L'entretien du mois : Richard Bettoni, droit au but

Posté par BOULEGAN le 12/1/2015 5:00:00 (20147 lectures) Articles du même auteur

Venu tard à la pétanque de compétition, cet homme de football s'est imposé depuis une dizaine d'années au sein de l'élite nationale, respectant étape par étape sa feuille de route.


Richard Bettoni, droit au but

 

 

Venu tard à la pétanque de compétition, cet homme de football en a gravi à grande vitesse tous les échelons. En compagnie de son cousin Jean-Yves, cet énorme compétiteur s'est imposé depuis une dizaine d'années au sein de l'élite nationale, respectant étape par étape sa feuille de route.  Il nous a confié, le temps d'une interview, les secrets de sa motivation et l'étendue de sa passion pour la pétanque.

 

 

Je te propose de commencer par ton actualité : tu quittes les Alpes-Maritimes pour le Vaucluse, où tu vas jouer avec Philippe Rayne et Youssef Saissi. Parle-moi de cette nouvelle équipe, comment elle est née et ce que tu en attends.

On s'est connu sur le circuit des nationaux. Il y a un respect qui s'est installé entre nous, et ce sont des garçons qui correspondent à mon profil. J'ai souvent fait le milieu ou le tireur ces dernières années, ça me plaît, mais pointer dans cette équipe, je pense que ça me plaira encore davantage. Et si on arrive à se qualifier pour le France, il me semble que c'est une équipe qui aurait ses chances pour arriver dans le dernier carré.

KTK pense apparemment la même chose, puisqu'ils ont décidé de nous sponsoriser. Je voudrais d'ailleurs profiter de cet entretien pour les en remercier.


Donc l'objectif, c'est celui-là : faire un résultat au France cette année ?

Oui, et déjà se qualifier. C'est toujours difficile, dans chaque département il y a de très bonnes équipes, et c'est le cas du Vaucluse. Il faut se mettre à l'ouvrage, être compétitif, et si ça arrive, défendre nos chances au France le mieux possible. Oui, c'est mon objectif, et c'est aussi celui de Philippe et de Youssef.

 


On les voit faire de beaux résultats depuis deux-trois ans sur le circuit ; tu penses que tu peux leur apporter quelque chose de plus, leur faire gravir une marche ?

J'espère. Je peux leur apporter mon expérience des grosses parties, mes qualités de compétiteur, et il me semble qu'on peut être complémentaires. Bon, attention, ça ne marchera pas forcément tout de suite non plus. Mais je pense que si on lui laisse le temps, ça peut faire une bonne équipe.

Je sens une ambiance qui me plaît dans ce club (JBAG Carpentras, NDLR). Henri Chiari, le président, est un vrai passionné, il y a près de 300 licenciés qu'on sent vraiment fédérés par cet homme. La pétanque y est apparemment pratiquée de façon très sérieuse. J'aime ça.


Tu as longtemps été inséparable d'un autre grand joueur, Jean-Yves Bettoni. Tu le connais très bien, puisqu'il est ton cousin. Parle-moi de lui.

Jean-Yves, c'est un coéquipier exceptionnel. On a joué sept-huit ans ensemble à partir de 2003 : c'était déjà un très gros joueur avant que je recommence à jouer et ensuite, lorsque nous avons joué avec Robert Leca, c'était tout simplement un des meilleurs joueurs français. En 2006, nous avons fini aux trois premières places du classement : à cette époque, il était exceptionnel au point, et il aurait pu tirer devant n'importe qui.

C'est un joueur complet, très bon partenaire, moins impulsif que moi (rires) : très bon, et très facile à jouer. C'est un gros milieu, et il sécurise beaucoup son tireur, notamment. Celui-ci n'a pas la pression, s'il manque quelque boules, de se voir retirer le tir ou de le voir baisser les bras : Jean-Yves est un garçon d'une humilité et d'un sens du collectif à toute épreuve.

 


Il y a longtemps, j'étais à la buvette du National des Arcs, et un type que je ne connaissait pas disait qu'il venait de faire le dernier carré d'un national. Il ajoutait : « Je pense que si je jouais un peu plus, ça se produirait assez souvent. » Sur le moment, j'avais pris ça pour une vantardise comme on entend souvent devant un bar, mais c'est pourtant ce qui s'est produit : tu as fait peu après (puisque le gars, c'était toi) une demi-finale du championnat de France, gagné pas mal de nationaux et remporté les Masters. Tu sentais déjà ça à l'époque, cette capacité à t'imposer dans ce milieu ?

Tu sais, j'ai toujours été dans le sport. Et chaque fois que j'entreprends quelque chose dans ce domaine, c'est pour gagner. Donc, je mets tout en œuvre pour ça.

