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L'entretien du mois : Philippe Quintais, retour gagnant

Posté par BOULEGAN le 9/11/2013 5:00:00 (37926 lectures) Articles du même auteur

Légende de la pétanque mondiale, le joueur d'Eure-et-Loir reste, après une saison 2013 éblouissante, plus que jamais au centre du circuit hexagonal.



L'entretien du mois

Philippe Quintais, retour gagnant

 

 

Légende de la pétanque mondiale, le joueur d'Eure-et-Loir reste, après une saison 2013 éblouissante, plus que jamais au centre du circuit hexagonal. Pour Boulistenaute, il a accepté de revenir sur ses résultats récents, ses partenaires et sa vision du jeu. Entretien avec un modèle.



Depuis ton départ du DUC, on avait l'impression que tu étais un peu en retrait du circuit. Cette saison 2013 a été celle de ton grand retour, avec un titre de champion de France, une finale à Nice et le doublé Masters de pétanque et Trophée des Villes. Quintais est toujours là, donc ?

Oui... Pas plus et pas moins qu'il y a trois ans. L'année a été bonne, tout simplement. Quand j'ai rejoint l'Eure-et-Loir, je me suis mis en retraite de tout ce qui concernait l'équipe de France et de tout ce qui était plus ou moins fédéral, mais j'avais dit que je continuerais à faire des nationaux parce que j'aime çà. L'année a été exceptionnelle, avec un titre de champion de France à la clé : tant mieux.

 


Ce titre en triplette, on a eu l'impression que c'était aussi un cadeau que vous faisiez à Emmanuel Lucien. Parle-moi de ton nouveau partenaire.

Manu, lorsqu'on lui a proposé cette place de pointeur dans notre triplette, il a senti qu'il pouvait peut-être parvenir à son rêve d'avoir un titre, et du coup, pour nous, ça a été un challenge de l'aider à ça. La chance, ça été d'y arriver tout de suite : des fois, il te faut une dizaine d'années, et d'autres fois, tu n'y arrives pas du tout. Lui, il y est arrivé du premier coup, et il est rentré dans le gratin des joueurs de haut niveau, même s'il y était déjà plus ou moins, en montrant à ceux qui ne le connaissaient pas à quel point il était un excellent joueur.


Lucien fréquente le circuit des nationaux depuis longtemps, c'est un joueur talentueux et aguerri, on vient de le dire. Il a pourtant déclaré qu'en jouant avec vous, il avait la sensation d'avoir monté une marche. Tu es d'accord avec ça ?

Je dirai qu'il a certainement acquis de la confiance, car c'est un joueur qui en avait besoin. Nous, on l'a pris parce que c'est un ami avant tout. Mais on savait qu'il était capable de nous apporter un plus à l'appoint, et puis qu'il avait un caractère qui nous permet de mieux jouer. Avec Philippe, il nous est parfois arrivé de nous endormir sur nos lauriers et de perdre des parties par manque d'attention ou de panache, et lui, il est là pour nous en donner : quand ça ne va pas, il bouge, il parle, c'est vrai qu'on a besoin d'un joueur comme ça, d'un meneur avec une grosse envie de gagner.

 


Ton autre partenaire cette année, c'était Philippe Suchaud, qui t'a rejoint à Dreux. Parle-moi de ce joueur que tu connais mieux que personne et qui a lui aussi, mais on a envie de dire comme d'habitude, fait une saison extraordinaire.

Suchaud, c'est pas bien compliqué, c'est un peu mon doublon. On s'entend aussi bien à la pétanque que dans la vie, et on prend énormément de plaisir à passer du temps ensemble. Dans le jeu, il a cette faculté d'être toujours là au bon moment : je ne l'ai quasiment jamais vu rater une finale, et il déploie un jeu d'une grande régularité.

Au jour d'aujourd'hui, quand on commence à jouer, je sais au bout de deux mènes si je vais avoir du grand Suchaud ou si je vais avoir un Suchaud moyen : on se connaît tellement qu'on n'a pas besoin d'attendre trois heures pour savoir où on en est. C'est important, on peut se reposer l'un sur l'autre et adapter notre tactique de jeu par rapport à la forme de chacun, et c'est une chose primordiale dans une équipe.

