dans cette partie. Ça m'a fait mal au cœur, j'espérais aller plus loin dans ce championnat.

 


On voit beaucoup de joueurs malgaches gagner, comme c'est ton cas, beaucoup de grandes compétitions en France, mais on voit aussi, depuis quelques années, la pétanque malgache être secouée de soubresauts qui font interroger sur son avenir international. Comment tu le vois, toi, cet avenir ?

Il y a de nouveaux joueurs qui font espérer qu'il sera beau, mais il y a beaucoup de choses à modifier. Chez nous, on ne fait pas de sélections comme on fait en France ou dans beaucoup d'autres pays. Ce sont les champions de Madagascar qui représentent le pays aux championnats d'Afrique, puis aux championnats du monde, et je pense que ça serait mieux de faire des sélections. Beaucoup de grands joueurs malgaches vivent en France à présent, et même si ceux qui vivent au pays sont forts, ils n'ont pas la même vision, le même métier que ceux qui font le circuit français. C'est dommage de se priver de ça.

Et il y a aussi beaucoup de pression pour le équipes qui y vont. Dans un concours, si on perd, on se dit : « J'en ferai un autre la semaine prochaine. » Mais là, si on perd, on ne sait pas si on en fera un autre.

Les terrains aussi sont différents là-bas. Les deux fois où Madagascar a été champion du monde, en 1999 et en 2016, les terrains étaient en terre battue. C'est sur ces terrains-là que nous sommes forts, parce qu'il y en a beaucoup là-bas. Sur des terrains plus faciles, comme en France, les Malgaches ont moins de repères.

 

National à pétanque de Chalon-sur-Saône 2019 - Thierry Bezandry

National à pétanque de Chalon-sur-Saône 2019 


Justement, tu reviens régulièrement dans la Grande Ile, c'était encore le cas en fin d'année dernière, et tu joues, bien évidemment, lors de tes séjours là-bas. En regardant des vidéos, on a l'impression que la pétanque y est très différente de celle qu'on connait ici. Je me trompe ?

Non. Chez nous, les spectateurs mettent beaucoup d'ambiance. Ils ont l'habitude de parler, de commenter, c'est très différent d'ici.

Et puis, des jeunes qui montent, il y en a plein. Sauf que ces jeunes n'ont pas l'opportunité de venir jouer en France et n'ont pas, souvent, de gens pour les soutenir. Certains d'entre eux jouent avec des boules dépareillées, parce qu'ils n'ont pas les moyens d'en avoir d'autres. Mais le niveau est très haut, d'ailleurs beaucoup de grands joueurs français ont pu le constater quand ils vont là-bas.

C'est dommage que les conditions ne soient pas réunies pour voir les Malgaches venir en France, et notamment qu'ils ne soient plus présents aux Masters. Ça fait une autre ambiance quand ils sont là. C'est dommage.

 


On attend tous que la compétition reprenne, je suppose que c'est aussi ton cas. Est-ce que tu as déjà des concours prévus ?

Non, j'ai prévu quelques équipes, mais pour l'instant ; je pense que le mieux, c'est de rester chez soi et d'essayer de se protéger. C'est vrai que la pétanque, ça me manque beaucoup, mais il faut attendre. Si ça reprend, c'est bien, si ça ne reprend pas, ce sera une saison morte. Mais ça n'empêchera pas de jouer chez soi, ou avec des copains : c'est toujours un vrai plaisir de prendre ses boules et de retrouver ses amis sur un terrain. En attendant que les concours reprennent.

 

7ème International des Bords de Loire d'Andrézieux-Bouthéon - Thierry BEZANDRY

International des Bords de Loire d'Andrézieux-Bouthéon

 

Entretien réalisé par Pierre Fieux

 

Publié en 2015

Thierry Bezandry, horizon France 

 

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