Bon, je jouais à la pétanque quand j'étais très jeune. Ensuite, j'étais militaire de carrière, mais je continuais à jouer régulièrement. En 1989, j'avais gagné le National à pétanque de Saint-Maximin (que j'entraînais au football en DHR) avec mon cousin et son père, sans partage. Ensuite, j'ai pris en charge le centre de formation de l'AS Cannes, et j'ai laissé les boules de côté.

Mais au début des années 2000, j'ai dit à Jean-Yves : « Est-ce que ça te ferait plaisir qu'on fasse un peu le circuit des nationaux ? », il m'a dit : « On y va. », et puis on est parti comme ça. Mais quand on se lance là-dedans, qu'on sait qu'on va affronter des garçons comme Quintais, Dylan, Henri Lacroix, des joueurs hyper-doués qui sont presque des professionnels, il faut essayer de rivaliser avec eux : tu sais que si tu ne te programmes pas, que tu ne te prépares pas sérieusement et que tu pars faire un national à cinq ou six cent kilomètres, tu vas peut-être faire juste de la route pour rien, sans même acquérir du métier. Et çà, c'est quelque chose que je ne supporterais pas. Dès le début, on s'est lancé là-dedans pour faire des résultats.

 


Mais quand même, qu'est-ce qui s'est passé ? Quel a été le déclic qui t'a poussé à te lancer à la conquête du haut niveau ?

En juin 2003, je venais de terminer de boucler un transfert avec l'OM, et j'ai eu au téléphone mon ami Olivier Ferrero, qui était parti à Perpignan pour participer au France triplettes. Il y avait une chambre de libre, j'avais deux heures de route, je suis parti passer le week-end là-bas pour le supporter. Je regarde toutes les parties, je me régale, et en fin de journée, il y a ce seizième entre Fazzino et Le Boursicaud : je suis sur ma chaise aux premières loges, ils se branchent toute la partie, ça finit avec plein de tirs au bouchon et une boule de gagne à treize mètres que Fazzino manque au fil. Le lendemain, je regarde encore toutes les parties, et je me régale tellement que je me dis : « L'an prochain, il faut absolument que je fasse ce championnat de France, que je vive ces moments. » L'année d'après, c'était à Toulouse, et on a perdu en demi-finale. Mais j'y croyais fort, c'est vrai : en partant pour Toulouse avec Jean-Yves et le petit Romain (Falco-Binet, NDLR) , on s'était arrêtés à Marseillan, et j'avais pris les paris sur le fait qu'on serait dans le dernier carré le dimanche après-midi.

 


Tu as été longtemps dans le milieu du football, où tu a occupé un certain nombre de fonctions. C'est toujours le cas ?

Oui, toujours. J'ai dirigé le Centre de l'AS Cannes avec Guy Lacombe, ensuite, j'ai été responsable du recrutement des pros à Auxerre avec Guy Roux, puis à Monaco avec Jean Tigana. Ensuite, j'ai conseillé de très grands joueurs jusqu'en 2005, 2006. Maintenant, je fais du coaching personnalisé, et je continue à observer les matchs sur les championnats en Europe et dans le monde, pour continuer à repérer quelques talents.


Le football est, comme la pétanque, un grand sport populaire mais évolue sur des bases très différentes : penses-tu que notre discipline puisse un jour, comme lui, se développer puissamment ou au contraire que c'est impossible?

Ça me paraît assez difficile. On a manqué quelques virages au niveau de la fédération dans les années 80 et 90, qui auraient permis de donner un meilleur statut à l'élite. C'est elle qui peut faire grandir la pétanque, même si la masse est importante aussi, et quasiment personne, dans l'élite, n'en vit correctement. En même temps, nous ne sommes toujours pas présents aux Jeux Olympiques.

Bon, il y eu certaines choses de faites, mais on aurait pu faire beaucoup plus pour nos champions.

Je parle beaucoup de l'élite, mais c'est quand même elle qui tire un sport. Dans le foot, dans les années 80, on a mis le paquet sur les centres de formation, on a été la référence dans ce domaine dans l'Europe entière, et puis ça a débouché sur un titre mondial et deux millions de licenciés.

 


Tu m'as dit avoir conseillé certains footballeurs. Est-ce que nos champions de pétanque, eux aussi, n'auraient pas avantage à ce qu'on leur en donne ?

Tu sais, tous les sportifs, à un moment ou à un autre, ont besoin de bons conseils. Mais la pétanque est un milieu qui n'est pas professionnel, et là est la différence.


Après plus de quinze ans passés au sein du haut niveau, quel est ton meilleur souvenir ?

Il y en a beaucoup. Ma demi-finale du France avec mon cousin bien sûr, on en parlait tout à l'heure, puisqu'elle m'a donné envie d'être un jour champion de France : c'est toujours dans ma tête. Il y en a qui ont plein de titres, moi, un seul me suffirait. Je n'y arriverai peut-être jamais, ou alors en vétérans... Mais j'y pense chaque fois que je me qualifie.