 


Tu viens sûrement de répondre à ma question suivante, mais je vais la formuler quand même. Tu as formé pendant plusieurs années une équipe extraordinaire avec Henri Lacroix et Philippe Suchaud. Elle s'est reformée à Nice cette année, et vous êtes parvenus en finale en fournissant un jeu assez moyen. Qu'est-ce que vous avez de plus que les autres pour arriver à être au bout même dans ces cas-là ?

(Rires) Ben là, je ne sais pas trop, c'est plus aux adversaires qu'il faudrait demander... Nous, on essaie toujours de produire le meilleur jeu possible. Quand on est moyens, on va dire qu'on essaie de ne pas être bornés, de ne pas s'entêter dans un jeu prédéfini : quand on voit qu'on ne tire pas très bien, on force un peu plus sur l'appoint. On est capables tous les trois de faire l'un et l'autre, donc on n'hésite pas à changer de tactique suivant les parties.

 


Tu as fait l'objet, lors des championnats du monde de Marseille, d'un hommage rendu par la fédération à l'ensemble de ta carrière. On t'a vu très ému lorsque le public t'a fait une longue standing ovation : qu'est-ce qui passe par la tête d'un champion tel que toi lors d'un moment aussi particulier ?

La première chose, c'est le sentiment qu'une porte se ferme. L'équipe de France, ça été quinze ans de ma vie, beaucoup de plaisir, et on se dit qu'une page se tourne. Après, cet hommage, c'est l'aboutissement du travail accompli, la reconnaissance d'un palmarès assez honorable, et puis la fin d'une quantité de souvenirs, de sensations énormes : jouer des championnats du monde sous les couleurs de son pays, c'est forcément beaucoup d'adrénaline, de frissons. Ça, on sait qu'on va le perdre, mais d'un autre côté, c'est un peu plus de tranquillité et moins de pression, donc il y a des avantages et des inconvénients...

 


Tu es un des plus grands joueurs de l'histoire de la pétanque, avec un palmarès fabuleux et bien sûr des milliers de grands souvenirs. Si tu devais n'en retenir que deux ou trois, quels seraient-ils ?

Le premier, c'est mon premier titre de champion de France tête-à-tête, en 1988 à Brest, puisque c'est lui qui m'a ouvert les portes. Ensuite, il y a mon premier championnat du monde avec Passo et Simoës, en 1991 en Andorre, avec mon premier titre de champion du monde. Et pour finir, mon premier titre mondial avec Henri Lacroix et Philippe Suchaud à Monaco, parce que c'était le plus beau championnat du monde auquel j'ai participé : il y avait une ambiance terrible, c'était la première fois qu'il y avait la télévision, celui-là était vraiment très important.

 

Tu connais bien le circuit international. Alors que les derniers championnats du monde jeunes et féminins ont vu leurs titres échapper à la France, penses-tu que celle-ci va conserver encore longtemps son hégémonie en seniors ?

Il va falloir être prudents, puisque si les jeunes n'arrivent pas à gagner, c'est qu'il y en a de très bons dans les autres pays, qui vont arriver très vite en seniors. On m'a notamment parlé d'une équipe thaïlandaise junior extraordinaire : il est certain que certains pays progressent, et qu'ils y mettent les moyens. Je ne sais pas combien de temps la France va rester au-dessus de tout le monde, mais il va falloir faire attention, car la pétanque commence à se démocratiser partout, et tout le monde a envie de gagner. A Marseille, c'est vrai qu'on n'a pas vu une équipe capable de battre l'équipe de France, mais je pense que dans les années à venir, ça peut changer : Madagascar ou la Thaïlande vont bientôt rivaliser.

 


Tu m'as dit, après votre victoire à Béziers, que tu espérais encore avoir quelques bonnes années. Il y a encore des choses que tu as envie de gagner ?

Tout simplement être à nouveau champion de France. En triplettes, puisque c'est le plus beau, mais un titre en doublettes avec Philippe Suchaud, ça me ferait plaisir également.


Il y en a une que tu n'as jamais gagnée, et pour cause. La première finale PPF aura lieu à la mi-décembre à Draguignan, avec un plateau exceptionnel. Tu es motivé, je suppose ?

