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L'entretien du mois : L'entretien du mois : Angélique Papon, échec à la reine

Posté par BOULEGAN le 2/11/2011 0:00:00 (23364 lectures) Articles du même auteur

Après quinze ans d'une extraordinaire carrière jalonnée de treize titres nationaux, la reine incontestée du circuit féminin court pourtant toujours après son premier titre mondial par équipe. Une frustration avouée, mais une simple épine pourtant dans le pied d'une immense championne qui semble disposée à régner encore longtemps sur ses semblables. Entretien avec une légende toujours en marche.



 

Angélique Papon, échec à la reine

Un coup d’œil tout d'abord sur votre saison 2011 qu'on peut considérer comme assez moyenne. Une nouvelle victoire à Millau et un certain nombre de nationaux gagnés, c'est vrai, mais on s'était habitués à vous voir au moins une fois vêtue de bleu-blanc-rouge, et vous n'avez conquis aucun titre cette année. C'est frustrant, ou bien vous vous dites que c'est comme ça, qu'on ne peut pas toujours gagner ?

C'est exactement ça. Je me dis que j'en ai gagné beaucoup, et puis faire une année sans titre ça peut être pas mal : ça permet de se remettre en question, et pour ma part, ce n'est pas du tout frustrant. Je me dis que je ne pourrai pas gagner tout le temps, ça pousse derrière moi, c'est normal. Et puis il y a la vie à côté de ça, la famille, pas mal de choses qui changent; on joue beaucoup moins, on s'entraîne moins, alors les résultats ne sont pas forcément là.

Vous avez tout gagné au cours d'une carrière qui a débuté il n'y a pas si longtemps : un titre mondial au tir de précision, treize titres nationaux, neuf titres européens, près de vingt victoires à Millau... Tout sauf le plus beau, le titre mondial par équipe, et c'est à nouveau lui qui vient de vous échapper à Kemer Antalya il y a quinze jours. Là, c'est une vraie déception, je suppose ?

Oui, c'est vrai. C'était sur ça que je comptais le plus...


...cette année, c'était mon objectif principal. On a échoué de très peu, comme souvent, mais on a échoué. Là, oui, c'est vrai, ça devient frustrant...

 

Le dernier titre mondial féminin date de 1994. Qu'est-ce qui manque, depuis, à la France, où plutôt qu'est-ce que les autres nations, notamment l'Espagne et la Thaïlande, ont de plus ?

Rien de spécial, rien de plus que nous en tout cas, je pense. Nous avons le même potentiel, nous avons ce qu'il faut pour gagner mais.... je ne sais pas, un petit point sur le i, un petit détail pour pouvoir conclure... Ce n'est pas trop l'Espagne, c'est surtout la Thaïlande qui nous bloque chaque fois, sur des scores... 11, 12, on est tout proches, et voilà...

 

On sait qu'à ce niveau-là, tout se joue sur un ou deux détails, mais la plupart du temps, ce sont elles qui gagnent et la France qui perd. C'est quoi, l'analyse d'après-match ?

Elle est simple : il faut prendre les gagnes lorsqu'elles sont là. Elles le font, on ne le fait pas. Vous savez, quand on va aux championnats du monde, on y va pour faire le meilleur résultat possible, et puis on bute toujours au même endroit, et contre les mêmes. Il y a certainement une dimension psychologique : on part souvent devant, on arrive à 11 ou à 12, et on n'arrive pas à conclure (soupirs). C'est comme ça...


On a vu quelques images de la Turquie sur le Net, avec peu d'ambiance, un public clairsemé. Est-ce que, quand on a l'habitude de Millau, des championnats de France, ça joue sur la motivation, ce genre de conditions de jeu ?

Oui, tout à fait. Quand on est arrivées, qu'on a vu le site, nous étions un peu surprises : ça n'était pas digne d'un championnat du monde. Faire une telle compétition en extérieur, au mois d'octobre, je pensais que ça n'existait pas, que le cahier des charges imposait de jouer à l'intérieur. On a eu de la pluie, il n'y avait pas de tribunes, j'ai trouvé l'organisation très limite, les conditions de jeu vraiment pas top. Le tir se déroulait à 20h, le lendemain c'était 22h : en extérieur, c'était vraiment moyen. Bon, il faut savoir s'adapter aux situations et je ne rechigne pas spécialement pour moi, toutes les filles étaient soumises à ces conditions, mais il me semble qu'il y avait des choses à améliorer.

 

 


 


Votre carrière a commencé il y une quinzaine d'années et vous êtes déjà la tête du plus grand des palmarès. Au sein de celui-ci, et même si un certain nombre de vos victoires ont été acquises en tête-à-tête ou en mixte, votre nom demeure indissociable de celui de Florence Schopp. Qu'est-ce qui fait que ce tandem fonctionne si bien, quel est le secret de cette extraordinaire suprématie ?

