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Dirigeants : Cantarelli-Le Bot, mots croisés

Posté par BOULEGAN le 28/2/2021 13:20:00 (6211 lectures) Articles du même auteur

Dans quelques semaines, la FFPJP va élire son prochain président. Boulistenaute est allé à la rencontre des deux candidats déclarés...



Cantarelli-Le Bot, mots croisés


Joseph CANTARELLI - Michel LE BOT 


Dans un mois, le Congrès national de la FFPJP élira les vingt-et-un membres de son Comité directeur. Ceux-ci procéderont alors à l'élection, pour un mandat de quatre ans, du nouveau président. On connaît déjà les deux candidats en lice : Joseph Cantarelli, à la tête de la Fédération depuis 2019 et Michel Le Bot, son vice-président délégué. Entre le vieux chef lorrain, pionnier des compétitions par club et grand connaisseur des dossiers fédéraux et son challenger toulousain, président du plus grand comité départemental et dirigeant enthousiaste et porteur d'idées nouvelles, la lutte devrait être serrée. Ils ont tous deux accepté, pour Boulistenaute, de se prêter au jeu de l'interview croisée et d'apporter des réponses aux divers sujets qui ont animé les forums ces derniers mois.



Depuis un an, la Fédération a dû affronter, avec la pandémie de COVID-19, une crise sans précédent. Elle dure encore, et ce début d'année est marqué par l'attentisme d'une partie des joueurs et joueuses, avec un niveau de prises de licences extrêmement bas. Quel message adressez-vous à tous ceux qui n'ont pas encore payé celle-ci ?

Joseph Cantarelli : Je peux comprendre ceux qui lient leur prise de licence à la reprise d'activité. C'est un réflexe normal de se dire : « Si je ne peux pas jouer, pourquoi me licencier ? ».

Mais je voudrais juste rappeler que la prise de licence est aussi un geste solidaire vis-à-vis de la fédération, qui ne se résume pas au comité directeur : la Fédération, c'est l'ensemble des clubs et des licenciés. Si nous restons au taux de reprise de licences actuel, c'est toute cette communauté qui va se trouver en danger, non pas cette année, mais l'année prochaine, puisque chez nous, le produit des licences représente 75% du budget. Si j'avais un conseil à donner à ceux qui admettent ce raisonnement, ce serait de prendre leur licence maintenant, de façon à être prêts à jouer lorsque les compétitions reprendront, et éviter que ça bouchonne dans les clubs et même chez notre fournisseur de licences.

Michel Le Bot : Le message que je voudrais faire passer est le suivant : « N'ayez pas peur, la Fédération fera tout ce qui est en son pouvoir pour maintenir les championnats de France et les phases qualificatives, la coupe de France ainsi que les championnats de Clubs et le maximum de compétitions inscrites aux différents calendriers. Nous ne resterons pas les bras croisés et étudions tous les scénarii permettant une saison sportive 2021. »

Je trouve injuste certains commentaires laissant penser que la Fédération n’est pas active, cette crise bouleverse toute la société, le monde du sport comme le reste. Les restrictions touchent tout le monde. 

 

 


Il y a un autre problème, c'est le défaut d'affiliation de nombreux clubs, qui n'ont pas encore payé celle-ci à leur comité. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

Michel Le Bot : Il y a un certain nombre de clubs qui bénéficient d'infrastructures communales qui sont actuellement fermées. Du coup, ne pouvant pas accéder à leurs locaux, ils ne peuvent pas accueillir leurs licenciés et proposer des licences. Lorsqu'un club demande son affiliation, celle-ci ne devient effective qu'au moment où il valide la première de ses licences, cette situation incertaine les pousse à attendre.

« Le jour où les compétitions vont démarrer, si vous n'êtes pas encore affiliés, cela va créer un retard pour délivrer les licences à vos joueurs. »

Donc aujourd'hui, vous avez tout intérêt à demander votre affiliation et à prendre votre licence pour montrer l'exemple et enclencher un mouvement.

