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L'entretien du mois : Passo, coeur et carreaux

Posté par BOULEGAN le 5/11/2012 6:00:00 (101440 lectures) Articles du même auteur

Au fil de plusieurs décennies d'une carrière éblouissante, le tireur nîmois est devenu une légende incontournable de la pétanque. Pour boulistenaute, il revient sur toutes ces années vécues au plus haut niveau, et placées sous le signe de l'amitié et de la joie de jouer. 


Michel Schatz, coeur et carreaux

 

 

Au début des années soixante-dix, alors qu'il n'était encore que le fils du Chef, le jeune Michel Schatz éclaboussait déjà de toute sa classe les jeux de boules nîmois. Près de quarante ans plus tard, Passo est devenu l'une des légendes incontournables de notre sport. Aisance, adresse exceptionnelle, gentillesse constante, amour du jeu, on a tout dit sur un joueur que chacun admire sans jamais oublier de l'aimer. Pour boulistenaute, il a accepté de revenir sur une carrière qui l'a vu évoluer au sein de trois des plus grandes équipes de l'histoire de la pétanque, et voir se dérober devant lui le concours auquel il tient le plus. Mais qui sait ce que l'avenir réserve?

 

Finaliste du Trophée des Villes, demi-finaliste du Mondial la Marseillaise, champion de ligue Languedoc-Roussillon en doublettes et la participation aux Masters de pétanque. On peut dire que tu as fait une bonne saison 2012, et que Passo est toujours là ?

Oui, pour moi, c'était une bonne saison. Et je suis toujours là. Par moments...

 


Tes projets pour 2013 ?

On est en train de discuter pour savoir si je reste à Castelnau ou non, mais rien n'est encore décidé. Je pense que courant novembre, j'aurai pris une décision.

Tu as fait partie, au cours de ta carrière, de plusieurs équipes légendaires. J'aimerais que tu me parles de chacune d'entre elles, et d'abord de celle que tu as formé, dans les années 80, avec Denis Salvador et Roger Capeau. Comment vois-tu cette équipe aujourdhui, qu'est-ce qui te revient lorsque tu y penses ?

C'était une équipe-reine. J'étais jeune, j'avais dix-sept ans : Salvador et Capeau, ce sont eux qui m'ont formé, qui m'ont emmené faire les grands concours. Pour moi, c'était une partie de rêve, j'étais fou de joie.

Roger Capeau, c'était un très grand joueur, qui jouait avec les plus forts, Salvador, c'était pareil, et ils me faisaient confiance. Je le vivais comme un honneur, de jouer avec eux. C'était de l'amitié, du plaisir et beaucoup de victoires.

 


Dans les années 80, on considérait cette équipe comme probablement la meilleure, et elle n'a jamais pu devenir championne de France. Tu l'as vécu comment, ça ?

Comme un échec, bien sûr. On arrivait tout le temps dans les dernières parties, et on perdait tout le temps. Mais eux devaient être encore plus frustrés que moi, ils auraient aimé gagner et me faire gagner. Ça été pareil à la Marseillaise : la première fois, en 82, nous avons perdu en finale, et puis ensuite en demi, en quart, on n'a jamais pu gagner.

Dans un livre écrit récemment par ton ami Paul Bastonero « Passo, un gentleman de la pétanque », celui-ci raconte comment tu as fait à Capeau une des grandes joies de sa vie. Cà se passait à Millau, un soir où les organisateurs lui rendaient hommage...

Comme je te le disais, j'ai joué onze ans avec lui, et on n'a jamais pu être champion de France. Salvador l'avait été, je venais de l'être avec Marco et Farré après avoir gagné le mixte l'année d'avant, et j'ai eu envie de lui faire cadeau d'un de mes maillots. J'ai proposé ça à Monsieur Mas, on en parlé pour être sûrs de ne pas faire d'impair, et j'ai offert ce maillot à mon ami Capeau au cours de la soirée à Millau organisée pour lui. C'était un grand plaisir et un honneur pour moi.

