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L'entretien du mois : L'entretien du mois : Jean-Michel Izoird : J'ai appris a aimer les femmes

Posté par BOULEGAN le 6/10/2011 5:00:00 (21409 lectures) Articles du même auteur

L'entretien du mois

Jean-Michel Izoird : J'ai appris a aimer les femmes

 

A quarante-six ans (il fête aujourd'hui son anniversaire), le journaliste héraultais s'impose aujourd'hui à la télévision comme l'un des grands commentateurs de notre discipline. Au micro de Sport+ ou dans les colonnes d'un grand journal régional, il met son talent au service de ce jeu pour lequel il continue à se passionner. Pour Boulistenaute.com, il a bien voulu, quelques instants, passer de l'autre côté du micro.

 

On te connaît surtout comme commentateur télé des grands événements proposés par Quarterback, mais tu es aussi, et surtout, journaliste sportif de presse écrite. Est-ce qu'on écrit sur la pétanque comme on le fait sur d'autres sports, ou bien doit-on avoir une approche différente ?

Je travaille en effet pour le Midi Libre, où je suis responsable de la rubrique football au sein du service des sports. En fait, le rédactionnel sur la pétanque a évolué : au début, on était très peu à écrire là-dessus, on faisait essentiellement des compte-rendus. Maintenant, c'est plus varié, plus riche. Mais de toute façon...

 

 



...on doit avoir une approche différente des grands sports professionnels, parce que ça reste un sport amateur : on ne peut pas en traiter les acteurs comme on traite ceux du football, il faut avoir une approche plus humaniste.
 
La Marseillaise, Millau et le Riviera Pétanque Show sont trois des concours les plus prestigieux et fréquentés, et chacun d'entre eux est soutenu par un grand quotidien régional. C'est essentiel au succès populaire, ça, la dimension propagande d'un concours de pétanque ?

Oui, bien sûr. Les grands journaux nationaux ne parlent pas de pétanque, et la médiatisation des concours est toujours passée d'abord, du moins jusqu'à l'arrivée d'Internet, par la presse régionale. C'est donc bien qu'il y ait cette base. C'est indispensable.

Tu viens de l'évoquer : la presse quotidienne nationale, et notamment l'Equipe, a tendance à se désintéresser totalement de la pétanque de compétition. Tu en penses quoi ?

En tant qu’amateur et passionné de pétanque, je suis déçu, bien sur. En réalité, tous les rédacteurs et dirigeants qui se sont succédés à la tête de l'Equipe ont toujours considéré la pétanque non comme un véritable sport, mais plutôt comme un sport de tradition, au même titre que la pelote basque.

A une époque, j’étais monté au créneau lorsqu'ils ont commencé à parler un peu de sport-boules, mais je me suis aperçu que ce n'était pas par réel intérêt, mais plutôt par amitié pour un des rédacteurs, Patrick Lafayette. En fait, aucun d'entre eux n'a jamais pris la peine de se déplacer et d'aller vraiment découvrir ce qu'était la pétanque de compétition.

C'est quoi, le blocage ?

Je pense que c'est un problème de personnes. Si demain, il arrive à la rédaction quelqu'un qui connaît la pétanque, ça peut changer très vite. Bon, ça bloque aussi sur le fait que ce n'est pas trop professionnel, qu'il n'y a pas de vrai championnat par équipes, que c'est un peu difficile à comprendre, sur le fait aussi qu'il subsiste encore des images un peu anciennes à base de bobs et de Ricard. Est-ce que la fédé a fait tout ce qu'il fallait pour lutter contre ça ? Il y a peut-être un manque de communication de sa part, c'est possible.

En tout cas, l'argument officiel, c'est que la pétanque n'est pas un sport olympique. En fait, c'est plutôt l'excuse officielle.

Tu participes activement à la couverture télé de plusieurs événements. Ça a changé quoi, l'irruption de la télévision dans le milieu de la pétanque ?