Joseph Cantarelli : C'est un phénomène moins important, puisque le taux d'affiliation des clubs est aujourd'hui à 75%, mais il existe. Il s'explique surtout par le fait que certains clubs ont des difficultés à tenir leurs assemblées générales, ce qui retarde les affiliations et les prises de licence. Nous allons perdre des clubs, notamment ceux qui connaissaient déjà des difficultés, mais c'est toujours le cas : chaque année, nous perdons entre soixante et quatre-vingt clubs.



Si cette tendance se maintient, j'imagine que le budget de la FFPJP s'en trouvera affecté. Dans quoi faudra-t-il tailler pour le rétablir ?

Joseph Cantarelli : Nous avons mis au point un plan d'économies, notamment en enlevant du calendrier plusieurs manifestations comme le CNC et le Trophée des Pépites 2020, qui avaient été reportés sur 2021. Nous ne ferons pas cette année le Choc des champions, nous allons limiter les déplacements des joueurs et joueuses de haut niveau, et remplacer des réunions de Comité directeur et de Commissions par des vidéoconférences.

Michel Le Bot : Pour le budget 2021, nous avons prévu d’affecter des fonds dédiés en prévision de la perte de licences. Ces fonds dédiés proviennent des réserves issues de la saison 2020, mais nous prévoyons également d’abonder un fonds de soutien destiné aux clubs et Comités en difficulté ainsi qu’un plan de relance pour soutenir l’activité sportive. Mais nous savons également que 2021 ne sera pas la saison la plus difficile et que les vraies difficultés, en cas de pertes importantes de licenciés, interviendront en 2022. Mais ça se joue aujourd'hui, l’avenir de notre discipline sportive est l'affaire de tout le monde.

 

 

 

La pomme de discorde de ce début d'année, c'est le maintien de l'augmentation de deux euros de la part fédérale sur la licence, au point que la majorité des comités ont décidé de la prélever de leurs propres finances. Cette augmentation est destinée à financer le futur Centre national, dont l'emplacement n'est pas encore fixé. Quelle est votre position sur l'avenir de ce centre ?

Michel Le Bot : Une précision tout d’abord importante : de nombreux comités départementaux et de nombreux clubs ont joué le jeu et ont absorbé cette augmentation en la prenant à leur charge, c’est un mouvement de solidarité qu’il faut saluer. Donc au final, cette augmentation de 2€ ne concernera que très peu de monde.

A propos de ce centre, il y a de nouvelles candidatures, et plusieurs pistes sont explorées en particulier celles permettant de lever le maximum de subventions auprès des collectivités territoriales et de l’état. Mais ce Centre administratif et sportif, pour moi et l’ensemble du Comité Directeur, est un impératif car les locaux de Marseille ne sont adaptés ni à nos besoins, ni à nos obligations ou à notre projet de développement. Nos salariés doivent pouvoir travailler dans des conditions correctes, nous devons pouvoir mieux accueillir les représentants des Comités, nos partenaires, nos licenciés.

L'augmentation de deux euros doit nous permettre de constituer dans un premier temps un fonds de réserve, de façon à pouvoir obtenir des banques un prêt au meilleur taux, et dans un deuxième temps de payer les annuités d’emprunt. Ces 2 euros seront affectés à un fond dédié et ne rentrent pas dans le budget de fonctionnement de la Fédération.

Cela peut paraître un projet éloigné du quotidien de nos licenciés, mais c’est pourtant une nécessité. Se doter d’équipements sportifs et se moderniser, c’est accroître notre autonomie et notre développement.

Joseph Cantarelli : A propos des deux euros, il fait rappeler que cette augmentation résulte d'un vote qui avait été fait en Assemblée générale il y a deux ans, et au moment où s'est posée la question de la réduire ou de l'annuler, certains comités l'avaient déjà appliquée, ce qui rendait difficile le fait de faire machine arrière. Personnellement, je me refuse à croire que ces deux euros sont un élément qui empêche une prise de licence. Je connais nos joueurs, ils sont capables de payer une tournée qui coûte bien plus cher, et je ne vois pas pourquoi ces deux euros les bloqueraient dans leurs achats de licence.

