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Les champions : Andriantseheno, le métronome de Madagascar

Posté par BOULEGAN le 22/5/2020 13:00:00 (8019 lectures) Articles du même auteur

Dans la carrière des plus grands champions, il y a quelques moments vraiment extraordinaires. Le grand pointeur malgache nous a confié ceux qui l'ont le plus marqué...



Andriantseheno, le métronome de Madagascar

 


Dans la carrière des plus grands champions, il y a quelques moments vraiment extraordinaires. Installé en France depuis près de quinze ans, le grand pointeur malgache, qui continue à marquer régulièrement le circuit national de son empreinte, nous a confié ceux qui l'ont le plus marqué.


Quel est ton meilleur souvenir ?

Quand j'ai gagné le championnat de Madagascar tête-à-tête, en 1995. Il y avait tous les meilleurs tireurs, et ça se déroulait sur un terrain sableux, facile à jouer. Moi qui était pointeur, je ne pensais pas pouvoir gagner. Et pourtant, je l'ai fait.


Tu avais quel âge, à ce moment là ?

Vingt-deux ans. J'étais déjà connu comme pointeur, et comme milieu, mais il y avait vraiment de très très bons tireurs dans ce championnat. J'ai battu Honorus en quart de finale, Drema en demi et Dadafara en finale. C'est vraiment un grand souvenir.

 


Un autre grand souvenir, je suppose, c'est ton titre de champion du monde en 1999. Je me trompe ?

Non, et surtout parce qu'on a gagné ce titre avec un sponsor dans l'équipe. A l'époque il n'y avait que trois joueurs, et Kailas (Oukabay, NDLR) a joué toutes les parties avec Jean-Jacky (Randrianandrasana, NDLR) et moi.


Quand vous commencez ce championnat, qui se déroule à la Réunion, comment vous êtes dans vos têtes ? Vous pensez que vous pouvez gagner ?

En fait, on avait déjà fait un championnat du monde à Montpellier, en 1997, et on avait gagné la Coupe des Nations. Et en 98, on avait perdu en demi-finale du championnat de Madagascar, et on n'avait pas pu aller au championnat du monde.


Parce qu'à l'époque, il fallait gagner le championnat national pour être sélectionné, c'est ça ?

Oui, c'est ça. Et c'est ce qu'on a refait en 1999, et c'est comme ça qu'on a été à la Réunion. Et pour répondre à ta question, on y est arrivé avec beaucoup de confiance en nous, parce qu'on venait de gagner dix concours consécutivement à Madagascar. Et ce championnat du monde, ça a été le onzième.

 
 

Comment tu as vécu ça ?

C'était énorme. Gagner le titre mondial, et de plus avec un sponsor dans l'équipe, c'est incroyable. C'est un grand souvenir, ça marque.

 

Photo Pétanque Magazine


Et du coup, comment s'est passé le retour à Tananarive ?

C'était le premier titre mondial pour Madagascar à la pétanque, mais aussi un des seuls tous sports confondus. Il y avait un boxeur savate qui avait été champion du monde, quelques années avant, et c'est tout. On a été reçus comme des rois : de l'aéroport, on nous a emmenés directement au palais présidentiel, pour y être félicités par le Président.


Ca a changé ta vie, ça ?

Pas vraiment. C'est un peu triste à dire, mais c'est comme ça. Mais ça m'a ouvert quelques portes : notamment, ça m'a permis de devenir professeur d'EPS dans une école catholique, jusqu'à ce que je parte m'installer en France.

 


Ça, c'était en 2006. Qu'est-ce qui t'a décidé à quitter Madagascar ?

J'étais venu en France pour disputer le championnat du monde, qui avait lieu à Grenoble. On avait encore un sponsor dans l'équipe, mais là on était quatre. En quart de finale, contre les Belges, on met les trois bons joueurs, Jean-Jacky, Bema (Ratolojanahari, NDLR) et moi. Jean-Jacky ne jouait pas bien, mais finalement, c'est moi qui dois sortir, et être remplaçé par le sponsor. Je l'ai très mal vécu, je pleurais après la partie. Et à ce moment-là, arrive quelqu'un qui me demande s'il peut avoir mon maillot dédicacé. Je dis d'accord, et lui me dit qu'il est président du club de Maizières, à Metz, et il me demande si ça me dirait de rester en France et de jouer pour son club.

