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L'entretien du mois : L'entretien du mois : Philippe Suchaud, la force tranquille

Posté par BOULEGAN le 8/6/2011 9:20:00 (80244 lectures) Articles du même auteur

L'entretien du mois

Philippe Suchaud, la force tranquille
 

 

Seize ans ans après son entrée en équipe de France, le sociétaire du DUC est toujours, de par son exceptionnelle maîtrise et de par son rendement lors des parties à fort enjeu, un des indispensables de la sélection nationale. Il y a pourtant un mystère Suchaud : dans un monde où les tireurs aiment briller et éblouir, la placidité et la discrétion du champion du monde, alliées à une force mentale et une confiance hors du commun, étonnent et forcent le respect. Après deux extraordinaires saisons qui ont démontré qu'il était toujours le maître-tireur de la planète pétanque, celui qui se définit, après avoir triomphé dans le monde entier, comme un "petit campagnard", est revenu pour boulistenaute sur son phénoménal parcours.

 

Un mot d’abord sur une actualité extrêmement récente : le nouveau record de tir établi le mois dernier à Dreux, avec de grosses moyennes de la part de tous les tireurs présents…

Oui, çà s’est bien passé. Je n’étais moi-même, comme Christian (Fazzino), pas assez content...

 



... de ce que j’avais fait, avec une moyenne en-dessous ce dont j’étais capable, mais çà a suffi. J’avais confiance dans les jeunes, et j’avais raison : ils ont tenu leur rôle.

La saison 2011 a donc bien commencé, après une belle victoire à l’International de Cannes avec la Dream team et un nouveau succès du DUC à la Coupe de France. Un échec pourtant, avec ta défaite en demi-finale du championnat des Alpes-Maritimes doublettes. Pas de championnat de France dans cette catégorie et une déception, je suppose?

Oui, j’étais assez énervé d’avoir perdu cette partie, même si c’était logique : nous avons été moyens et les autres (Armando et Zangarelli) étaient au-dessus. Ce qui m’a surtout agacé a été de ne pas être qualifié pour la ligue. Faire une ligue à seulement six équipes en PACA, avec le niveau qu’il y a, est assez pénalisant je trouve, surtout si l’on compare avec les modes de sélection des autres régions.

Tu es champion de France triplettes et tu as pourtant dû passer par les qualificatifs, en raison du départ de Philippe Quintais des Alpes-Maritimes. C’est Simon Cortès qui le remplace : qu’est-ce que çà va changer ?

Beaucoup de choses. Simon est un tireur, et pourtant je pense qu’il va devoir souvent tenir le poste de pointeur laissé par Philippe. En tous cas, je le vois comme çà : Riton (Henri Lacroix) est trop bon au milieu pour changer de poste. Après, on verra, ce sera selon la forme du moment.

 

 

Quintais a quitté le DUC, mais vous avez quand même programmé quelques concours avec lui. En dehors des Masters, où est-ce qu’on verra la Dream team cet été?

A Millau, et à l’Europétanque.

Les championnats d’Europe vont avoir lieu en août, et c’est le premier événement international depuis bien longtemps qui verra une équipe de France sans Philippe Suchaud. Cette décision de la DTN, tu l’as prise comment?

J’ai eu le temps de la digérer, puisqu’on nous en a prévenus avant les Mondiaux d’Izmir. La DTN a voulu lancer des jeunes, c’est assez normal. Je suis moins d’accord par contre par rapport à Loy, qui n’est pas un jeune : associer Henri et Dylan aurait été plus logique.

En ce qui me concerne, je suis déçu de ne pas pouvoir défendre notre titre. Mais c’est comme çà.

Depuis dix-sept ans, tu t’es imposé comme le meilleur tireur français. Je voudrais qu’on revienne sur ce parcours qui a commencé en 1994, par une rencontre avec Daniel Voisin et Christian Fazzino…

Oui, je venais de revenir dans l’Allier, après plusieurs années passées à Paris, où j’étais cuisinier. Avec un collègue, Emilien Falcon, j’ai battu Christian et Daniel dans le championnat doublettes et nous nous sommes qualifiés pour le France, où nous avons perdu en huitièmes de finale contre Khaled Lakhal. Ensuite, nous avons gagné Cournon avec Christian Fazzino et j’ai gagné Millau en doublettes avec Daniel Voisin. L’année suivante, je suis devenu champion de France doublettes avec Daniel.