Le Centre national qui était le projet de mon prédécesseur et que j'ai repris, va être une maison pour tous dont le but va être de maintenir nos hautes performances et notre premier rang mondial. Il doit être fait, ne serait-ce surtout que pour respecter la parole donnée à son initiateur notre regretté Michel Desbois.

Mais nous pouvons prendre du temps : si la situation reste difficile, il deviendra nécessaire de reculer sa mise en œuvre. C'est une évidence.

De toute façon, il fait l'objet d'un budget séparé, et les deux euros devraient permettre, dans un premier temps de constituer des fonds qui nous permettront d'obtenir un prêt. On peut se donner du temps, et présenter le projet qui nous paraîtra le meilleur à une future Assemblée générale.



Il y a de plus en plus de villes candidates pour accueillir ce futur Centre. Sur quels critères le choix final sera-t-il fait ?

Joseph Cantarelli : C'est un bon signe, parce que cela montre que c'est important pour ces villes d’accueillir une telle structure. En ce qui nous concerne, nous avons établi une liste de critères avec des coefficients : évidemment, nous choisirons en priorité le lieu qui sera le plus aidé par ses différentes collectivités, en visant un taux de subvention d'au moins 60% du budget global. C'est ce qu'ont fait récemment le rugby à XIII ou le hand-ball, avec des ratios comparables. Il faut que le reste à payer soit de l'ordre de 6 à 7 millions.

Il faut que ce Centre comporte tout ce qui est nécessaire à sa vocation de préparation à la haute performance. Toutefois, nous sommes en train d'envisager certaines réductions. La crise nous a appris que certaines réunions de commission pouvaient se tenir en vidéoconférence, ce qui nous amène a penser qu'on peut peut-être réduire le nombre de salles qui étaient initialement prévues.

Michel Le Bot :

Il faut que le Centre soit adapté à ce que nous sommes, c'est-à-dire une fédération de 300000 licenciés (et peut-être moins) et à notre surface financière. Il faut savoir raison garder mais le sujet important c’est : quel reste à charge pour la Fédération ? Il dépendra du coût global du projet et du montant des subventions obtenues. Les autres critères sont : l'accessibilité, les structures d'accueil environnantes mais également l'aspect social, car bien évidemment l’implantation aura une incidence sur nos salariés, et nous devons en tenir compte. Mais je le répète, pour moi, le plus important, c’est le reste à charge pour la Fédération (remboursement d’emprunt et apport personnel), c’est une exigence que nous devons à nos licenciés et nos Comités. Nous sommes comptables de l’utilisation des fonds qui nous sont confiés et nous le faisons avec raison et sérieux. Il est important de préciser que le projet devra recevoir l’aval du congrès national pour voir le jour. Ce n’est pas décider par quelques personnes seules, la F.F.P.J.P. rend des comptes à ses organes déconcentrés.



La FFPJP engage depuis quelques années des fonds importants pour financer la professionnalisation, c'est-à-dire l'installation dans les régions de cadres techniques, une mesure dont la base peine parfois à percevoir la nécessité. Quel est l'objectif à terme qui est recherché, et quel bénéfice en retirera, selon vous, la pétanque?

Michel Le Bot : Les Conseillers Techniques Fédéraux Régionaux sont des techniciens qui viennent épauler et conseiller les bénévoles des comités départementaux et régionaux pour décliner le projet fédéral. Ceci demande des moyens financiers et on les obtient en montant des dossiers de subvention auprès des différentes collectivités et de l'Agence nationale du Sport. Aujourd'hui, ces dossiers sont si complexes que peu de clubs, comités départementaux ou régionaux sont en capacité de les monter seuls. Du coup, pouvoir s'appuyer sur des personnels qui ont l'habitude de traiter ce type de dossier permettra de développer des écoles de pétanque, réaliser des projets sportifs dans les clubs et les Comités. C’est l’une des missions des CTFR que d’aider à capter des financements pour favoriser le développement de projets.

