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L'entretien du mois : Farid Bekrar, un coeur XXXL

Posté par BOULEGAN le 3/3/2012 5:00:00 (70740 lectures) Articles du même auteur

Habitué de l'élite mais toujours un peu au large du circuit, amoureux d'une pétanque où jamais le résultat ne doit primer sur l'amitié, Farid Bekrar apparaît, dans un paysage bouliste parfois un peu formaté, comme un oiseau rare. Le Montpelliérain cultive avec soin, à la pétanque et dans la vie, deux valeurs qui vont rarement de pair, la passion et la distance, et les conjugue avec une curiosité toujours en éveil.



L'entretien du mois

 

Farid Bekrar, un cœur XXXL

 

 

 

Habitué de l'élite mais toujours un peu au large du circuit, amoureux d'une pétanque ou jamais le résultat ne doit primer sur l'amitié, Farid Bekrar apparaît, dans un paysage bouliste parfois un peu formaté, comme un oiseau rare. Le Montpelliérain cultive avec soin, à la pétanque et dans la vie, deux valeurs qui vont rarement de pair, la passion et la distance, et les conjugue avec une curiosité toujours en éveil.

 

 

 

La saison 2012 n'a pas encore commençé pour toi, puisque tu viens de devenir le papa d'une petite Ynès, mais on s'attend quand même à te voir un peu sur les jeux.Tu vas jouer avec la même équipe qu'en 2011, je suppose ?

Bien sûr, avec Vincent Reinard et Elie Hoffmann, et toujours à Castelnau.


Ce club, Castelnau-le-Lez, a fait couler beaucoup d'encre au moment du mercato, avec la venue de Marco Foyot et de Passo. Ca change quoi pour toi ?

Rien, puisque j'ai mon équipe, et que nous sommes déjà qualifiés pour le France. Mais je pense que c'est bien pour le club, il y aura certainement de nouveaux titres, et puis la venue de tels joueurs ne peut que faire du bien à tout le monde.

 

 


Tu as fait, avec tes partenaires Vincent Reinard et Elie Hoffman, la finale du championnat de France triplettes 2011. Une finale qui a marqué les esprits par la qualité de votre performance, mais surtout par ton attitude dans le jeu et par les propos que tu as tenus ensuite. On a eu la sensation de voir évoluer un très bon joueur, mais surtout quelqu'un de très différent des compétiteurs qu'on voit habituellement à haut niveau. Tu es vraiment différent ?

Je n'en ai pas l'impression. Ou plutôt, je pense que tout le monde devrait être comme ça, sans agressivité, avec de la joie à jouer. Je ne joue pas dans un but financier, j'essaie de gagner mais je cherche d'abord à m'amuser : si je gagne tant mieux, sinon, ce sera pour la prochaine fois.


On sent un lien particulier entre tes partenaires et toi, plus fort que celui qu'on observe dans la plupart des équipes. Je me trompe ?

En fait... Quand je suis arrivé à Montpellier, il y a quatre ans, je n'avais rien. J'ai rencontré Elie Hoffmann à ce moment-là : il m'a hébergé, sa mère m'a traité comme son fils, j'ai vécu avec eux pendant deux ans. C'était énorme. On critique parfois les voyageurs, mais ils peuvent tout vous donner, et ont un savoir-vivre que beaucoup n'ont pas. Alors voilà, ça crée des liens forts : je pense que je ne m'entendrai jamais avec d'autres partenaires comme je m'entends avec eux.

 


Et quand on va jusqu'en finale du championnat de France triplette, qu'on fait le parcours dont rêvent tous les joueurs de boules et qu'on le fait avec de tels partenaires, ce doit être extraordinaire ?

C'est une des plus belles choses qu'on peut vivre à la pétanque. Une autre très belle chose, c'est de gagner avec son père ou avec son fils, comme l'ont fait nos adversaires, mais gagner entre amis, c'est génial, je le souhaite à tout le monde. Notre objectif était d'être là le dimanche : à partir des huitièmes, à chaque partie ce n'était que du bonus. On s'est vraiment éclaté, dans le jeu et dans tous les à-côtés, sur la route, au restaurant : ça restera gravé comme un souvenir magnifique.


Ce qui a frappé tous ceux qui ont vu la finale à la télévision, c'est ton sourire et ta joie de jouer. On peut bien jouer et avoir le sourire ?

Oui, je crois. J'ai appris à jouer avec mon père et il m'a inculqué ça. Partout où j'ai joué, j'ai toujours rigolé.

 


Tu as fait la finale du France triplettes en juin, et ta sœur Leila a fait la finale du France mixte une semaine après. Qu'est-ce qui s'est passé, elle était jalouse ?

Je ne sais pas, mais moi, j'étais triste. J'étais à Ajaccio, et je suivais le championnat au téléphone. J'ai versé une larme quand elle a perdu, parce qu'elle ne joue jamais et que c'était un beau parcours. Elle est toujours dans ses études, et elle ne prend les boules que rarement. En fait, j'étais surtout déçu pour mon père.

