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L'entretien du mois : Eric Bartoli, une légende marseillaise

Posté par BOULEGAN le 4/3/2013 5:00:00 (25433 lectures) Articles du même auteur

Joueur à forte présence, caractère orageux et talent hors norme, le champion marseillais a marqué de son style vingt ans d'histoire de la pétanque. Rencontre avec un joueur cent pour cent Sud.

L'entretien du mois

Eric Bartoli, une légende marseillaise

 

 

Dans une ville qui a longtemps donné à la pétanque quelques-uns de ses plus beaux monstres sacrés, Eric Bartoli est devenu au fil du temps, lui aussi, une légende. Joueur à forte présence, caractère orageux et talent hors norme, le champion marseillais a marqué de son style, de ses succès et même de ses échecs vingt ans d'histoire de la pétanque. Rencontre avec un joueur cent pour cent Sud.

 

Tu as été pendant plus de quinze ans un des grands animateurs de tous les plus beaux concours. Depuis ta victoire aux Masters en 2008, on te voit un peu moins sur le circuit. Je vais donc te poser la question que tous tes admirateurs se posent : que devient Bartoli ?

J'ai repris une société de boules il y a deux ans, après la fermeture de la Boule Florian, qui s'appelle la Boule du Soir. J'en ai pris la présidence et je m'en occupe avec des amis : nous avons eu les trois titres départementaux l'an dernier, mais du coup, je joue moins aux boules. Je fais deux ou trois concours par an, pas plus.


Ton club pour 2013, c'est donc la Boule du Soir. Quels seront tes partenaires?

Je vais faire les championnats avec mon fils, et je ne sais pas encore qui sera le troisième : toutes les licences ne sont pas encore faites. Ensuite, je vais faire quelques nationaux avec Jean-Michel Puccinelli, et également un ou deux avec Foyot. Il m'a appelé dernièrement pour me souhaiter mon anniversaire, et on a prévu de jouer un peu ensemble : on va jouer entre vieux de la belle époque...

 


Tu es chaque année un des favoris du public au départ du Mondial la Marseillaise. On t'y retrouvera cette année encore, je suppose ?

Bien sûr, mais c'est un peu tôt pour donner mon équipe. Certainement un tireur parisien et mon fils.

Ce Mondial, c'est un de tes rêves, puisque tu es Marseillais, mais c'est aussi pour toi le lieu de beaucoup de désillusions, puisque tu as perdu trois fois en demi-finale, et deux fois en quart de finale. Ce rêve, tu l'as toujours en toi ?

Je l'ai toujours... mais moins qu'avant. Après toutes ces parties perdues près du but, tous ces tirages au sort souvent défavorables, il y eu un moment, pendant cinq ou six ans, où je rêvais plutôt d'être champion de France. C'était plutôt le rêve de beaucoup de mes amis, que je gagne la Marseillaise, finalement.

 


Ca, c'est vraiment étonnant, pour le coup. Toi, le champion marseillais par excellence, tu dis que tu aurais préféré gagner un championnat de France que le Mondial !

Oui. Au début, la Marseillaise, c'était mon rêve, bien sûr : il n'y avait que de grandes équipes qui la gagnaient, c'était un honneur de la remporter. Et puis on a commencé à voir des équipes avec deux forts et un sponsor... Quand j'ai vu aussi que certains joueurs la gagnaient, je l'ai un peu perdue, cette envie. Moi, en me levant l'âme, je n'y arrivais pas, et je voyais des gars qui ne gagnent pas un concours de toute l'année s'inscrire et arriver au bout : là, l'envie, elle est un peu partie.

 


La première fois que je t'ai vu jouer, c'était précisément au Mondial, et tu affrontais en quart de finale Passo, Capeau et Salvador. Une partie extrêmement particulière, puisque vous étiez très jeunes, Aimé Courtois, Ceccoli et toi, et que vous aviez pris le parti de tirer systématiquement au bouchon... Raconte-moi ça.