Par ailleurs, pour que nos disciplines séduisent les jeunes, il faut être présent dans le monde scolaire et périscolaire, c’est indispensable. Et les C.T.F.R. ont aussi la mission d’accompagner les comités dans la signature de convention avec l’U.N.S.S., l’U.S.E.P. et tout autre acteur du milieu scolaire. 

A ce jour, nous finançons les emplois créés à hauteur du tiers, voire plus, de leur coût, d'où les provisions que nous constituons à cet effet depuis plusieurs années afin qu’à terme chaque région puisse en bénéficier. Les deux autres tiers étant assurés par des subventions (Etat/Région) et un financement des Comités Régionaux qui sont, pour information, les employeurs de ces personnes. Au passage, contribuer à la création et au maintien de l’emploi par les temps qui courent est à mes yeux un engagement sociétal fort.

Joseph Cantarelli : Comme le Centre, cette mesure a un budget propre, voté par le Congrès, et nous allons arriver cette année au nombre de cadres prévus pour les différentes régions. Le but de cette action est de disposer de cadres professionnels et de les mettre à la disposition des Régions, des Comités départementaux et des clubs pour le développement de la pratique, essentiellement chez les jeunes. Ainsi, nous allons accompagner le développement de Centres régionaux. C'est essentiellement les clubs, dont les dirigeants se sentent parfois un peu seuls, qui vont en bénéficier : ils seront accompagnés dans leurs différentes démarches de développement, la création d'écoles de pétanque ou de sections jeunes notamment.

 


Justement, on voit, année après année, la moyenne d'âge des licenciés augmenter. Il est donc prioritaire d'amener plus de jeunes à notre discipline. On connaît les actions engagées depuis plusieurs années par la fédération, mais je voudrais votre avis sur certains points précis qui peinent à voir le jour.

Je voudrais commencer par l'année sportive, qui dans les plupart des disciplines se déroule du premier septembre au 31 août. Beaucoup de dirigeants d'écoles de pétanque, ou de présidents de clubs qui participent, début septembre, au forum des associations de leur ville ou de leur village se plaignent du fait que chez nous, elle aille du 1er janvier au 31 décembre. Quelle est votre position là-dessus ?

Joseph Cantarelli : Je voudrais d'abord dire que je ne considère pas le fait d'avoir une moyenne d'âge relativement élevée comme quelque chose de négatif. Pour les plus âgés, c'est très bien, moralement et physiquement, de pouvoir pratiquer une activité sportive bénéfique à leur maintien en bonne santé et nous y contribuons.

Sur l'année sportive, il faut se rappeler que ce débat avait déjà eu lieu au temps où Claude Azéma était président de la FFPJP : le Congrès avait alors refusé de changer les dates. D'une part parce que ça ne changeait rien du point de vue des championnats et leurs qualificatifs, et d'autre part parce que ça plaçait le cœur de la saison sportive en plein hiver.

A l'époque je n’étais pas favorable au basculement de la saison sportive, mais je suis favorable à ce qu'on examine la question. Si cela peut faciliter la venue de jeunes parmi nous, ce serait une bonne chose.

Je vais profiter de ce sujet sur les jeunes pour annoncer la création d'un circuit national jeunes avec comme partenaire Décathlon. On pourra retrouver ce projet dans ma profession de foi, qui sort prochainement.

Michel Le Bot : Aujourd'hui, un jeune qui veut prendre sa première licence de pétanque peut très bien la prendre le premier octobre et en bénéficier jusqu'au 31 décembre de l'année suivante. On peut même proposer, lors des journées portes ouvertes organisées en septembre par le mouvement sportif et les collectivités, le pass contact jeune (au prix de 2 euros) qui permet la sensibilisation à la pratique de la pétanque puis la prise de licence.

