L'entretien du mois : Jean-Pierre Le Lons, sans commentaire

Posté par BOULEGAN le 6/4/2015 6:00:00 (34352 lectures) Articles du même auteur

Sans nouvelles de Sport+, le champion de France 1996 ne sera vraisemblablement pas au micro de la prochaine édition des Masters de pétanque. Interview sans détour et récit d'une déception.


L'entretien du mois

Jean-Pierre Le Lons, sans commentaire

 

 

 

Après avoir longtemps été le partenaire de Philippe Quintais, puis de Didier Choupay, le sociétaire du Star's Master a poursuivi une double carrière d'animateur de nationaux et de commentateur sur Sport+. Un rôle à la télévision qui semble s'être interrompu brutalement en fin de saison dernière, avant que l'ancien gardien de but de Melun ne trouve peut-être... la parade.

 

La dernière fois que nous nous sommes vus, c'était à l'International de Bourg Saint Andéol, et dans tes mains, il n'y avait pas de boules mais un micro. Ce rôle d'animateur de nationaux, tu le tiens depuis combien de temps ?

Depuis 2010, je crois. J'ai commencé lors du championnat de France féminin à Cahors : Laurent Causse était malade, et Mamasse a fait l'intermédiaire avec Laurent Rougié, qui m'a aiguillé là-dessus ainsi que sur le championnat d'Europe Espoirs qui se tenait à Montauban.

 

Tu as arpenté les carrés d'honneur des plus grands concours pendant un grand nombre d'années comme joueur. Qu'est-ce que tu ressens lorsque tu présentes une de ces finales que tu as souvent disputées ?

J’éprouve deux sentiments totalement différents. C'est vrai que j'envie parfois les joueurs, parce que ça me rappelle de belles émotions : quand tu les vois, tu aimerais bien jouer. Mais en même temps, je trouve que c'est tellement important, le rôle d'animateur, mettre en valeur les parties, faire réagir le public au bon moment, que je prends énormément de plaisir à le faire.

Le dimanche, on se régale. Bon, le samedi, c'est pratiquement impossible pour l'animateur de pouvoir suivre le carré d'honneur correctement : le dimanche, c'est plus carré, mieux orchestré, c'est là que tu peux donner le meilleur de toi-même. On peut essayer de faire ressortir les joueurs, de faire jouer le public. Mais bon, il y a toujours ce petit pincement au cœur, de temps en temps, où on se dit : « J'aimerais bien être à leur place... »

 


Tu as aussi, à de nombreuses reprises, joué le rôle de consultant sur les Masters de pétanque et le Trophée des Villes. Je crois que c'est fini, là...

Oui, enfin je pense. A vrai dire, aujourd'hui, je n'ai plus aucune nouvelle de Sport+. J'ai fait mes dernières émissions pour les Masters 2014, et je savais que Laurent (Vernay, NDLR) ne serait pas reconduit, à ma grande déception parce que je trouvais qu'on faisait un très bon trio avec Jean-Michel (Izoird, NDLR), on avait de très très bons retours sur les étapes et pour moi, Laurent était le journaliste idéal pour ces émissions.

Thierry David, qui faisait les Masters il y a quelques années, a repris les rênes, et certains bruits de couloir m'ont appris qu'il n'avait pas l'intention de travailler avec moi. J'en conclus que je ne travaillerai plus pour la chaîne, ce n'est pas grave, mais je t'avoue qu'un coup de fil, de lui ou de la chaîne, pour me le dire aurait été la moindre des choses. Là, comme ça, plus de son, plus d'image au bout de sept ans, c'est assez décevant.

 


On sent effectivement beaucoup de déception lorsque tu en parles. Ces années au commentaire, qu'est-ce qu'elles t'ont apporté, qu'est-ce que tu as ressenti derrière ton micro?