Beaucoup de choses. Le plus important, je dirais que c'est peut-être que ça a fait en sorte que la pétanque ne régresse pas trop. On vit une énorme érosion des licenciés : s'il n'y avait pas la télé, je crois que ce serait encore pire.

Les retransmissions télévisées ont donné une image beaucoup plus sportive de ce jeu. Des tas de gens ont été convaincus de son intérêt, de son sérieux en le découvrant à la télévision. Ça a apporté énormément.

Quand on commente une partie, quelles sont les principales difficultés à résoudre, les écueils à éviter ?

C'est un jeu qui comporte, même depuis l'arrivée du chronomètre, pas mal de temps morts. Ce sport n'est pas en lui-même hyper-dynamique, et le principal problème du commentateur, c'est d'éviter que les gens ne décrochent. Pour ma part, j'ai donc pris le parti de parler un peu plus, de raconter quelques anecdotes, avec plus ou moins de réussite, je n'en sais rien, mais j'espère que cela amène quelque chose.

Les micros des joueurs jouent le même rôle, beaucoup de gens aiment entendre ce qu'ils se disent.

En tous cas, il ne faut jamais oublier que les héros de l'émission, ce sont les acteurs, pas nous. Comme aimait le dire Patrick Thillet, le commentaire, c'est au maximum 20% de l'émission, les images c'est 80%.

Tu commentes généralement les parties avec Laurent Vernay. Un mot sur ce tandem ?

Laurent, au début, c'était quelqu'un qui aimait la pétanque, mais qui n'y connaissait pas grand-chose, même si son père était un bon joueur du Puy-de-Dôme. Mais il était demandeur, voulait vraiment s'en imprégner, et comme c'est quelqu'un qui apprend très vite... Il amène sa fraîcheur, son côté candide, et c'est un vrai plus pour le commentaire. C'est quelqu'un d'éminemment sympathique, qui fait briller son consultant en posant fréquemment des questions dont il connaît parfaitement la réponse, et dont l'accent pointu fait un contraste, que je pense agréable, avec le mien.

C'est un super partenaire de télévision, comme l'était Thierry David avec qui j'ai fait mes premiers pas de commentateur : il m'a appris les bases et beaucoup apporté.

Tu es également un très bon joueur, six fois champion de France des journalistes. C'est un record, je suppose ?

Un record partagé, puisque il est également détenu par Jacky Loubières, qui est à présent à la retraite et écrivait dans le Journal de Saône-et-Loire, et Thierry Téqueant, de Paris-Turf. Lui, il n'a même pas de licence et joue rarement, mais il est très bon : je l'ai battu plusieurs fois en finale, mais au métier, pas au niveau de jeu.

C'est un palmarès dont on est fier, je suppose ?

Oui, mais tu sais, j'échangerais bien ces six titres contre un vrai maillot de champion de France. Je me débrouille pas mal, et j'ai eu la chance de jouer, par amitié, avec les plus grands, mais je me considère comme un joueur moyen.

En fait, ce que j'aime par-dessus tout, c'est le jeu provençal. Je me suis qualifié huit fois pour les championnats de France, et j'en suis très fier.

Justement, on a l'impression que ce jeu, qui est très beau, est un peu en difficulté. Il apparaît parfois comme le parent pauvre de la pétanque, et son avenir paraît incertain. Qu'est-ce que tu en penses ?

C'est vrai qu'il n'évolue pas, et pour deux raisons à mon avis. D'abord, il y a ses pratiquants qui refusent de se remettre en cause, notamment en ce qui concerne la durée des parties. Ils se sentent très bien dans leur petit monde, et certains envisagent même parfois de créer leur propre fédération, ce qui serait à coup sûr la mort du jeu provençal. Il y a des changements qu'il faut accepter, si l'on veut que ce sport se médiatise.