 


Ton père, c'est donc quelqu'un d'important dans votre trajectoire, à tous les deux ?

Ah oui, mon père et ma mère (Farid a perdu en quart de finale du championnat de France mixte avec sa mère en 2003. NDLR). Ce sont eux qui m'ont amené partout au début, ce sont eux qui m'ont tout appris : le respect, le comportement. Quand je faisais un pas de travers, ils me remettaient tout de suite en place, c'était pareil pour mes deux sœurs.


Tu cultives une distance étonnante par rapport à la victoire. Tu es pourtant un pur produit de la DTN : on t'a vu disputer les Masters au sein d'une équipe espoirs, intégrer pendant plusieurs années le pôle juniors de la fédération, un groupe ou on est censé apprendre la grinta, la culture de la gagne. Qu'est-ce qui n'a pas pris chez toi ?

J'étais un peu détaché par rapport aux stages de l'équipe de France. J'aimais ça, ça m'a permis de rencontrer des gens de partout, de me faire de grands amis. Mais je n'y allais pas dans un but précis, comme certains : je jouais dans le Val d'Oise, je m'intéressais peu aux sélections. L'équipe de France, ce n'était pas ma priorité, même si j'y ai vécu de bons moments. Ensuite, quand j'ai eu le choix entre de faire de bonnes parties et faire des parties d'amis, j'ai préféré les parties d'amis. J'ai dit, après la finale du France, que je préférais avoir perdu avec mes partenaires que gagner avec d'autres, et c'est vraiment ce que je pense.

 


Tu n'en es pas moins un grand champion, qui a gagné beaucoup de concours. Où trouves-tu ta motivation ?

Ma motivation, c'est de me dire que je vais partir avec deux copains, que le week-end va être bon de toute façon, qu'on va pouvoir jouer tranquille. Il n'y aura pas de choses mauvaises comme celles qu'on voit parfois sur les terrains, il n'y aura pas de critiques, pas de reproches. Quand c'est comme ça, on s'éclate, et la motivation vient toute seule. D'ailleurs, je pense que j'ai fait plus de résultats dans ce genre d'équipe qu'avec des gros joueurs.


Pas motivé par la victoire, pas motivé par l'argent. Pourtant tu le collectionnes. Parle-moi de çà.

Ah ! Là, c'est vrai que si c'était celui-là qu'on gagnait aux boules, je serais un gros gagneur ! En fait, je collectionne des billets du monde entier. J'en profite pour passer une annonce : si vous avez des billets venant de pays peu connus, je suis preneur. J'ai commencé cette collection grâce à l'équipe de France, qui m'a permis de voyager, et j'ai continué.

 


Et tu as des billets de combien de pays ?

Sur cent quatre-vingt quatre pays, je dois avoir des billets d'une bonne centaine... Mais il y en a qui sont un peu compliqués à avoir.


Tu as une autre passion, c'est la littérature. D'où vient ce goût, comment est-ce qu'on devient, très jeune, un passionné de lettres françaises ?

A l'école. J'ai des parents qui ont toujours privilégié l'éducation : mes deux sœurs font de grandes études, ce qui me rend très fier...

 

 


Et tu en as toi-même fait pas mal...

Oui, j'ai fait une licence d'anglais et d'espagnol. J'aime les langues, j'en parle plusieurs. Mais pour revenir aux livres, ça a commencé à l'école. J'étais vraiment mauvais dans toutes les matières scientifiques, mais les matières littéraires, ça me parlait : alors d'abord ça été Molière, j'ai tout lu, et puis après Zola, et puis Jean-Paul Sartre, et puis d'autres, de la philosophie aussi, beaucoup d'histoire. Maintenant je lis un peu moins, mais j'adore Bernard Werber : je m'intéresse beaucoup à la mythologie, j'aime tout ce qu'il a écrit.

 

 


Tu es originaire de l'Ile-de-France et tu vis à présent dans le Sud, à Montpellier. Tu vas y rester ?

Oui. C'est une terre d'accueil, l'Hérault. En équipe de France, j'avais croisé un jeune qui s'appelle Anderson Cauret, à qui j'avais donné quelques coups de main au niveau de la lecture et de l'écriture : on est devenu très copains, je suis allé en vacances chez lui dans l'Hérault, il m'a proposé de rester. C'est comme ça que je me suis retrouvé ici : maintenant, j'ai ma femme, ma fille, un travail, un appartement, tout ce qu'il faut.


A la fin de mes entretiens, je demande souvent à ceux qui me les accordent le conseil qu'ils voudraient donner à des jeunes. Quel est le tien ?

Je pense qu'il faut d'abord inculquer aux jeunes le respect de l'adversaire. C'est bien de gagner, mais l'image qu'on laisse est plus importante. C'est mieux qu'on dise de vous « Il est gentil, il est correct » que « Il a gagné, il est fort». Il faut bien les encadrer, leur donner la culture de la gagne, mais se rappeler aussi que si la pétanque est un sport, elle a d'abord été un jeu.