Beaucoup de plaisir, parce que même lorsqu'on voyait les images plusieurs jours après, on commentait vraiment dans les conditions du direct. Le fait d'avoir été joueur permet d'avoir beaucoup d'informations, à partir de l'expression des joueurs, de certains gestes : j'essayais d'apporter un petit plus grâce à ca. C'est vraiment un rôle que j'adorais, d'autant que j'avais conscience de m'adresser à un public large : on avait de bons audimats, et cela représentait bien plus de monde que le simple effectif des licenciés. C'était sympa de pouvoir leur apporter cette petite connaissance du terrain que j'avais acquise lorsque je disputais moi-même les Masters.

Du coup, je suis assez frustré. Me passer de l'animation des nationaux, je crois que je pourrais le faire sans problème, mais la télé, ça va être un vrai manque. Bon... Il y aura peut-être d'autres opportunités, sur d'autres chaînes... J'espère rebondir.

 


Même si tu as eu d'autres partenaires, on se rappelle surtout de toi comme le tireur, dans les années 90, de Philippe Quintais. Il était alors au sommet de son talent : quels sont les souvenirs que tu gardes de cette association ?

Que des grands. Mais tu n'as parlé que de Philippe, moi j'y associe Jean-Luc Robert. A l'époque, Philippe sans Jean-Luc ou Jean-Luc sans Philippe, ça n'existait pas.

Alors, Philippe... Je me rappelle être sur le podium d'un national (mais c’était le cas dans plein plein plein d'autres), regarder Philippe et me dire : « Depuis hier, depuis le début du concours, quand est-ce qu'il a perdu une boule ? » Et je ne trouvais pas. Il gagnait tous les points, il ne manquait jamais une boule, quand on était mal, il tirait au bouchon : c'était le monstre, c'était...

Moi, ça été un rêve de jouer avec lui bien sûr, mais aussi de vivre ces moments-là, de voir un mec comme ça. Je pense que les gars qui ont joué au foot avec Zidane ont éprouvé la même chose. C'était magique.

Bon, en même temps, il fallait faire gaffe, ne pas s'endormir à le regarder jouer, parce qu'on avait aussi des choses à faire. Mais je veux dire, j'aurais eu une chaise, j'aurais pu m’asseoir et me régaler tout autant. Mais bon, j'avais la chance de jouer dans son équipe, il fallait profiter de ces moments. Non, ça été des années de paradis sur les jeux. Et puis la gagne amène l'ambiance, on partait ensemble, avec nos femmes, on vivait aussi plein de beaux moments en dehors. C'était une époque superbe.

 


Tu as également joué avec une autre légende de la pétanque, Didier Choupay. Parle-moi de lui.

Notre association s'est terminée l'an dernier, puisque Didier a quitté le Star's Master pour créer son club dans le 91. Ca a été aussi cinq belles années : avec Didier, c'est une amitié de longue date, puisqu'on s'est longtemps rencontrés en Seine-et-Marne. Mais jouer ensemble nous a permis de tisser d'autres liens, qu'on n'avait pas avant lorsqu'on jouait l'un contre l'autre et qu'il y avait entre nous, même s'il avait un niveau qui n'est pas comparable avec le mien, une certaine rivalité et un peu de tension.Bon, après on a joué ensemble, j'ai découvert une personne droite, entière, et je me suis fait un superbe ami.

Alors boulistiquement, Didier comme moi, on n'était plus au niveau où on avait pu être, mais on s'est fait quand même de beaux souvenirs : le quart de finale à Dijon, avec Michel Van Campenhout contre la famille Rocher et Robineau a été, je crois, une des plus belles parties qu'on ait vu lors d'un championnat de France, avec un niveau de jeu extraordinaire de part et d'autre.

 


Beaucoup de gens t'ont découvert en 1995, dans le dernier carré du Mondial de Millau tête-à-tête. C'est un grand souvenir, je suppose ?