L'amitié. J'en ai besoin pour bien jouer, et elle aussi. On est amies dans la vie, notre relation va au-de là de la pétanque, on se connaît par cœur, nos hauts, nos bas, nos coups de gueule, tout cela crée beaucoup de complicité. On a joué presque quinze ans au sommet, et même si on a une petite baisse, on ne va quand même pas se plaindre : je pense qu'il y en d'autres qui voudraient bien faire le même parcours, et peut-être qu'on ne s'arrêtera pas là... Je l'espère en tout cas.

 


Vous êtes, avec Danielle Gros et Aline Dole, l'une des plus grandes joueuses de l'histoire de la pétanque, l'une des trois seules qu'on ait senti capables de se mesurer aux tireurs masculins. Vous connaissez très bien ces deux joueuses : quel regard porte la championne d'aujourd'hui sur ces deux championnes d'hier ?

Et bien pour moi, c'étaient des modèles, tout simplement. Danielle avait déjà tout gagné, et j'ai eu la chance de jouer avec Aline au moment où elle était encore présente sur le circuit : c'était une dame de la pétanque, qui s'est arrêtée beaucoup trop tôt à mon goût et avait encore le potentiel d'aller encore plus loin, mais bon, c'était son choix. Danielle, elle, est toujours là et joue toujours bien. Mais moi, vous savez, je ne me mesure pas trop à elles : ce sont de très grandes dames de ce jeu, nous avons eu chacune notre période, et pas au mêmes moments.

 


Comme chez les hommes, une nouvelle génération arrive, avec des joueuses talentueuses et ambitieuses qui commencent à bousculer les hiérarchies. Est-ce que la domination d'Angélique Papon tire à sa fin ?

Je vous le disais tout à l'heure, on n'a pas les mêmes priorités à vingt ou à trente-cinq ans, c'est sûr, mais ce n'est pas parce qu'on a une baisse, ou qu'on gagne un peu moins, qu'il faut en tirer ce genre de conclusion.


Je vais reformuler la question : est-ce que vous trouvez les jeunes joueuses d'aujourd'hui plus à même de prendre le pouvoir que celle de la génération précédente, sur lesquelles vous avez exercé une domination totale ?

Honnêtement... (elle hésite)... Il y en a peut-être une ou deux en espoirs, mais je ne vois pas quelqu'un qui soit prêt à avoir la carrière que j'ai eue. Après on verra d'ici deux ans, parce que c'est vrai que ça commence à bien percer, à bien monter, et c'est bien parce qu'il va bien falloir qu'il y en ait pour reprendre le flambeau, mais dans l'immédiat, franchement, je ne pense pas qu'on en soit là.

 


Vous vous êtes souvent mesurée à des tireurs masculins : on se rappelle notamment du titre national en doublettes mixtes conquis avec Zvonko Radnic, ou du concours de tir de précision organisé cet été à Millau. Quand on est la seule femme et qu'on s'aligne face à Dylan, Suchaud, Le Boursicaud, Sevilla, Malbec, qu'est-ce qu'on se dit ? On se sent dans la peau de l'outsider ou bien on pense « Si je tire bien, je peux battre tous ces gars-là » ?

En fait, je ne raisonne pas en fonction de la concurrence, mais plutôt en fonction du score. Que ce soit contre Dylan ou contre un autre, je me dis que je vais tenter de faire le meilleur score possible, et que le résultat viendra ou ne viendra pas. L'essentiel est de donner le meilleur de soi-même, ensuite on voit ce qui se passe.


Mais vous aviez conscience que vous étiez dans une position particulière, ce soir-là, en étant la seule femme à participer à ce Trophée ?

Tout à fait, et c'était déjà une preuve de confiance de la part des organisateurs, en tout cas, je l'ai pris comme çà. J'étais avec les meilleurs tireurs du circuit, et je remercie Millau pétanque promotion de m'avoir fait ce plaisir-là. Je l'ai vécu comme un honneur.

 


Vous connaissez bien la pétanque masculine et la pétanque féminine, on vient de le dire. En quoi la seconde est-elle différente de la première, pas simplement en niveau mais aussi dans ses différents aspects ?

La principale chose qui différencie la pétanque masculine de la nôtre, c'est l'offensive. On n'a pas du tout le même jeu : le jeu masculin est basé sur l'attaque, alors que chez les filles, quand on en manque une, la plupart du temps on essaye de défendre. Je pense d'ailleurs que ce qui m'a aidé, personnellement, c'est le fait que j'avais une forme de jeu plus masculine, plus basée sur l'attaque. D'ailleurs, beaucoup de filles commencent à y venir, à être plus offensives, mais la différence de jeu par rapport aux garçons est encore énorme.

Les mènes de jeu, du coup, ne sont pas du tout les mêmes. On abandonne la marque là où les garçons enlèvent des points, ça devient très différent.


Peu à peu, la pétanque féminine commence à conquérir un public, à attirer les jeunes, à occuper une place plus importante. Comment voyez-vous son avenir ?

Je pense que si on veut que la pétanque féminine évolue, il va falloir que ça se passe comme chez les garçons, qu'on la médiatise un petit peu plus. Aucun championnat de France féminin n'est télévisé, on ne voit pratiquement jamais de filles jouer sur le petit écran. Du coup, beaucoup de gens qui connaissent peu la pétanque sont surpris lorsqu'ils découvrent la pétanque féminine.