C'était en 1986 : à l'époque, cette équipe, c'était Suchaud, Quintais, Lacroix de maintenant. Ils étaient pratiquement imbattables. Dans cette fin de partie, Salvador faisait un point à dix du bouchon, mon pointeur le gagnait, Passo faisait carreau en place. Alors, on partait au bouchon : on l'a noyé sept ou huit fois de rang, mais ça ne nous a pas empêchés de perdre.

 

 

 

Ensuite, il y a eu cette défaite en demi-finale avec Garagnon et Morillon, juste après que tu aies dû déclarer forfait au championnat de France tête-à-tête par solidarité avec Adamo Kerbadou, qui était souvent ton partenaire à l'époque : une décision très particulière, dans une ambiance qui l'était plus encore. Comment est-ce qu'on en est arrivé là ?

C'était une année où j'avais de grandes chances d'être sélectionné pour le championnat du monde. J'étais en quart de finale contre Le Dantec, je menais 7 ou 8 à 3 sur une mène à moi, et Adamo et Bocognani étaient en quart du championnat doublettes, à quelques jeux du mien. Ce qui s'est passé, c'est qu'un arbitre a annulé une boule d'Adamo, Bocognani a protesté et a échangé des mots avec l'arbitre : finalement, ils se sont énervés et ont abandonné. Le délégué s'est mis au milieu, et a dit : « Les Bouches-du-Rhône se retirent. » Comme nous étions tous venus dans la même voiture, en passant devant mon jeu, ils m'ont dit d'arrêter. Par solidarité, j'ai abandonné : que faire d'autre ? Je jouais toute l'année avec Adamo, c'était mon département, mes amis... Le terrain a été envahi par le public, qui était pour nous, tout était arrêté... C'est là que le président a menacé de suspension tous ceux qui ne reprendraient pas le jeu : tout le monde a repris, sauf nous. On est passé en conseil de discipline, et écopé de deux ans de suspension : nous avons fait appel, et ça s'est résumé à six mois, pendant la période d'hiver.

 

 

Cette décision t'a donc peut-être coûté un titre de champion de France, et peut-être même un titre mondial ?

Oui. C'est Le Dantec qui a été champion, et qui a commencé là sa carrière : d'ailleurs, Jean-Luc Robert et Morillon, qui jouaient contre Adamo, ont gagné eux aussi.

Aujourd'hui, cette décision, je la regrette. Avec la défaite en demi-finale de la Marseillaise quinze jours après, ça a vraiment été...


Un virage dans ta carrière ?

Oui, c'est ça.

 

 

Le dernier titre national remporté par les Bouches-du-Rhône (Luchesi-Rouvière-Calenzo, NDLR) date de 1978, alors que ce département a compté depuis beaucoup de joueurs de talent. Selon toi, qu'est-ce qui explique ce manque de grands résultats ?

Les meilleurs ne jouent pas ensemble. On n'a jamais fait des parties complètes : on veut toujours faire plaisir à un, faire plaisir à l'autre, résultat... C'est ce qu'a compris Puccinelli : quand il fait un concours, il s'équipe, il fait des parties pour gagner. C'est lui qui a raison.

Parce que c'est vrai, on en a eu des phénomènes : N'Guyen, Castellan, Adamo, le petit Fafou, Hamid, mais ça n'a rien donné. Pourquoi ? Parce qu'ici, tu joue avec tes amis : tout l'hiver, tu es avec eux, ils te font des faveurs, des bonnes manières, tu ne vas pas les laisser l'été pour jouer avec d'autres. Ils vont te dire : « Comment, tout l'hiver je suis avec toi, l'été tu me laisses ? Tu es un enfoiré ! » Voilà, c'est Marseille...


Mais quand même, il y a eu quelques fois où tu as fait des équipes complètes ?

Oui, quand j'ai joué avec Passo et Vilfroy, par exemple. Mais il y avait longtemps que ça ne m'était pas arrivé, et les résultats ont été là : on a été champions de ligue, et même si on perd 13-11 en seizièmes à Dijon contre le petit Labrue, l 'équipe était bonne.