Mais démarrer la saison en septembre demande réflexion, et d'en mesurer l'impact. Pour la plupart des autres sports, l'été est une période creuse, que l'on peut mettre à profit pour préparer la rentrée. Pour nous, c'est très différent, c'est la plus grosse période de compétition.

 


On voit beaucoup d'initiatives prises par la fédération depuis quelques années pour introduire la pétanque en milieu scolaire ou, d'une manière plus générale, amener les jeunes à jouer à la pétanque. Mais on a parfois l'impression que cela est fait de manière verticale, et que les clubs ne s'investissent qu'assez peu dans cet effort vers les jeunes. Est-ce que je me trompe, et est-ce que, avec trois jeunes par club en moyenne dans tout le pays, un effort ne pourrait-il pas être fait en partant du bas de la pyramide ?

Michel Le Bot : Oui, bien sûr. Mais il faut quand même observer que nous ne sommes pas les seuls à être confrontés à ce problème. Aujourd'hui, les jeunes sont confrontés à une multitude d'offres sportives et autres. Ce qui fait la différence, c'est la qualité de l'accueil qu'on leur réserve, les structures et l’encadrement qu’un club met à leur disposition.

Nous avons tous connu l’époque où le siège social du club était dans un bar et où l'on jouait sur la place du village. En 2004, on est passé d'une structure de forme loisir à une structuration sportive. Mais on a oublié une chose, que ceux qui allaient devoir mettre en musique ce changement, c’était : les clubs et les bénévoles. Seuls face à cette évolution, certains l'ont fait tout en sachant que monter une école de pétanque, s'occuper des gamins, trouver des bénévoles pour les encadrer, ce n’est pas une sinécure et demande des moyens.

Et là, on revient au développement de plans régionaux et départementaux du sport dont on parlait tout à l'heure. On pourra aider les clubs qui en ont le désir à se structurer et à obtenir les moyens pour le faire. On pourra aussi disposer de sites qui permettront aux parents d'identifier les clubs près de chez eux pouvant accueillir leurs enfants, et voir ce qu'ils proposent.

J'ai bien conscience que pour certains, il s'agit d'une révolution culturelle, mais je pense qu'elle est nécessaire. L'accueil des jeunes, mais aussi des adultes qui veulent se mettre à la pétanque et au jeu provençal doit être développé à la hauteur de ce que font les autres sports. Ça n'a rien d'insurmontable : chez moi en Haute-Garonne et dans bien des départements, beaucoup de clubs ont pris cette problématique jeune, d’accueil, d’accompagnement et d’encadrement à bras le corps.

Je voudrais ajouter quelque chose à propos des clubs : je trouverais normal que les clubs soient cités lors des championnats de France. Si nous plaçons le club au centre de nos priorités, il faut selon moi leur donner une place plus large : ce serait une marque de respect pour les efforts fait par les bénévoles et peut-être également une source de revenus financiers grâce aux sponsors. Ceci demanderait bien entendu d’être encadré.

Joseph Cantarelli : Les actions que nous menons avec le monde scolaire, nous allons encore les intensifier. C'est ma priorité, et c'est la priorité de Jean-Michel Blanquer et Roxana Maracineanu pour le sport en général. Là, on rejoint le sujet des cadres techniques dont nous parlions tout à l'heure : ils vont beaucoup aider dans ce domaine les comités, mais assister aussi beaucoup les clubs.

Alors, ça c'est de l'organisation technique, mais ce qui compte aussi beaucoup, c'est l'accueil fait au quotidien, dans les clubs, au niveaux arrivants, jeunes ou moins jeunes. Pour certains, c'est une contrainte, on veut juste faire ses parties et passer le temps et rester consommateur de la discipline. On connaît ces phénomènes de rejet ou d'indifférence, mais je voudrais dire que changer ça, c'est l'affaire de tout le monde. Des dirigeants de clubs certes, mais aussi des joueurs locaux de renom qui peuvent aider leur club tout simplement en accueillant les nouveaux jeunes et en les faisant jouer avec eux. Sinon, le gamin vient une fois ou deux, et puis il retourne à sa tablette, son PC ou à son Iphone. On ne peut pas faire tout, en effet, de manière verticale. Tout commence, et tout finit, dans un club.