Tu as été associé ensuite, en équipe de France et puis pour le Trophée Canal+, à Georges Simoës et Philippe Quintais, pour ce que certains considèrent comme l'une des plus belles équipes de tous les temps. Ce niveau, cette aisance et cette complémentarité qu'on constatait entre vous, c'est venu de suite ?

Oui, dès le premier concours de sélection, avec aussi une amitié immédiate. C'est pour cela que cette équipe était forte, on se contrariait pas, on était tout le temps d'accord.

On était quatre à pouvoir aller au championnat du monde. Quintais, qui venait en premier, Simoës qui avait été choisi comme pointeur, et puis Marco Foyot et moi qui étions en balance. Ils m'ont choisi à moi, je ne sais pas pourquoi, peut-être pour ma gentillesse... En tout cas, j'étais très heureux, et puis ça a bien marché : on a été champions du monde, l'année suivante finalistes, l'année suivante encore champions.

 

 

 

Ce premier titre, ça a été un moment spécial, je suppose ?

Evidemment. Tout le monde a reconnu que j'étais fort; je l'étais avant, mais quand on a un titre mondial, qu'on devient champion de France où qu'on gagne la Marseillaise, on rentre dans le top des top, comme on dit. Tant qu'on ne gagne pas ces titres-là, on reste un peu à l'arrière. Là, j'étais super heureux, et il y avait beaucoup de gens qui étaient super heureux pour moi, beaucoup de gens qui pensaient que je méritais d'aller au championnat du monde avant 1991.

Et ça venait de quoi, tout ce temps passé avant de te confier une sélection ?

C'est vrai, j'ai attendu jusqu'à trente-cinq ans. J'étais en pleine forme, mais je pense que j'étais encore plus fort quelques années avant. Mais beaucoup de gens me voyaient perdre en championnat, à la Marseillaise, et pensaient que je n'allais pas tenir le choc. Peut-être aussi le fait que j'étais un gitan, peut-être que ça inquiétait les sélectionneurs. Ils avaient peut-être peur que je fasse des choses bizarres...

En tout cas, quand j'ai gagné, j'ai vu que ça faisait plaisir à beaucoup de monde, et ça m'a fait plaisir.

 


Enfin, tu as joué, sous les couleurs du groupe Nicollin, avec Jo Farré et Marco Foyot. Elle s'est formée comment, cette équipe ?

Pendant un repas avec Bernard Gasset, le président de la Comédie Pétanque. Il nous a dit qu'il voulait former une équipe autour de Farré, qui était de Montpellier, avec Foyot et moi. Marco jouait à l'époque à Béziers avec Roger Marco et Roger Marigot, et moi j'étais dans le Gard. Bernard en a parlé avec son ami Nicollin et ça a commencé.

On a joué dix-onze ans ensemble, comme avec Roger et Denis, et c'est là que j'ai eu mon premier titre de champion de France en triplettes.

Et le début d'un tandem Passo-Foyot qui semble indissociable... Là aussi, il y a eu une complémentarité immédiate ?

Tout de suite. Moi, j'étais ami avec Farré, mais avec Marco, on se connaissait, c'est tout. Et puis le premier concours qu'on a fait, ça a marché comme sur des roulettes. On est rapidement devenu deux compères, on était cul et chemise, comme on dit. Les gens nous ont aimé, tous les deux ou avec Farré, ils nous donnaient de l'amitié et on la leur rendait avec nos boules, avec notre jeu.

 

 


On se dit que cette complémentarité, vous la vivez très fort. Foyot a dit un jour : « Si je veux gagner Millau un jour, il faut que je joue avec Passo. » et toi-même, je t'ai entendu lui dire un jour :« Si je veux gagner la Marseillaise, il faut que je joue avec toi. » C'est ça, vous avez besoin l'un de l'autre ?

Oui. Moi, j'ai eu besoin de Foyot pour gagner mon premier titre de champion de France, et pour gagner son premier Millau, il a fallu qu'il joue avec moi.

 

 

Cette année, tu es rentré pour la septième fois dans le dernier carré du Mondial la Marseillaise. Après ta défaite contre Dylan, tu t'es dit quoi ? Tu as ressenti encore une fois le poids du signe indien ou bien tu as pensé : « Avec cette équipe, je peux la gagner un jour» ?