Il a discuté avec le président de notre fédération, s'est occupé de tous les papiers, a obtenu un rendez-vous quelques jours plus tard avec la Préfecture de Moselle pour prolonger mon contrat de séjour. Mais c'était dur pour moi : j'avais envie d'accepter, et en même temps j'avais envie de repartir. Finalement, je suis resté.

L'année suivante, le club a changé de président, on a trouvé que je coûtais trop cher, et je suis parti. J'ai galéré pendant un an, je suis parti à Boulay, toujours en Moselle, et puis j'ai arrêté quelques temps pour me concentrer sur mon travail.


Et tu as décidé de devenir français ?

Oui, mon père avait fait partie de l'armée française, ça a facilité mes démarches de naturalisation. Quand j'ai obtenu la nationalité française, j'ai repris la pétanque. Je suis parti dans le Tarn, jouer avec Gino Debard et Laurent Benazeth, avec qui j'avais fait un quart de finale à Millau. En 2012, on a perdu en demi-finale du championnat de France tous les trois.

 

 

On t'a vu depuis dans d'autres grandes équipes, et dans d'autres départements. Et en 2017, tu gagnes les Masters de pétanque avec Fazzino, Weibel et Rizzi. Ça aussi, c'est un grand souvenir ?

Oui, forcément. En 2008, j'avais fait une étape à Contrexéville avec l'équipe locale : Pispico, Riehl et moi, et on avait perdu en finale contre Foyot. Mais ensuite, je n'avais jamais été retenu pour les Masters avec l'équipe malgache. Là, je jouais avec des champions du monde, j'avais l'occasion de faire toutes les étapes, et gagner à la fin, ça a été une très grande joie.

J'avais été champion du monde moi aussi, mais on m'avait oublié : tu sais, c'est un peu triste mais les pointeurs, à la pétanque, on les oublie souvent. Dans les nationaux, quand tu gagnes, on te dit : « Dis donc, ton tireur, il n'a fait que des piles ! ». Mais ce que les gens ne savent pas, c'est que si tu mets tes boules à un mètre, ton tireur, des piles, il n'en fait plus.

 


Cette importance du pointeur, c'est pourtant ce qui ressort à chaque fois que je parle avec un champion...

Oui, bien sûr, parce que les bons joueurs le savent. Mais le public, lui, il ne regarde que les tireurs.


Lorsque tu es arrivé en France, qu'est-ce qui t'a frappé en découvrant la pétanque française ? Et en particulier, quelles sont les principales différences que tu as notées par rapport à la pétanque malgache ?

Là-bas, lorsque tu fais un concours, il y a cent cinquante équipes, au maximum. Tu sors de poules, tu fais une ou deux parties et tu es en huitièmes le dimanche matin. Tu n'es jamais fatigué au moment de jouer. A Millau, tu pouvais finir ton seizième à cinq heures du matin et recommencer à huit heures. Là, c'est difficile de bien jouer.

 


Est-ce que l'ambiance est différente elle aussi ?

Complètement. A Madagascar, quand on joue, il y beaucoup plus de bruit. Avant que le joueur rentre dans le rond, ça crie, ça chante, ça braille de partout. Et les spectateurs sont à un mètre de toi. Ici, en France, ce n'est pas du tout pareil.

Remarque une chose : les joueurs malgaches ne disent jamais un mot. Parce qu'ils se concentrent. Ils ont l'habitude d'être fermés à ce qui les entoure. Ça, c'est là-bas qu'on l'apprend.

Regarde l'ambiance qu'il y avait à Tananarive en 2016, pour les championnats du monde. Pour nous, c'était habituel, mais pour les Français ou d'autres pays, c'était surprenant. Avoir appris là-bas, ça nous donne de la force, de la solidité. C'est un atout.

 

Photo Pétanque Magazine 


Et les terrains qui sont plus difficiles, peut-être ?

Alors là, c'est en train de changer. On a fait beaucoup de terrains sableux maintenant, et je pense que le niveau de la pétanque malgache est en train de descendre à cause de ça. D'autant que les nouveaux joueurs malgaches veulent jouer comme les Français, beaucoup tirer. Avant, on pointait beaucoup plus, et on attendait l'ouverture.

Je pense que Madagascar a encore les moyens de gagner un championnat du monde. Mais il y a des choses à modifier. Que chacun reste à sa place. Le coach, le DTN, le président de la fédération. Chacun son métier.

 

 

Entretien réalisé par Pierre Fieux

 

 

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Auteur Conversation
petanque
Posté le: 23/5/2020 8:27  Mis à jour: 23/5/2020 8:27
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 Re: Andriantseheno, le métronome de Madagascar
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