 


Deux associations ont été créées en 2020 par des collectifs d'organisateurs de nationaux, inquiets de l'avenir de leurs événements, afin d'établir un dialogue avec la Fédération. Si vous êtes chargé du prochain mandat, comment envisagez-vous de mener ce dialogue et quels aménagements, selon vous, peuvent être amenés au cahier des charges des nationaux et internationaux ?

Joseph Cantarelli : Je pense que nous devons rassembler toutes les forces vives, et ils en font bien sûr partie. On leur a même proposé d'adjoindre à la Commission des nationaux de la Fédération un ou deux de leurs membres. Je pense qu'il faut faire avec les gens, et pas contre les gens.

Une refonte des nationaux est absolument nécessaire, notamment dans le sud de la France et jusqu'à la Corse où le calendrier devient ingérable. Les dates se télescopent à présent sur des lieux parfois très proches, d'autant que la grande majorité de ces concours sont au sud de la Loire. Il faut qu'on redéfinisse ce qu'est un National ou un International.

Le tennis, par exemple, vend ses dates de compétition. Je ne suis pas en train de dire qu'on va faire ça, mais il faudra bien, à un moment, trouver un moyen de stabiliser ou d'optimiser le nombre de Nationaux. Il n'y a que cinquante-deux week-ends au calendrier !

La révision des indemnités et des frais de participations fera aussi, évidemment, partie de cette réforme.

Michel Le Bot : Ces collectifs ont été créés parce que les organisateurs avaient le sentiment que la Fédération ne les entendait ou ne les écoutait pas. La première étape est donc de tous se mettre autour d’une table et d'étudier les problématiques que l'on rencontre pour trouver des solutions.

Aujourd’hui, on a une multitude de compétitions, à plusieurs niveaux. La question qui se pose, c'est : comment articuler les nationaux, les internationaux, les régionaux, les championnats, les CNC et la Coupe de France dans le calendrier ? Simplement avec les compétitions fédérales, il n'y a pratiquement aucun week-end qui est laissé libre entre mars et octobre.

Du coup, je comprends que les organisateurs aient des craintes : lorsque l'un d'entre eux se retrouve en concurrence avec un championnat de France ou une autre compétition, joueurs et organisateurs se trouvent face à des choix cornéliens et des défis financiers. Il me semble que le calendrier fédéral doit être allégé, mieux aménagé pour que chacun y trouve son compte. La Fédération a un rôle à jouer afin d’harmoniser tout cela pour le bien de tous. Mais cela demandera à toutes les parties de savoir écouter l’autre.

 

 

Depuis quelques années, on voit beaucoup de champions s'aligner dans les open nationaux ou internationaux en compagnie de partenaires de niveau plus faible, qui revendiquent eux-mêmes le titre de sponsors. Ce phénomène s'accentue de façon exponentielle et heurte parfois la sensibilité de ceux qui sont attachés à une certaine éthique sportive. Quel est votre sentiment à ce sujet ?

Michel Le Bot : Tout d’abord il ne m’appartient pas de juger qui que ce soit, mais force est de constater que c’est un phénomène qui tend à se développer. Mais aussi que tous les joueurs de haut niveau ne sont pas concernés par cette tendance et même que certains d’entre eux ne la plébiscitent pas. Dès lors la question qui se pose est celle de l’intérêt pour le joueur. Il n’est à mon sens pas sportif, on peut donc penser qu’il est financier. Très peu de joueurs parviennent à négocier des contrats qui leur permettent de vivre de leur talent et aujourd’hui rentrer dans ses frais devient de plus en plus difficile. Donc qu’ils monnayent celui-ci, même si sur le plan sportif ce n'est qu'à moitié satisfaisant en particulier pour les intéressés, ne me surprend pas.