Et une finale disputée face à Foyot et Passo, avec une histoire de chaussure...

(Rires) Oui, mais tu sais, Daniel avait vraiment une ampoule au pied. Quand nous étions menés 0-6, il est sorti pour la faire soigner. Alors Marco est sorti aussi, en disant qu’il avait lui aussi une ampoule... Ensuite, la partie a repris et elle a tourné à notre avantage. C’était un peu chaud, mais il y a eu d’autres moments chauds contre Marco. Maintenant, avec le recul, c'est une histoire plutôt marrante. En tous cas, c’était mon premier titre et çà reste un très bon souvenir.

Et quelques mois plus tard, tu fais ton entrée en équipe de France : tu ne vas pratiquement plus la quitter, et c’est la naissance d’une longue histoire avec Philippe Quintais. Il représente quoi pour toi?

Je n’avais joué qu’une fois avec Philippe : c’était l’année d’avant à Kerlouan. Christian (Fazzino) et Daniel (Voisin) m’avaient lancé et ont beaucoup compté pour moi, mais Philippe, c’est autre chose : on partage la même passion pour la pétanque, pour les bonnes bouffes, mais aussi pour beaucoup d’autres choses. Nous sommes assez différents, je suis beaucoup famille-maison, lui est plutôt voyages, mais on aime passer du bon temps ensemble. Je me sens un peu seul depuis son départ du DUC.

On a vu ensuite apparaître un nouveau tandem, celui que tu formes avec Henri Lacroix. Qu’est-ce que tu dirais sur lui?

Il y a beaucoup d’entente, on se connaît bien. J’étais un peu inquiet au début, quand Philippe a quitté l’équipe de France, car il gérait très bien Riton, et puis il n’y a eu aucun problème. Là aussi, il y a une entente qui existe dans les boules et en dehors, et qui existe aussi avec Le Boursicaud et Grandet : c’est très important pour gagner.

Quand on te voit jouer, on a la sensation que tu es imperméable à tous les aléas de la partie, que tu gardes ton calme quoiqu’il arrive. C’est une réalité, ou est-ce qu’il y a quand même quelques émotions sous l’armure?

En fait, je suis plutôt un émotif. Il y a beaucoup de choses en moi durant une partie, beaucoup de stress. On me pense assez calme, mais je suis quelqu'un de plutôt speed. Dans ma vie de tous les jours, j’ai beaucoup d’activités, je fais toujours beaucoup de choses à la fois. Mais je suis gagneur, et la pétanque est un jeu où il faut rester calme : c’est ce que j’essaie de faire.

Tu viens de réaliser deux saisons colossales, en gagnant la presque totalité des grands concours auxquels tu as participé. En cherchant bien, on trouve une défaite en demi-finale des Masters 2009 contre les Thaïlandais, une en huitième de la Marseillaise 2010 contre Dylan Rocher et une défaite en finale à Millau contre Rypen. Quand on gagne tout, comment on vit ces rares défaites ?

Bien. Quand j’étais plus jeune, je pensais que la pétanque allait m’apporter beaucoup plus, et je détestais perdre. Maintenant je trouve que peu importe, pourvu qu’on ait le plaisir de jouer.

Qu’est-ce que tu attendais de plus de la pétanque ?

Quand on a été neuf fois champion du monde, ou douze fois comme Philippe (Quintais), on ne devrait pas être encore obligé de travailler. Cela prouve que la pétanque manque encore de sponsoring et de médiatisation. Alors on fait avec, mais une chose est sûre : aussi bon qu’on soit, on ne peut pas vivre de ce sport.