Je peux la gagner un jour. Mais sans Foyot, je ne la gagnerai pas. Il m'aide beaucoup dans ces parties-là, il fait des trucs que les autres joueurs ne font pas. Il sait créer des respirations, il m'aide beaucoup comme ça : c'est avec lui que je la gagnerai peut-être un jour....  Ou peut-être que je ne la gagnerai jamais...

 

 

C'est important, ça, la Marseillaise?

Ce n'est pas qu'important, c'est un rêve. J'y reviens tous les ans, en espérant enfin la gagner. Si un jour j'y arrive, j'y reviendrai avec mon fils, avec des amis, mais en attendant, je fais toujours une partie pour essayer de gagner. Et je reviendrai tous les ans, tant que je pourrai.

 


Tu as perdu quatre finales, mais on se rappelle surtout de celles que tu as perdue contre tes neveux, Antoine et Joseph Dubois, alors que tu menais largement. Ca a dû être affreux, cette fois-là ?

J'en ai pleuré toute la nuit. C'était une partie presque gagnée, c'était dur. Mais ce n'était pas la dernière fois que la Marseillaise me faisait pleurer. Cette année, j'avais encore les larmes qui coulaient.

 

 

On t'a vu longtemps courir après ton premier maillot de champion de France, et puis, après ta victoire en doublettes mixtes avec Martine Sarda, tu en as conquis quatre autres. Cette victoire de 1996, ça été un déclic ?

Oui, mais, le vrai déclic , ça a été l'année suivante, avec Marco. Il m'avait dit : « Tu es toujours au poteau, tu n'arrives pas à gagner, je vais tout faire pour t'aider à être champion ». C'est ce qui s'est passé à Chartres : on a pris des super-équipes, il a tout fait, c'est lui qui m'a amené jusqu'à cette victoire. Et deux mois après, je gagnais encore le mixte chez moi, à Nîmes.

Jo Farré, c'était aussi quelqu'un d'important dans l'équipe, qui pesait sur les parties...

Oui, Jojo, il mettait de la pression aux adversaires, et c'était un super-joueur. On se complétait, on arrivait à jouer mieux lorsque un des autres était moyen, et puis Farré, c'était aussi un super-milieu. Quand il a gagné la Marseillaise avec Quintais et Jean-Luc Robert, c'est moi qui avait monté la partie. Quintais voulait jouer avec moi, mais j'étais qualifié pour le championnat de France doublettes avec Marco. Je lui ai dit : « Si tu veux gagner la Marseillaise, il faut que tu joues avec Farré». Ils ont joué comme ça et ils ont gagné... Et moi, je cours après depuis trente ans, et je n'y arrive pas. Si un jour ça m'arrive, je me jette dans le Vieux Port!

 

 

On t'a vu l'an dernier disputer le Trophée des villes aux côtés d'un tout jeune joueur, Yonis Kehiha. On t'avait vu rarement faire cela et cette association, ton attitude envers lui ont touché beaucoup de spectateurs. Tu as ressenti quoi, toi ? Est-ce que tu avais le sentiment de transmettre quelque chose ?

Oui, ma passion, mon savoir-faire. Ce petit, il commençait à peine à jouer aux boules, il était un peu impressionné, je lui ai parlé, je lui ai dit de s'amuser, de se faire plaisir, je lui ai dit que moi aussi j'étais content de jouer avec lui, qu'il ne fallait pas qu'il ait du stress.

Ensuite, il était toujours avec moi, il ne m'a pas quitté pendant trois jours. Moi, ce qu'on m'a donné quand j'étais jeune, Capeau, Salvador et d'autres, je l'ai pris, j'en ai profité : et maintenant, j'aime quand je peux le rendre et donner à mon tour.

 

 

 On a toujours senti beaucoup de joie de jouer chez toi, et on a l'impression qu'avec les années qui passent, ce bonheur d'être sur les jeux, cette capacité à avoir du recul, de l'humour vis-à-vis de la pétanque s'accentuent. Je me trompe ?