Ensuite, il me semble profondément incohérent que tous les comités ne soient pas représentés lors des championnats de France. Je serais pour ma part pour des sanctions, pour qu'on donne moins d'équipes aux championnats de France de pétanque aux comités qui n'en envoient pas aux championnats de France de jeu provençal. Il faut obliger tous les comités à venir : les équipes s'aguerriraient, et les France seraient plus ouverts.


Tu es un observateur privilégié des profonds changements que vit, et qu'a vécu ces dernières années, la pétanque. Quels sont ceux qui te plaisent, et ceux qui te plaisent un peu moins ?

Je vais parler à nouveau de la télévision, mais elle a été très importante. Elle a donné une meilleure image de ce sport.

Dans ce qui me plaît, il y aussi le fait que l'élite a bien évolué. Ce sont des garçons qui jouent le jeu, au niveau des tenues, du comportement. Il y a certes des problèmes de comportement à la pétanque, mais très peu au sein de l'élite. Évidemment, cette évolution a fait perdre l'ambiance à la Pagnol, mais tant pis, je pense que c'est mieux comme ça.

Dans ce qui ne me plaît pas, il y a avant tout l'immobilisme de la Fédération. J'ai d'excellents rapports avec le président Alain Cantarutti, qui me dit souvent que c'est difficile, que la machine est dure à faire bouger. Je le crois volontiers, mais ça ne change rien : il faudra bien trouver un moyen de faire avancer les choses, de mettre les comités en harmonie. Par exemple, on ne se qualifie pas de la même manière pour les championnats d'un département à l'autre : ce n'est pas sérieux.

Je ne veux pas être trop critique et je veux bien croire à la bonne volonté de tous, mais face à l'érosion des licenciés, qui est énorme, on ne peut pas être fataliste. Il faut rajeunir la fédé.

Tu côtoies depuis longtemps les joueurs de l'élite. Quels sont ceux qui t'ont le plus marqué ?

Il y en a trois qui allient talent, intelligence et savoir-vivre : Philippe Quintais, Michel Loy et Jean-Luc Robert. Je suis d'autant plus à l'aise pour dire cela de Michel que la première fois que nous nous sommes rencontrés, on s'est disputés et on ne s'est pas parlé pendant deux ans. Ensuite Jean-Michel Vidal nous a réconciliés, je l'ai mieux connu et j'ai découvert quelqu'un de génial.

Quant à Jean-Luc, il a beaucoup compté. J'ai eu la chance de jouer avec lui, et il m'a fait découvrir l'optimisme dans le jeu, et plus généralement une certaine philosophie de la pétanque.

Et puis, il y a bien sûr Henri Lacroix. J'avais commenté son premier titre de champion de France avec Thierry David et je lui avais dit « Regardez bien ce garçon : ce sera un jour le meilleur joueur du monde ! » C'est ce qu'il est devenu. Il a un talent extraordinaire.

Et naturellement, je ne peux pas occulter Marco Foyot. C'est quelqu'un pour qui j'ai beaucoup d'estime, même si je n'approuve pas tout ce qu'il fait dans le jeu ou en dehors. Par exemple, le jour où il avait joué à Millau avec un payeur, je ne lui avais pas caché ce que j'en pensais. Mais c'est un personnage exceptionnel : s'il y avait eu plusieurs Foyot, la pétanque aurait évolué plus vite. Je lui garde beaucoup d'amitié.


J'aimerais finir sur la pétanque féminine. Celle-ci est beaucoup moins médiatisée que celle des hommes, et on peut se demander pourquoi d'une part, et s'il en sera toujours ainsi d'autre part. En clair, est-ce que tu penses qu'on verra un jour de la pétanque féminine à la télévision ?

Pour être franc, quand j'ai commencé à couvrir la pétanque, je n'aimais pas la pétanque féminine. Je ne comprenais pas, je ne la trouvais pas féminine précisément, pas très classe. Un jour, j'avais couvert un championnat de l'Hérault, masculin et féminin, pour Midi Libre et dans un papier d'une page, j'avais juste fait dix lignes sur les femmes. Quelques temps après, Francis Gachon, qui était le président du comité, m'avait montré une lettre envoyée par une joueuse, où elle écrivait : « Le gars qui a fait l'article, soit il est homosexuel, soit il est misogyne ! ». Ça m'avait fait rire, car je ne suis ni l'un ni l'autre, mais ça m'a remis en question et je me suis intéressé un peu plus à cette catégorie.