Tu as souvent dit que tu n’étais pas bon le matin, alors qu’on t’a souvent vu faire de super-moyennes avant midi. De la même façon, tu déclares ne pas trop aimer le tête-à-tête, alors que tu as gagné celui de Millau et fait une finale du France. C’est une façon de cacher son jeu ou bien cela signifie qu’un Suchaud pas très bon, c’est aussi fort que les autres en pleine forme?

(Rires) Non, non. J’aimais le tête-à-tête quand j’étais jeune, moins ensuite. J’adore surtout la doublette : c’est pour cela que je suis agacé de ne pas aller à Rennes.

Quant au fait de jouer le matin, j’ai toujours eu du mal. Pourtant, j’ai l’habitude de me lever tôt : je fais sonner le réveil à trois heures tous les jours, du lundi au jeudi, pour aller travailler. J’ai un arrangement avec la société Bigard, qui m’emploie, et je fais mes trente-cinq heures comme çà.

Tu as remporté le Mondial la Marseillaise dès ta première tentative, avant de faire le doublé l’année suivante. Ce concours, qui a vu les défaillances des plus grands, n’a semblé avoir aucune prise sur toi. Pourtant, tu as mis plus de dix ans à venir le disputer : pourquoi?

J’en avais beaucoup entendu parler, jamais trop en bien. Mais surtout, j’avais dit à Philippe que je ne descendrais le faire que lorsque nous aurions un sponsor qui prendrait en charge les frais. Le Mondial dure cinq jours, et il n‘y quasiment rien à gagner en regard des dépenses qu‘il engendre.

Tu sais, j’ai une famille à nourrir et je ne vais pas aux boules pour perdre de l’argent. S’il n’y en a pas, je reste chez moi et je travaille. C’est comme çà.

Ceci dit, j’adore la Marseillaise. Je trouve que les conditions de jeu sont formidables, avec trois parties par jour. Je m’y sens bien, nous n’avons jamais eu de problèmes. Je me régale.

Le seul point noir, ce sont les prix. Avec le budget qu’ont les organisateurs, ils pourraient en faire profiter plus les joueurs. Ceci dit, c’est un très beau concours, et j’encourage chaque année beaucoup de gens à venir le faire.

 

 

Contrairement aux autres très grands champions, tu n’as pas de marque de vêtements, pas de site internet. C’est voulu, cette attitude discrète, çà correspond à ce que tu es vraiment?

Je n’ai jamais fait partie du monde des affaires, je n’ai pas de contacts avec lui. Tu sais, je suis un petit campagnard, dans le fond. J’aime les boules, mon travail, ma famille : c’est mon monde, même si j’aime bien voyager. Je suis quelqu’un de tranquille, de réservé.

Tu es pourtant à l’origine de quelque chose d’assez unique : un club de pétanque intitulé « Les amis de Philippe Suchaud ». C’est né comment?

C’est une histoire assez sympa. Je voulais acheter un portail, et un ami m’a présenté un fabricant, Jean Morlot. Il m’a fait un devis, et on a fait connaissance.

Quelques temps après, il a pris sa retraite, a fait des fêtes chez lui auxquelles il m’a invité, et on a sympathisé. Et puis il a eu l’idée de créer cette association qui devait au départ être un club de supporters : mais comme il n’était pas trop content de la société bouliste auquel il appartenait, il en a fait un club de pétanque.

En même temps, tu ne t’es pas montré trop gentil avec ses poulains, puisque tu les as battus l’an dernier en quart de finale du championnat de France?

(Rires) Oui, c’est vrai. Mais je crois qu’il ne m’en a pas voulu.

Tu n’es pas éducateur, mais tu es forcément un modèle pour beaucoup de jeunes joueurs. Quels conseils as-tu envie de leur donner?

J’ai le BF1, mais je n’enseigne pas, en effet. Ce que je conseillerais, c’est beaucoup d’entraînement : c’est ce que je faisais quand j’étais jeune, et c’est très important. L’autre conseil, c’est de rester calme : on est parfois provoqué lors d’une partie de boules. Il ne faut pas s’enflammer quand çà se produit, et ne pas répondre. Ensuite, tout est une affaire de don et de passion.