Non, tu ne te trompes pas. Avant, j'essayais de gagner ceci, cela. Maintenant, je joue pour mon plaisir, et pour le plaisir des gens qui me regardent : la plupart des spectateurs m'aiment, et moi j'essaie de leur rendre ça avec ma bonne humeur et avec mon amitié. C'est vrai, je prends beaucoup de plaisir à jouer, encore plus qu'avant.


 

Tu joues à haut niveau depuis près de quarante ans. La pétanque a beaucoup changé pendant cette période. Comment vis-tu cela ? Qu'est-ce qui est mieux selon toi, qu'est-ce qui est moins bien ?

Ce qui est mieux, c'est la télévision. On voit plus de pétanque, c'est bon pour elle.

Ce qui est moins bien, c'est qu'il y a moins d'amitié. A d'autres époques, on pensait d'abord à passer du bon temps, on était plus conviviaux, on regardait moins ce qu'il y avait à gagner. Les joueurs sont devenus plus individualistes, plus tournés vers leurs intérêts, et l'amitié est partie. Le respect aussi a diminué : quand j'étais jeune, on respectait les gens plus âgés et eux-mêmes nous respectaient. Maintenant, beaucoup de jeunes sont différents, plus personnels, moins sympas.

Maintenant, tout le monde s'embrasse. Avant, on se serrait la main, mais il y avait plus d'amitié.

 

 

Entretien réalisé par Pierre Fieux "BOULEGAN"

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Auteur Conversation
riquet34
Posté le: 13/3/2014 13:51  Mis à jour: 13/3/2014 13:51
Bébé boulistenaute
Inscrit le: 6/8/2008
De: lodeve
Envois: 82
 Re: Passo, coeur et carreaux
et pourquoi pas une association passo foyot Bartoli pour enfin gagner cette marseillaise? ca ferait 2 gars qui realisent leur reve de gosse
Micka34
Posté le: 20/12/2012 19:57  Mis à jour: 20/12/2012 19:58
Bébé boulistenaute
Inscrit le: 19/12/2012
De: Teyran
Envois: 4
 Re: Passo, coeur et carreaux
Passo reste à mes yeux le meilleur joueur que j'ai jamais vu. Je le connais depuis tout petit grâce à mon Père et il m'a toujours régalé autant par son talent que par sa simplicité, un exemple pour tous peu importe le sport. J'ai la chance d 'habiter dans l'hérault donc je le croise parfois et encore aujourd'hui je m'émerveille de regarder cet homme jouer, c'est mon idole . Merci à lui!!!

Koré Mickael
picard84
Posté le: 20/11/2012 21:00  Mis à jour: 20/11/2012 21:00
Bébé boulistenaute
Inscrit le: 15/4/2009
De: AVIGNON
Envois: 34
 Re: Passo, coeur et carreaux
j'ai eu la chance de rencontrer pour le première fois Mr PASSO, a beaucaire a l'étape des Master 2012, grâce a mon ami Philippson.

une personne simple abordable et disponible. Un modèle pour la pétanque.
j’espère que les jeunes stars d'aujourd'hui suivront l'exemple de de ce monsieur de la pétanque.
Chat-Noir
Posté le: 9/11/2012 13:36  Mis à jour: 9/11/2012 13:36
Boulistenaute accro !
Inscrit le: 24/9/2010
De: 77 - Seine et Marne
Envois: 252
 Re: Passo, coeur et carreaux
Pour moi, Passo est tout simplement le meilleur joueur de tous les temps... Quelle simplicité!

Ne change rien Passo...

fifi30
Posté le: 9/11/2012 4:13  Mis à jour: 9/11/2012 4:13
Bébé boulistenaute
Inscrit le: 2/8/2011
De:
Envois: 1
 Re: Passo, coeur et carreaux
Je suis fan depuis des années, quel joueur, quel monsieur, si tous les joueurs de boules lui ressemblaient il faudrait des terrains de boules grands comme des océans tellement il y aurait de licenciés. Il serait bon que la fédération se serve de tous ces champions respectés afin de les impliquer sur les terrains de boules à redresser les tordus qui se comportent mal.
Merci à boulistenaute
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