Est-ce que la Fédération est capable de proposer une alternative à cette situation ? Pour le moment je ne le pense pas. Mais à terme, en travaillant mieux le versant marketing de la FFPJP, en collaboration avec la SAOS Promopétanque, cela peut nous ouvrir des perspectives. Ce n’est pas simple à mettre en place mais c’est une piste intéressante à creuser. Elle ne pourra se concrétiser que si nous sommes capables de rendre attractifs nos événements et d’attirer des sponsors, ce qui est déjà le cas avec le club des partenaires mais il faudra amplifier son développement. Et sur ce sujet, les organisateurs, les joueurs et la FFPJP ont des intérêts convergents. La FFPJP doit être maître de ses atouts sportifs, médiatiques et économiques afin de promouvoir ses disciplines sportives.

Joseph Cantarelli : C'est un sujet très délicat. On ne peut pas légiférer là-dessus sans porter atteinte à la liberté individuelle. Comme tout le monde, ça ne me fait pas plaisir de voir ce qu'on peut appeler les payeurs participer aux concours. Mais ils sont licenciés, et je ne vois pas de quel droit je pourrais leur interdire de jouer avec qui bon leur semble.

Moi, je crois que ce sujet doit faire partie du débat que nous allons avoir avec les organisateurs. J'ai quelques pistes que j'ai déjà abordées avec certains d'entre eux, mais nous devons les approfondir.

 


De nouveaux changements viennent d'intervenir sur le règlement. Celui-ci est fixé par la FIPJP et la FFPJP, comme toutes les fédérations nationales, doit s'y conformer. Est-ce que le président français, ce que vous serez peut-être dans un mois, doit porter en amont un regard sur ce règlement, ou bien pensez-vous qu'il s'agit d'une chose qui est du seul ressort de la fédération internationale ?

Joseph Cantarelli : En compagnie de Patrick Grignon, j'ai participé à des réunions avec Mike Pegg, le président de la Confédération européenne, pour faire des propositions sur le règlement à la FIPJP. Je pense qu'il est normal que e président de la fédération française soit un membre important, au moin sà titre consultatif, de la fédération internationale, tout simplement parce que nous sommes la première au niveau mondial. Tous les autres pays ont voix au chapitre, bien sûr, mais il nous est demandé par notre Ministère de jouer un rôle important dans l’expansion de la pétanque au niveau international, ce qui implique que nous soyons actifs sinon écoutés. Au bout de tout ça, le plus efficace est de faire partie de la FIPJP : je serai donc candidat, quoiqu'il arrive, au Comité directeur de la Fédération internationale.

Michel Le Bot : Nous avons une Commission nationale d'arbitrage, avec un pool d'arbitres internationaux performants. Je pense qu'elle a son mot à dire, et c'est ce qui se passe actuellement. Cette commission, qui est présidée par Patrick Grignon, a des contacts avec la FIPJP et ne se prive pas de dite ce qu'elle pense sur tel ou tel point du règlement. Pour moi, un règlement n'est jamais figé dans le marbre, et il peut et doit évoluer.

Nous sommes le berceau de la pétanque, et la France peut parfois considérer qu'elle est la gardienne des règles, à l'image de ce qu’est le Board pour le rugby, mais on voit que ce dernier peut aussi être source d'innovations et d’évolutions. De la même façon, nous devons concilier le respect de nos traditions, qui touchent la majorité de nos pratiquants, avec les exigences de la compétition et du sport en général. Mais in fine, la FIPJP conserve toutes ses prérogatives en la matière et c’est un point souvent méconnu.

 


La prochaine élection se fera, comme c'est le cas tous les quatre ans, par scrutin uninominal : cela signifie que chaque président de comité vote pour les dirigeants qu'il préfère parmi la liste des candidats, et le Comité directeur est formé de ceux, ou de celles puisque sur les vingt-et-un élus, il doit y avoir six femmes, qui ont obtenu le plus de suffrages. On entend parfois s'élever de voix qui recommandent un scrutin plurinominal par liste, comme on a l'habitude de la voir, par exemple, lors des élections municipales. Quel est votre avis sur ce point un peu technique ?