Il faut garder ses amis, se rappeler d'où on vient. Si on a quitté ses amis pour jouer avec des gens forts, on voit qu'un jour, si on joue moins bien, ils ne jouent plus avec vous. Les amis, si on a su les garder, ils joueront toujours avec vous, ils ne vous laisseront jamais tomber.

 


Tu es qualifié d'office, avec Elie et Vincent, pour le prochain championnat de France triplettes. Dans quel état d'esprit allez-vous aborder cette compétition ?

C'est drôle, parce que j'étais avec eux samedi et on parlait de ça. On s'est dit : « On a essayer de sortir des poules ». Après, on verra. On n'a pas eu de pression à Soustons, on va essayer de ne pas en avoir non plus à Roanne. En gros, c'est ça, et si on arrive en huitièmes, ce sera beau.

 

 Entretien réalisé par Pierre Fieux "BOULEGAN"

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Auteur Conversation
Pat27
Posté le: 19/12/2012 9:57  Mis à jour: 19/12/2012 9:57
CLUB des Supporters Boulistenaute.com
Inscrit le: 30/6/2005
De: 27 Eure - Haute-Normandie
Envois: 2225
 Re: Farid Bekrar, un coeur XXXL
Superbe Portrait de Farid que j'ai eu quelques fois l'occasion de Croiser surtout lors de ses venues à Evreux.
(François s'en souviens encore Farid.)

Enfin a part pour le talent (hélas en moins pour moi) j'ai l'impression de me retrouver en lui sur son état d'esprit.
Comme quoi j'ai encore l'espoir un jour de faire des résultats.

En tout cas FARID ne change rien reste comme tu es.

Amicalement
------------

Jouer sérieusement sans ce prendre au sérieux
Pat27

http://www.blogpetanque.com/evreuxnavarre/

Pour en savoir plus sur bibi ,voici mon portrait=>
http://www.boulistenaute.com/actualite-portraits-interviews-portrait-469-treard-patrick-pat27-10181
bounty59
Posté le: 18/12/2012 23:43  Mis à jour: 18/12/2012 23:43
Bébé boulistenaute
Inscrit le: 12/8/2012
De:
Envois: 51
 Re: Farid Bekrar, un coeur XXXL
voila un tres beau portrait, je ne vous connais pas, je suis un anonyme de la pétanque mais quel plaisir de voir et de lire que le plaisir, l'amitié, le respect prime sur le reste!!!!


en plus d'etre un trés grand joueur, vous avez la premiére qualité d'un énorme champion : l'humilité !!!

je vous souhaites une belle réussite dans votre vie d'homme et dans la pétanque, et n'est qu'un mot : respect!
maboule
Posté le: 28/6/2012 20:20  Mis à jour: 28/6/2012 20:20
Bébé boulistenaute
Inscrit le: 13/9/2004
De:
Envois: 38
 Re: Farid Bekrar, un coeur XXXL
oui, vraiment un beau reportage , je connais peu Farid , par contre je connais mieux sa maman son papa MOUSSA et sa soeur LEILA , des personnes très bien , alors je ne suis pas du tout étonné par le texte , nous souhaitons tous qu'il y ait
plus de joueur de la valeur morale de FARID et la pétanque ne pourrait de porter que mieux .biut
cboudou
Posté le: 19/6/2012 11:04  Mis à jour: 19/6/2012 11:04
Bébé boulistenaute
Inscrit le: 15/3/2009
De: Nogent sur Marne
Envois: 6
 Re: Farid Bekrar, un coeur XXXL
Bravo Farid, j'ai pris beaucoup de plaisir à te lire et me rendre compte que le "Minot" n'a pas changer. Tu as dit,"se rappeler que si la pétanque est un sport, elle a d'abord été un jeu. Bravo & merci de t'en souvenir, trop de joueur l'on oublié depuis longtemps. Pour ma part, c'est et ça restera toujours comme le Provençal un jeu formidable. J'espère à bientôt sur un terrain de boule. Bizzz Salut à toi "Petit"Claude Boudou
------------

Boule qui roule . . . . . ça roule
fafa
Posté le: 13/5/2012 15:14  Mis à jour: 13/5/2012 15:14
Boulistenaute en progrès
Inscrit le: 21/1/2005
De: 95 Val d'Oise - Île de France
Envois: 461
 Re: Farid Bekrar, un coeur XXXL
Bonjour à tous,
Désolé pour ma réponse tardive mais mieux vaut tard que jamais non? Tout d'abord un grand mercii à tous pour vos commentaires, aux personnes que je connais ainsi qu'à celles que je ne connais pas. Je suis content de lire vos commentaires et sachez que cet entretien a été sincère et je vous ai livré ma vision de la pétanque. Je pense que je ne suis pas un cas isolé et que beaucoup de joueurs voient les choses de la même manière que moi. J'espere pouvoir continuer à vous donner une belle image de notre sport.
Au plaisir de vous lire et a bienôt sur les terrains de pétanque.
Farid
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