Il faut aussi des gens qui soient capables de bien jouer en ayant enquillé des kilomètres. Si on est bon, et qu'on ne l'est plus quand on a fait deux cents kilomètres, on n'est qu'un régional. La première fois que Carbure (Noël Bengler, NDLR) est allé à Millau, ils étaient partis à six dans une voiture ou il n'y avait que cinq places : eh bien, il a fait Marseille-Millau dans le coffre ! En arrivant, il est descendu, il est parti jouer... et il a gagné. Des joueurs comme çà , il n'y en a plus.

 

 

Aujourd'hui encore, tu es toujours considéré comme l'un des chefs de file de la pétanque méditerranéenne. Est-ce que tu as conscience que ta personnalité, ta présence, ton goût du panache et bien sûr ton talent font de toi l'héritier des grandes légendes marseillaises du passé?

Peut-être... Oui, certainement. Mais, bon, j'ai eu la chance de me faire un nom assez jeune, de vite attirer beaucoup de galerie, c'est un avantage. Le mois dernier à Martigues, je n'avais pratiquement pas joué depuis un an, et à chaque partie, il n'y avait plus une place pour nous regarder.

 

 

Justement, c'était un peu ma question. Vous êtes quelques-uns, je pense à Foyot, Passo, Radnic et quelques autres, à posséder quelque chose en plus, une personnalité, une présence qui pousse le public vers vos parties. Tu en as conscience ?

Oui. Je pense que les gens qui viennent nous voir s'attendent à ce qu'il se passe quelque chose, a entendre quelques phrases, quelques réparties qui n'ont plus cours aujourd'hui. Nous aimons le panache, nous aimons le public, et il nous le rend.

Nous avons aussi une façon de jouer particulière. Quand nous avons gagné les Masters, nous avons joué toutes les étapes à six mètres. Souvent, Foyot jetait la première, la pointait à deux mètres : les gars ne tiraient pas, pointaient, et on tirait derrière. Si Passo bloquait un petit carreau, il fallait qu'ils le rendent, ou bien la mène devenait difficile. C'est le jeu de Foyot, ça : et Foyot, dans le jeu de pétanque, je ne pense pas qu'il y ait quelqu'un qui puisse lui apprendre quelque chose.

 


Quant tu as commencé à jouer, il y avait beaucoup de grands champions à Marseille. Est-ce qu'il y en a un qui t'a marqué particulièrement ?

Le premier avec qui j'ai joué, c'était Pisapia, mais ce n'était pas exactement ma pétanque. Après, j'ai bien aimé Carbure, qui était très fort.

Mais celui que j'ai toujours aimé, même si ce n'est pas le cas de tout le monde, mon joueur préféré, ç'a toujours été Marco, Foyot : ses façons de faire, ses façons de parler, de brancher, tout ça, ça me plaisait. En plus, c'était un garçon qui était très solide : je l'ai vu faire des Marseillaises où des mecs lui envoyaient des pierres, lui il allait dans le rond, il faisait des carreaux. J'ai toujours aimé Foyot, ça a toujours été mon modèle de joueur.


Un jour, tu l'avais battu en finale du tête-à-tête des Arcs...

Oui, il n'avait pas voulu partager. A la fin de la partie, il était un peu vexé, il voulait me faire la partie d'intérêt à six boules. Je lui avais dit (il sourit malicieusement) : « Non, Marco, tu es trop fort pour moi. Là je t'ai battu, je suis content, j'ai encaissé, on va boire un coup. » Ca s'était fini comme ça.

 

 

Cette imagination, ce côté haut en couleur que vous représentez disparaît aujourd'hui dans la pétanque, qui devient plus lisse, plus intérieure, plus stéréotypée tactiquement. Quel est ton regard sur cette évolution ?

Tout a changé. Tu ne peux plus parler, les jeux sont tracés...


Tu fais la grimace. Pour toi, c'est donc moins bien...

Bien sûr. A la Marseillaise par exemple, ces carrés tracés pour la télévision, cette terre rapportée en plein parc Borély, je trouve que ça gâche. Ce n'est plus le goudron, les tirs de rafle, ce n'est plus la Marseillaise. La pétanque a changé, elle est devenue plus molle.