On part un peu à l'aventure, puisqu'on ne sait pas ce qui nous attend, on verra donc sur place. Mais une nouvelle compétition, c'est toujours excitant, et si on peut se l'approprier dès la première édition, ce serait bien... J'ai hâte de voir ce que ça va donner.

 


Tu as été, tout au long de ta carrière, un modèle à suivre pour un grand nombre de joueurs. Tu as influencé l'évolution du jeu, notamment en ce qui concerne le tir au bouchon, mais aussi le comportement général sur les terrains, en étant régulièrement cité comme l'un des champions les plus respectés au niveau de l'attitude et du fair-play. Ça te touche, ça, d'avoir laissé, au delà de tous tes exploits, cette image et cette trace ?

Bien sûr, je t'avouerai même que c'est la chose qui me fait le plus plaisir. Mes proches le savent, je suis exactement dans la vie ce que je suis sur un terrain de boules. Le sport, pour moi, c'est un moyen de se donner de la fierté et de se prouver des choses, mais c'est surtout un moyen de rencontrer plein de monde, de se faire plein d'amis : il est donc évident qu'il faut respecter les adversaires. Un adversaire, ce n'est pas parce qu'il est plus fort que toi qu'il ne peut pas être ton ami, donc, j'aimerais bien qu'on puisse avoir une pétanque sans accroches, sans embrouilles, ce serait magnifique.

Moi, un des sports qui me plaît le plus, c'est le tennis. Le match dure trois heures, ils s'en mettent plein la tête, et à la fin ils se serrent la main, ils s'embrassent. Je trouve ça génial, on n'a jamais l'impression qu'il puisse y avoir dans ce sport la moindre haine ou le moindre accroc. Ça, c'est beau.

 

Entretien réalisé par Pierre Fieux "BOULEGAN"

 

PORTRAIT N°247 QUINTAIS Philippe "DUCPH"

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Auteur Conversation
Anonyme
Posté le: 1/2/2014 8:01  Mis à jour: 1/2/2014 8:01
 Re: Philippe Quintais, retour gagnant
le plus grand champion,et gentil.
corto
Posté le: 12/11/2013 10:57  Mis à jour: 12/11/2013 10:57
Boulistenaute en progrès
Inscrit le: 16/12/2002
De: Namur (Belgique)
Envois: 590
 Re: Philippe Quintais, retour gagnant
Tout simplement le plus fort de tous les temps !!! Et c'est pas fini....
TIROFER7
Posté le: 11/11/2013 13:28  Mis à jour: 11/11/2013 13:28
Bébé boulistenaute
Inscrit le: 18/2/2007
De: Séte - 34 Hérault - Languedoc-Roussillon
Envois: 100
 Re: Philippe Quintais, retour gagnant
Un portrait à l'image de l'homme, EXTRAORDINAIRE et HUMBLE.Il est toujours présent et le sera encore pendant de longues années.Il nous apporte tellement dans sa vision du jeu, calme, attentif sachant le modifier suivant sa forme et celle de ses partenaires. Il est l'exemple type du joueur complet, sachant autant bien pointer que tirer et c'est ce qui fait sa force extraordinaire depuis 1988 et son 1er titre de champion. Merci Monsieur Quintais pour cet apport à notre sport.
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::::: Signature by me ^^ :::::

PatGoch
Posté le: 11/11/2013 10:20  Mis à jour: 11/11/2013 10:20
Boulistenaute accro !
Inscrit le: 12/6/2005
De: 35
Envois: 4147
 Re: Philippe Quintais, retour gagnant
Bravo philippe, pour ton discours empreint d'amitié, et d'humilité ! Un bon exemple que les jeunes doivent essayer de copier dans leur comportement.
periko
Posté le: 10/11/2013 17:56  Mis à jour: 10/11/2013 17:56
Boulistenaute aspirant !
Inscrit le: 24/6/2006
De: Caen 14 Calvados - Basse Normandie
Envois: 1159
 Re: Philippe Quintais, retour gagnant
**Le roi Quintais c'est la CLASSE a l'état pure...
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on a toujours besoin de plus petit que soi ." pap13 "
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