Les deux Europétanque que j'ai remporté en 2006 et 2013 sont aussi un souvenir exceptionnel. Et bien sûr la victoire aux Masters de pétanque chez moi, à Cannes.

 


Alors, parlons-en. Tu as gagné ces Masters en compagnie de trois monstres de la pétanque (Foyot, Bartoli et Passo, NDLR), et on te sentait très à l'aise en leur compagnie. Tu aimes ça, les grosses personnalités ?

Ce sont trois garçons que j'adore. J'étais à l'aise, c'est vrai, parce que sentais que je faisais vraiment partie de l'équipe, tant dans le jeu que dans la préparation ou lors des discussions que nous pouvions avoir. Ce sont des monstres, c'est vrai, ils ont plus gagné que moi mais même si je respecte ça, je suis assez peu attaché au passé. Je vis beaucoup au présent et dans l'avenir : partant de là, tout en tenant compte du nom et du palmarès de mes partenaires, je me suis surtout préoccupé de former une équipe avec eux, et j'ai participé, je pense, autant que ces trois garçons à cette victoire.

On a formé une belle équipe sur le terrain, et dans la vie : on a passé de très très bons moments ensemble, on a partagé nos expériences et nos vécus respectifs. Je pense qu'on a été très complémentaires. Après, avec des joueurs comme ça, la pétanque, c'est simple, le jeu est clair. Je me suis régalé avec eux.

 


Tu as joué longtemps dans le Var, un département qui attire, depuis quelques saisons, beaucoup de joueurs de haut niveau. Quel regard portes-tu sur ça, et que penses-tu de la capacité des Varois de souche à tirer leur épingle du jeu dans ces conditions ?

Quand je suis revenu dans les Alpes-Maritimes, il y avait encore beaucoup de grands champions au DUC, Dylan notamment. Il nous avait d'ailleurs battus, Emilie Fernandez et moi, en doublette mixte avant de remporter le titre. J'aimais ce que faisait le DUC, qui avait fait venir ces gens, qui les rémunérait comme ils devaient être rémunérés : je trouvais que c'était bien pour la pétanque.

Maintenant, la même chose se passe à Draguignan, je trouve ça bien aussi. La qualité des joueurs varois est bonne, c'est un département où il était déjà difficile de se qualifier : ça ne change pas grand-chose. Ça n'a pas empêché mon cousin, Laurent Faudon et Guglielmo d'aller en quart de finale du France l'an dernier, et je pense que ça peut créer une émulation. Dans tous les sports, la mise en concurrence tire le niveau vers le haut.



 

  Entretien réalisé par Pierre Fieux "BOULEGAN"

 

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Auteur Conversation
Anonyme
Posté le: 5/4/2015 4:20  Mis à jour: 5/4/2015 4:20
 Re: Richard Bettoni, droit au but
tres bel entretien ou tout est dit sur le compétiteur,sauf qu'il ne dira pas qu'il est souvent le moteur de l'équipe par sa conviction et sa confiance en ces capacités et celle de ses partenaires, bon peut etre sauf aux miennes pour notre qualif au france j.provençal .
Mais l'important n'est pas là, c'est que dans la vie de tous les jours c'est plus le meme, il est bon vivant, généreux,attentionné avec les autres et c'est là ses plus grandes qualités.

nicolas
manos
Posté le: 14/1/2015 20:40  Mis à jour: 14/1/2015 20:40
Bébé boulistenaute
Inscrit le: 3/4/2006
De: 06 Alpes Maritimes - PACA
Envois: 142
 Re: Richard Bettoni, droit au but
Dommage de le voir quitter le 06
gomorrhe
Posté le: 14/1/2015 11:14  Mis à jour: 14/1/2015 11:14
Boulistenaute accro !
Inscrit le: 17/7/2008
De:
Envois: 6382
 Re: Richard Bettoni, droit au but
Je valide pour "ZZ".

Quand on voit son parcours hors pétanque, on se dit que c'est ce genre de personnes qu'on devrait avoir à la Fédé pour faire bouger les choses, il a l'expérience qu'il faut et saurait trouver de quoi mobiliser ce qui doit l'être.

En tout cas c'est quelqu'un que je mets sur ma liste des "à rencontrer".
Nesta
Posté le: 14/1/2015 9:55  Mis à jour: 14/1/2015 9:55
Boulistenaute aspirant !
Inscrit le: 12/6/2003
De: Allemagne
Envois: 1076
 Re: Richard Bettoni, droit au but
Super joueur que ce Richard, qui formait une doublette d'enfer avec son cousin Jean-Yves dans le Var, et une grosse triplette avec Robert Leca où ils avaient gagné je crois 6-7 nationaux en une seule saison, et un peu avant avec Romain Falco où ils avaient fait un carré de CdF.

Et il ne le dit pas, mais je me demande si c'est pas lui qui avait déniché à Cannes un "petit" talent du foot français, surnommé ZZ...
  
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