Michel Le Bot : Je pense que pour pouvoir gérer la Fédération, le président doit pouvoir disposer d'une majorité. Personnellement, j'ai toujours été favorable à un scrutin par liste, même si ma position a un peu évolué. Je pense qu'on peut donner une majorité d'élus à la liste qui arrive en tête, et appliquer la proportionnelle ou le scrutin uninominal pour le reste. Ce qui garantirait une pluralité. Ce qui est important, c'est d'avoir un projet porté par une équipe qui se retrouve, après l'élection, majoritaire pour l’appliquer.

D’ailleurs, en ce qui me concerne, je ne me lance pas dans cette élection sans soutien. Avant de faire mon choix, j’ai beaucoup échangé avec mes collègues du comité directeur et certains présidents de comités. Je suis entouré de personnes motivées, qui savent ma capacité à travailler en équipe, à faire confiance et à déléguer. Donc même avec le scrutin actuel, si l’on sait écouter et dialoguer, on peut fonctionner en collectif. 

Je voudrais rajouter quelque chose pour terminer : j’ai lu sur les réseaux sociaux ou sur Boulistenaute que certains intervenants étaient émus par le fait que j’utilise l’écriture inclusive dans ma profession de foi. Je ne fais pas de celle-ci une obligation ni une posture mais pour moi elle est importante car elle représente une façon d’assurer une égalité des représentations entre les hommes et les femmes. Affirmer ce principe d’égalité est à mes yeux une priorité et une nécessité.

Joseph Cantarelli : L'ancien président Alain Cantarutti voulait réformer ce point, et à l'époque, je me suis fait le défendeur ardent de la liste uninominale, que je trouve plus démocratique. Elle permet de réunir plusieurs compétences et de ne pas diviser le Comité directeur sortant en deux : il appartient au président, une fois élu, de fédérer son équipe autour de son projet avec une possible opposition bénéfique aux débats. C'est ce que je vais d'ailleurs faire prochainement, en écrivant à chacun des candidats.

On peut remarquer, d'ailleurs, que si le Congrès n'avait pas retenu le vote uninominal à l'époque, Michel Le Bot ne serait pas rentré au Comité directeur de la Fédération.

Autre remarque : le Sport-boules, qui avait instauré un vote par liste, est revenu rapidement au vote uninominal, parce qu'ils se sont trouvés coupés de certaines ressources qu'ils avaient avant, et faire appel dès la première année du mandat aux compétences qu'ils avaient perdues.

Je n'ai pas la prétention d'avoir raison sur ce sujet, c'est simplement une opinion que je défends. Seul le Congrès peut valider ou rejeter un tel changement.

 


Entretiens réalisés par Pierre Fieux

Lire

pdf Profession de foi - Joseph CANTARELLI.pdf  

pdf Profession de foi - Michel LE BOT.pdf 

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Les commentaires appartiennent à leurs auteurs. Nous ne sommes pas responsables de leur contenu.
Auteur Conversation
alainburg
Posté le: 26/2/2021 23:57  Mis à jour: 21/3/2021 0:59
Boulistenaute régulier !
Inscrit le: 21/5/2007
De: RENNES - 35 Ille et Vilaine - Bretagne
Envois: 1576
 Re: Cantarelli-Le Bot, mots croisés
Bonne chance pour cette élection.
djoss
Posté le: 26/2/2021 23:05  Mis à jour: 26/2/2021 23:05
Bébé boulistenaute
Inscrit le: 4/2/2008
De: ROUEN
Envois: 116
 Re: Cantarelli-Le Bot, mots croisés
Encore un magnifique article bravo à l'équipe Boulistenaute. Dommage qu'il ne présente pas chacun leur programme et leur projet respectif. j'aurai aimé savoir ce qu'il contait faire sur l'alcool sur les terrains, les stupéfiants ect tout ce qui gangrène notre sport. bon courage à eux deux dans cette élection, qui serra a mon avis mais j'y connais rien très serré.
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