Quant aux règlements, même s'il faut les accepter une fois qu'ils existent, on en rajoute toujours un de plus. Ca finit par changer le jeu.

 

Entretien réalisé par Pierre Fieux "BOULEGAN"

 

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Auteur Conversation
ALEXPEKI
Posté le: 3/5/2013 21:29  Mis à jour: 3/5/2013 21:29
Bébé boulistenaute
Inscrit le: 6/7/2009
De: Marseille
Envois: 94
 Re: Eric Bartoli, une légende marseillaise
tout simplement un phenomene de chez phenomene je pense un des plus grands joueurs qui a eu sur marseille et encore ce n ' est pas fini ... j ' entend certains marseillais qui dise que bartoli est fini patati patata la vérité c ' est qu ils sont jaloux des gens qui joue tous les jours o boules et qui n ' auront jamais de palmares comme bartoli ...
Bartoli c ' est un monstre et un point c ' est tout !!!
PASQUIN
Posté le: 7/3/2013 11:06  Mis à jour: 7/3/2013 11:06
Bébé boulistenaute
Inscrit le: 20/6/2007
De: ginasservis 83
Envois: 22
 Re: Eric Bartoli, une légende marseillaise
C'est "LE GRAND JOUEUR MARSEILLAIS " dans toute sa splendeur.
et que l'on aime ou que l'on aime pas, une chose est sure , c'est qu'il ne laisse personne indifférent.
Une présence et une personnalité hors norme sur les jeux alliée à une gentillesse et une proximité avec le plus petit joueur d'entre nous.
Une véritable icone de la pétanque et comme on dit chez nous:

UN MONSTRE .......
lafoudrebokr
Posté le: 6/3/2013 21:57  Mis à jour: 6/3/2013 21:57
CLUB des Supporters Boulistenaute.com
Inscrit le: 28/2/2013
De: residense les jardins de provence 2 batc 83170 brignoles batc 83170 brignoles
Envois: 10
 Re: Eric Bartoli, une légende marseillaise
en esperant que mon pote kevin suive le meme parcours meme si il a ete champion de france lui mdr le bonjour de quilibrano
tiger
Posté le: 6/3/2013 21:17  Mis à jour: 6/3/2013 21:17
CLUB des Supporters Boulistenaute.com
Inscrit le: 25/11/2005
De: CHUSCLAN - 30 Gard Languedoc-Roussillon
Envois: 2643
 Re: Eric Bartoli, une légende marseillaise
Grand Homme et grand Champion qui n'a rien à envier à personne.

Bises à toute la famille.
Malik-26
Posté le: 6/3/2013 17:58  Mis à jour: 6/3/2013 17:58
Bébé boulistenaute
Inscrit le: 19/1/2009
De: Valence - 26 Drôme - Rhône-Alpes
Envois: 198
 Re: Eric Bartoli, une légende marseillaise
Mr BARTOLI c'est un phénomene hors du commun ,un GRAND MONSIEUR de la pétanque ,un COEUR dans la vie et dans les boules ,une LEGENDE de la pétanque MARSEILLAISE tels que PISAPIA ,LOVINO et bien d'autres qui ont fait parler d'eux dans se sport.Un caractére de GAGNEUR et un joueur que l'on admire a voir jouer comme les anciens d'autrefois toujours se petit mot pour faire rire la galerie car lui la galerie il attire ,chaque fois que j'ai joué avec lui sa était un immense plaisir et des journées magnifique ,si je devais le comparer a quelqu'un sa serait a CANTONA dans le football meme hargne,grincheux,talent,chambreur . Mon FRERE reste comme tu est ,ta besoin de personne pour gagner toi tu peut dire que tu as fais plaisir et gagner avec tes amis .Si toi tu jouerais avec les LACROIX,ROCHER,ect tu serais plusieurs fois champion de france et du monde mais ton palmares et déja bien riche et je me régalerais de te voir jouer avec LE GRAND MARCO .A bientot mon frere et je te souhaite de bons championnat avec ton mino et embrasse SONIA et LES MINOTS.
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