Oui, d'autant que j'avais fait le tête-à-tête de Millau malgré moi. Jean-Claude Rasle, qui est mon pote, venait d'être champion de France avec Sirot et Pouzier et était invité à Millau. Il m'appelle, me propose de l'emmener, de faire la doublette avec lui et de faire la triplette avec Vincent Nervosi. Bon, on descend et je lui dit : « Inscris-toi au tête-à-tête, moi j'ai fait la route, je me repose. » Il y est allé mais sans me le dire, il m'a inscrit aussi.

Je joue et le lendemain, je suis dans le dernier carré avec Foyot, Quintais et Fazzino. Franchement, ça fait drôle : je n'ai pas connu Bébert de Cagnes, tout ça, et pour moi, les trois monstres de la pétanque, ce sont ces trois-là. Marc Alexandre était déjà au micro, et quand il a lu les palmarès, je lui ai fait gagner du temps avec le mien (rires).

J'ai perdu contre Marco en jouant très bien, donc aucune déception et aujourd'hui, ça reste un très grand souvenir.

 


Et l'année suivante, tu as revêtu le maillot bleu-blanc-rouge...

Oui, tout a souri. J'ai été d'abord champion de ligue mixte, vice-champion de ligue triplettes, champion de Seine-et-Marne doublettes en battant Choupay et Loy en finale, et finalement champion de France. Avec Max (Fouilhé, NDLR), on avait un jeu qui déstabilisait tout le monde, très axé sur le point : Max ne se sentait jamais d'en perdre un, si bon qu'il soit, et me freinait beaucoup au tir. Moi, à l'époque je ne pensais qu'à tirer, et tout le monde rigolait de notre association.

Mais en fin de compte, tu vois, elle nous a mené jusqu'au titre national. On va dire que la terre et le feu ont fait bon ménage...

 


On est dans les souvenirs, aussi je te propose de rembobiner encore un peu plus. Comment est-ce que tu es venu à la pétanque ?

Par mon père. Il était footballeur...


Mais c'était aussi ton cas, je crois ?

Oui, j'ai suivi ses traces. Il était gardien de but, et moi, j'ai été gardien de but. J'ai été champion de France minimes, plus tard j'ai été stagiaire au Matra Racing, et je jouais en deuxième division à Melun.

Donc mon père s'est retrouvé un année au chômage, il tournait un peu en rond, et il a commençé à jouer aux boules en bas de chez nous. Juste à côté, il y avait un peu de gazon, et je jouais au foot avec les autres gamins. Et puis un jour, j'ai été réquisitionné pour une partie de pétanque parce qu'il en manquait un, j'y ai pris goût et je m'y suis mis.

Mais pendant longtemps, la pétanque, c'était lorsqu'il n'y avait pas de foot, à l'inter-saison. Et puis ça a pris plus de place, et lorsque j'ai arrêté le ballon, j'y ai retrouvé l'adrénaline dont j'avais l'habitude et je m'y suis mis beaucoup plus.

 


Même si ce mouvement avait déjà commencé à ton époque, la pétanque se dirige de plus en plus vers un modèle purement sportif. Quel regard jettes-tu sur cela, et également sur le prix qu'elle paye ce choix, en voyant partir tout un pan de ses effectifs ?

Je pense qu'il y a assez de place pour tous. La pétanque de masse doit rester conviviale, et en même temps les télévisions veulent des épreuves qui réunissent les meilleurs. Regarde le foot : il y la ligue professionnelle, et puis les clubs amateurs. Il y a la place pour les deux.

A la pétanque, j'ai l'impression qu'on a un esprit un peu rétréci. On pense que si on va dans une direction, on va nuire à l'autre. Moi, je ne crois pas. Il faut une vitrine, et la vitrine, c'est l'élite. Mais il ne faut pas se couper de la base, car c'est d'elle que vient l'élite. On a besoin des deux, et aucune des deux ne doit se retrouver perdante.

Dans les autres sports, on y arrive. Pourquoi est-ce qu'on n'y arriverait pas ?