Vous voulez dire agréablement surpris, je suppose ?

Oui, exactement, surpris par le fait de voir que des filles peuvent fournir du gros jeu, de grosses parties. Je pense que beaucoup de gens seraient contents de voir cette pétanque être plus médiatisée.

 

Vous disiez tout à l'heure que Danielle Gros ou Aline Dole avaient été des modèles pour vous. De la même façon, vous en êtes évidemment un pour les jeunes joueuses qui arrivent aujourd'hui sur le circuit. Quelles sont les valeurs, l'image de vous et peut-être le conseil que vous voudriez leur transmettre ?

Ce que je voudrais dire aux filles qui je l'espère, vont prendre la suite assez rapidement, c'est qu'elles restent elles-mêmes, qu'elles ne tiennent pas compte de ce qu'on entend ici où là lorsqu'on commence à être connue, parce que c'est vrai qu'on en entend des vertes et des pas mûres. C'est le plus important, je trouve : quoiqu'il arrive, malgré les bons ou les mauvais résultats, quelle que soit le forme de la carrière qu'on peut faire, il faut donner le meilleur de soi-même et ne pas changer.

 

Entretien réalisé par Pierre Fieux "BOULEGAN"

 

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Les commentaires appartiennent à leurs auteurs. Nous ne sommes pas responsables de leur contenu.
(1) 2 3 »
Auteur Conversation
steleco
Posté le: 26/11/2011 10:19  Mis à jour: 26/11/2011 10:19
Boulistenaute aspirant !
Inscrit le: 26/1/2011
De:
Envois: 1352
 Re: L'entretien du mois : Angélique Papon, échec à l...
palmares fabuleux pour une championne qui a un physique de sportive ! (qui n'est pas souvent le cas que ce soit en feminin ou en masculin ) . felicitations et bonne continuation pour tes resultats et vivement le sacre mondial en equipe !
Anonyme
Posté le: 22/11/2011 23:19  Mis à jour: 22/11/2011 23:19
 Re: L'entretien du mois : Angélique Papon, échec à l...
Tu es de loin la plus grande joueuse du circuit féminin qui a su allier avec brio le talent, la performance et la longévité. Un palmarès époustouflant qui a permis de mettre en avant la pétanque au féminin. Même si ce titre mondial n'est pas encore acquis, je suis sûre qu'il le sera très prochainement car cette équipe de France est formée de joueuses talentueuses et complémentaires.
Et peu importe les commentaires par ceux qui se permettent de juger très vite ou d'avoir un esprit critique, tu es une joueuse charismatique qu'on a plaisir à regarder jouer. Une très grande championne dont l'équipe de France ne pourrait se passer.
PatGoch
Posté le: 9/11/2011 12:43  Mis à jour: 9/11/2011 12:43
Boulistenaute accro !
Inscrit le: 12/6/2005
De: 35
Envois: 4147
 Re: L'entretien du mois : Angélique Papon, échec à l...
Voici une immense championne qui grave à jamais la pétanque au féminin avec danielle gros et aline dôle et dont les titres vont encore consteller son chemin, et je lui souhaite celui qu'elle n'a pas encore obtenu......Il est là dans l'avenir , sans y penser il va tomber dans la hotte..
bonne continuation et BRAVO pour tout ce chemin déjà parcouru en si peu d'années !
boulophone
Posté le: 4/11/2011 7:39  Mis à jour: 4/11/2011 7:39
CLUB des Supporters Boulistenaute.com
Inscrit le: 13/8/2011
De: TOULOUSE
Envois: 545
 Re: L'entretien du mois : Angélique Papon, échec à l...
J'ai le privilège d'avoir photographié Angélique et Florence revêtues pour la première fois d'un maillot tricolore. C'était après la finale du championnat de France doublettes à Carcassonne, le 15 juin 1997. J'y étais venu surtout pour encourager mes amies Jenny RATHBERGER et Anne FABRE. Malheureusement,les toulousaines, s'étaient inclinées en finale face à ces deux talentueuses joueuses totalement inconnues du public.
Je me souviens aussi que les Auvergnates m'avaient demandé de leur envoyer le double des photos. Je suppose qu'elles les ont conservées bien précieusement.

Alors, Angélique, si tu veux endosser le maillot arc-en-ciel, la prochaine fois que tu participes à un championnat du monde, emmène mon vieil appareil photo.Tu verras,il te portera chance.
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Dans la vie, soit tu fais bien, soit tu fais rien.
Soit malin mais aussi plus malin que les malins.
ozolles
Posté le: 3/11/2011 21:44  Mis à jour: 3/11/2011 21:44
Boulistenaute accro !
Inscrit le: 24/7/2004
De: 71 saône et loire bourgogne mâcon
Envois: 762
 Re: L'entretien du mois : Angélique Papon, échec à l...
Tout à fait d'accord avec Mamasse et Lili 85.
C'est une très grande joueuse, qui pourrait très bien avoir de très bons résultats chez les hommes, et en plus elle est belle
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