Mon fils Jonathan, par exemple, ne l’a pas : il a fait une demi-finale du championnat de France cadets, mais il préfère le football.

Quand tu repenses à toutes ces années, quels sont les moments les plus forts?

Il y en a beaucoup, mais j’ai été marqué par l’esprit de club qui règne au DUC. Pour moi qui adore jouer en équipe, la belle entente qu’on y trouve est quelque chose de formidable. Bien sûr, il y a le regret que Philippe soit parti : çà fait un vide, et les trajets sont longs quand on fait la route tout seul. Mais bon, la vie va continuer.

Entretien réalisé par Pierre Fieux "BOULEGAN"

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Les commentaires appartiennent à leurs auteurs. Nous ne sommes pas responsables de leur contenu.
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Auteur Conversation
BRETON
Posté le: 2/9/2011 19:17  Mis à jour: 2/9/2011 19:19
Boulistenaute aspirant !
Inscrit le: 6/9/2008
De: Rennes
Envois: 1227
 Re: L'entretien du mois : Philippe Suchaud, la force...
Un des meilleurs tireurs actuels
ludo74
Posté le: 18/7/2011 22:07  Mis à jour: 18/7/2011 22:07
Boulistenaute accro !
Inscrit le: 7/12/2008
De: Villefranche sur Saône
Envois: 4365
 Re: L'entretien du mois : Philippe Suchaud, la force...
Fucone7, je ne joue pas à la pétanque pour nourrir les familles de mes adversaires qu' ils soient des champions ou non. La pétanque n' est pas un sport professionnel visiblement, c' est un loisir qui ne permet pas de vivre de celui-ci. J' écris "visiblement" car on ne peut pas s' entrainer 4 à 10 heures par jour et travailler...enfin moi je ne peux pas...sans rancune
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- Mon Portrait - http://www.boulistenaute.com/actualite-portrait-637-besnier-ludovic-ludo74-13591

Je ne perds jamais. Soit je gagne soit j'apprends.
TIROFER7
Posté le: 16/6/2011 22:23  Mis à jour: 16/6/2011 22:23
Bébé boulistenaute
Inscrit le: 18/2/2007
De: Séte - 34 Hérault - Languedoc-Roussillon
Envois: 100
 Re: L'entretien du mois : Philippe Suchaud, la force...
ludo74
Tu as du sauter quelques lignes dans ses commentaires, car tu aurais pu lire, qu'il a une famille a nourrir!!!
Et comme c'est un champion, il doit se déplacer loin et souvent, alors! soyons réaliste, il n'y a rien à gagner dans les concours de quelques grandeur qu'ils soient.
Nous mêmes, nous râlons assez qu'en fin de concours, nous ne faisons presque pas les frais, quand nous jouons le jeux: je gagne! alors je paie à boire au perdant.
Alors! pensons qu'il est comme nous...il ne veux pas jouer à perte trop souvent....
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::::: Signature by me ^^ :::::

nico20
Posté le: 16/6/2011 18:41  Mis à jour: 16/6/2011 18:41
CLUB des Supporters Boulistenaute.com
Inscrit le: 19/6/2005
De: Auvergne
Envois: 39
 Re: L'entretien du mois : Philippe Suchaud, la force...
Très belle interview d'un très grand champion exemplaire à tous les niveaux !
Monsieur SUCHAUD, Merci pour l'excellente image que vous véhiculez sur tous les terrains de pétanque où vous vous déplacez.
Merci à Monsieur FIEUX pour cet entretien !
Nicolas
stef37360
Posté le: 13/6/2011 11:25  Mis à jour: 13/6/2011 11:25
Bébé boulistenaute
Inscrit le: 20/5/2011
De: ROUZIERS DE TOURAINE
Envois: 2
 Re: L'entretien du mois : Philippe Suchaud, la force...
philippe c'est la force tranquille un joueur qui fait honneur à ce sport,pas de bruit mais terriblement efficace dommage qu'il ne puisse vivre de son sport contrairement à d'autres sports surpayés.Continue à nous faire rever...
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