J'ai constaté que de plus en plus de joueuses arrivaient à garder de la grâce et de la beauté en étant par ailleurs de vraies sportives, que le niveau avait beaucoup monté, et peu à peu, j'ai commencé à prendre beaucoup de plaisir à regarder des parties, et même des concours entiers.

Alors oui, je pense qu'on verra un jour de la pétanque féminine à la télévision, et peut-être plus tôt qu'on ne le pense. Et très honnêtement, je le souhaite ardemment. Pour moi, en commenter un jour, ce serait une façon de boucler la boucle. Comme quoi, il n'y a que les imbéciles qui ne changent jamais d'avis...

 

Entretien réalisé par Pierre Fieux "BOULEGAN"

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Les commentaires appartiennent à leurs auteurs. Nous ne sommes pas responsables de leur contenu.
(1) 2 3 »
Auteur Conversation
libremidi
Posté le: 11/10/2011 13:56  Mis à jour: 11/10/2011 13:56
Bébé boulistenaute
Inscrit le: 5/3/2007
De: 34 Hérault - Languedoc-Roussillon
Envois: 69
 Re: L'entretien du mois : Jean-Michel Izoird : J...
Merci à tous pour la gentillesse de vos réactions. J'ai été très touché de voir que je comptais (encore) autant d'amis. Je sais maintenant que je ne serai pas seul à mon enterrement... le plus tard possible évidemment.
Bon, ben, puisque l'info a été lâchée par la très belle plume de Boulegan, que j'ai remercié par ailleurs, j'y suis pour la tournée générale.
Merci encore
JMI
BRETON
Posté le: 7/10/2011 20:39  Mis à jour: 7/10/2011 20:54
Boulistenaute aspirant !
Inscrit le: 6/9/2008
De: Rennes
Envois: 1237
 Re: L'entretien du mois : Jean-Michel Izoird : J...
Dommage : pas un mot de pétanque étrangère (Malgaches, Maroc, Thaillandes, Canada ......)

C pour çà que la pétanque ne peut parraitre dans le journal l'Équipes où les articles des autres sports dépassent généralement les frontières et les seuls élites licenciers en France.
Anonyme
Posté le: 7/10/2011 16:30  Mis à jour: 7/10/2011 16:30
 Re: L'entretien du mois : Jean-Michel Izoird : J...
Salut:Bon anniversaire Jean-Michel et a bientôt sur les jeux.
Amitiée: jean-luc
BOULE35
Posté le: 7/10/2011 15:46  Mis à jour: 7/10/2011 15:46
Boulistenaute régulier !
Inscrit le: 15/2/2005
De: 35 Ille et Vilaine - Bretagne
Envois: 1819
 Re: L'entretien du mois : Jean-Michel Izoird : J
Bon anniversaire Jean-Michel.

Très bel article qui résume un "pationné" comme nous.
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PORTRAIT N°171 HEINRY Christelle "boule35"
http://www.boulistenaute.com/actualite-portrait-171-heinry-christelle-boule35-6529
nico20
Posté le: 7/10/2011 15:22  Mis à jour: 7/10/2011 15:22
CLUB des Supporters Boulistenaute.com
Inscrit le: 19/6/2005
De: Auvergne
Envois: 39
 Re: L'entretien du mois : Jean-Michel Izoird : J
Très bel article sur Jean-Michel IZOIRD qui connaît parfaitement la pétanque ce qui se traduit au travers de ses excellents commentaires lors des retransmissions de pétanque sur Sport + (très bonnes infos données lors des parties) ainsi que de ses contributions sur le Midi Libre. Nicolas
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