 

 

Entretien réalisé par Pierre Fieux "BOULEGAN"

Note: 8.00 (1 vote) - Noter cet article -
Les commentaires appartiennent à leurs auteurs. Nous ne sommes pas responsables de leur contenu.
(1) 2 3 »
Auteur Conversation
yves1326
Posté le: 25/8/2016 16:27  Mis à jour: 25/8/2016 16:27
Bébé boulistenaute
Inscrit le: 7/6/2016
De:
Envois: 92
 Re: Jean-Pierre Le Lons, sans commentaire
je n'avais pas eu le plaisir de te rencontrer avant, et j'ai passé la journée du dimanche 20 aout 2016 dans le carré d'honneur du national de TREVOUX, toi en tant qu'animateur et moi en tant qu'arbitre, je suis content d'avoir rencontré quelqu'un de très professionnel et très sympathique, j'espère que tu va rebondir, on a besoin de gens comme toi à la pétanque.

Sincère Salutations
auv63
Posté le: 8/4/2015 18:37  Mis à jour: 8/4/2015 18:37
Boulistenaute en progrès
Inscrit le: 26/2/2009
De: Thiers -63- Puy de Dôme- Auvergne
Envois: 775
 Re: Jean-Pierre Le Lons, sans commentaire
il est possible que la chaine 21 prenne la suite, enfin espérons que notre sport puisse se retrouver sur nos écrans de télé avec de bons commentateurs comme Alain et d'autres
Amitiés
GD
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La pétanque est un très beau sport quand il est pratiqué avec des gens sérieux respectueux
PORTRAIT DE MON FILS :
N° 635 : William DAUPHANT "will63"
http://www.boulistenaute.com/actualite-portrait-635-dauphant-william-will63-13549
lmk11
Posté le: 8/4/2015 15:19  Mis à jour: 8/4/2015 15:20
Bébé boulistenaute
Inscrit le: 1/1/2010
De: Chatillon
Envois: 5
 Re: Jean-Pierre Le Lons, sans commentaire
Malheureusement la chaine sport+ devrait arrêter pour l'été 2015...
La question n'est plus de quel commentateur il y aura... mais Aurons nous encore de la pétanque à le télé??????
jipom
Posté le: 7/4/2015 12:16  Mis à jour: 7/4/2015 12:16
CLUB des Supporters Boulistenaute.com
Inscrit le: 9/6/2005
De: Gaujac - 30 Gard - Languedoc-Roussillon
Envois: 1496
 Re: Jean-Pierre Le Lons, sans commentaire
Un touche à tout qui fait tout bien !
Perso, j'aime beaucoup le personnage, qui s'est très brillamment reconverti au micro.
C'est très décevant de ne plus le voir à la tv où il était parfait. Ils vont prendre un Lauclair ou un autre qui ne comprend rien.....
Peppe77
Posté le: 7/4/2015 10:11  Mis à jour: 7/4/2015 10:11
Bébé boulistenaute
Inscrit le: 31/3/2007
De: Dammarie Les Lys
Envois: 151
 Re: Jean-Pierre Le Lons, sans commentaire
Bravo pour cet interview,
ça nous explique tout simplement que l'on vit dans un monde d’égoïste et sans respect ni franchise mais bon ça on le savait déjà.
Pour avoir connu Jean-Pierre depuis notre enfance, c'est un joueur fort et caractériel (comme tout bon joueur d'ailleurs) au foot où l'on a joué quelques saisons ensemble comme à la pétanque, il a bien vieilli, s'agaçant beaucoup moins (quoique...).
Nous avons eu beaucoup de chance dans notre département d'avoir eu des joueurs de ce niveau qui en ont attiré bien d'autres, cela nous a donné la chance de pouvoir les rencontrer sur nos terrains faisant la joie également des spectateurs présents.
Bonne chance à toi pour des nouvelles aventures télévisuelles.
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