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Editorial pétanque : Otello raconte

Posté par BOULEGAN le 2/1/2005 20:30:00 (5603 lectures) Articles du même auteur

Otello raconte...

Dans deux livres "Histoires humoristiques de la pétanque I et II", il fait revivre le jeu de boules de sa jeunesse, son ambiance pittoresque et ses personnages hauts en couleur. J'en ai extrait, pour notre plus grand plaisir, cette "Soupe de Pélissier".



La Soupe de Pélissier

Une curiosité puérile me pousse à rechercher sans cesse nos origines à nous, les joueurs de boules. C'est pourquoi je demande à Pélissier, dont je viens de faire la connaissance sur un boulodrome cannois, de me parler un peu des boulistes de son temps. Originaire de Mouans-Sartoux, ce bavard impénitent a 76 ans, un visage avenant et une mémoire infaillible. Ma demande doit lui paraître saugrenue car il s'inquiète à la ronde, sans se départir un instant de sa bonhommie habituelle:
- Il veut se foutre de moi, celui-là, non?
Les protestations qui s'élèvent de ci, de là, ont un accent de sincérité qui chatouille agréablement mon amour-propre. Rassuré, le vieux Pélissier démarre. On le sent sur un terrain familier.
- De mon temps, c'était pas pareil du tout. Le joueur de boules, il rigolait jamais. C'était du sérieux, c'était de l'important, et il voulait gagner. Notre honneur, et parfois notre argent, on les mettait sur la table. Et une partie de boules nous prenait aux entrailles. Quelle différence avec les jeunes d'aujourd'hui! Ils sont moins mordus de nos jours et çà se comprend, il y a tellement d'autres choses qui les amusent. Nous, on n'avait que les boules pour occuper notre temps...et le travail... Mais le travail, çà n'a jamais fait une grosse distraction. Et on mariait les deux, comme on pouvait.
"Tiens, pour te donner un exemple, moi qui faisais le charretier, il m'arrivait de rouler à vide, à l'aller ou au retour de mes voyages. Et tu sais ce que je faisais? Ecoute çà. Après avoir repéré tous les cours d'eau de la région, je chargeais des galets sur ma charrette et je m'entraînais à tirer avec ces galets sur le galet que je venais de lancer le coup d'avant. Et ainsi de suite, en suivant ma charrette. Tu crois pas qu'il fallait être mordu pour faire des trucs pareils? Bien sûr, il était ensuite facile de savoir où j'étais passé."
"Comme les concours de boules étaient rares en ce temps là, nous étions obligés d'intéresser nos parties. Un paquet de tabac gris était la mise la plus courante. Ou bien alors on jouait cinq centimes, oui, cinq centimes. Et j'ai un regret bien gros, un regret gros comme çà (énorme d'après l'écartement des mains) quand je pense à toute la peine que j'ai eue, la veille de Pâques 1912, parce que j'avais perdu un franc. Çà m'était jamais arrivé de me faire plumer tant d'argent, et j'en ai été malade pendant près d'une semaine! Un franc! Non, mais tu réalises que si je les avais pas perdus, tous ces centimes, je les aurais en plus dans ma poche...et je pourrais même pas me payer un verre de limonade avec. C'était pas la peine de tant se torturer le coeur avec de l'argent qui allait si mal tourner! Un franc!

Pélissier menaçant de sombrer dans ses amères réflexions monétaires, je m'empresse de compatir à ce grand chagrin qui s'étala sur près d'une semaine. Et j'approuve en silence, de quelques mouvements de tête énergiques (je ne sais pas trop quoi , pour faire plaisir à Pélissier). Le narrateur apprécie ces assentiments et décide de poursuivre.
- Nous finissions souvent nos parties, le soir, aux bougies. On en mettait une au rond, pour pas que les tricheurs puissent faucher, et une autre au bouchon. Ce qui fait qu'on voyait mal le plus important: le milieu du jeu. Mais çà faisait rien parce qu'on connaissait le terrain sur le bout des doigts, les revers, les cailloux, les trous, les bosses, vu qu'on jouait toujours au même endroit pour pas avoir à déplacer les bougies. Eh oui, on pouvait pas se servir des lampes à pétrole car on risquait de les casser, et l'électricité, c'était pour les rupins de la ville.
Récit à nouveau interrompu. Le souvenir de cette obscurité d'essence champêtre? Non, je me suis trompé. C'est la pensée de ce qu'il va dire qui amène chez lui cette tristesse. Ou peut-être, plus simplement, ces interruptions fréquentes ne lui servent-elles qu'à reprendre son souffle.
- Et un beau jour, le malheur arriva dans ma maison. On est toujours puni par là où on a péché, c'est bien vrai. Mon fils attrapa la passion des boules, ce qui n'est pas bien grave, mais aussi celle des bougies, ce qui l'était beaucoup plus. Car il se pointait parfois très tard à la maison pour manger. Et je gueulais fort, tu peux me croire. Et lui, sans se démonter, il me répondait sur le même ton...que j'en faisais autant. C'est pas pareil, que je lui expliquais, parce que moi, quand j'arrivais tard, j'avais pas besoin de m'attendre. Mais cette sacrée mule, y voulait pas comprendre mon raisonnement. Pas compliqué pourtant. Je sais que j'avais tort, mais il aurait tout de même me dire qu'il comprenait une chose aussi simple. Non. Rien à faire. Et il gueulait comme un veau. Et moi, plus fort que lui. Aussi, un soir que j'en avais marre, tu sais ce que j'y ai fait, au niston? Devine!
- Ma foi, comment voulez-vous que je sache?
- Un soir donc, le petit rapplique en courant, affamé de ses vingt ans, de sa journée de travail et des parties de boules, toutes choses qui ouvrent l'appétit. Avec la femme, on avait déjà mangé, car c'était plus de dix heures. Qu'est-ce qu'il y a à bouffer? qu'il crie, le niston, en accourant à tout4es pompes. Ce soir, que je lui dis, tu le mériterais pas vu l'heure que tu arrives, mais tu auras ce que tu aimes le plus au monde. Devine un peu? Et le petit se précipite vers la grande marmite noire qui était toujours pendue au-dessus du feu de cheminée. Il soulève le couvercle en poussant des cris de joie. Et là, mijotant à feu doux, avec un bouquet de thym et de laurier...il voit un jeu de trois boules.
Satisfait au plus haut point par le récit de son histoire, Pélissier s'éloigne à petits pas incertains et méticuleux. Sans une  ombre d'ironie dans la voix, un vieux cannois me dit alors:
- Et c'était un joueur de boules de première force, ce Pélissier...surtout avec des galets !

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Les commentaires appartiennent à leurs auteurs. Nous ne sommes pas responsables de leur contenu.
Auteur Conversation
mamasse
Posté le: 9/6/2006 17:46  Mis à jour: 9/6/2006 17:46
Co-Webmaster
Inscrit le: 5/7/2004
De: Pontault Combault 77 Seine et Marne Île de France
Envois: 106985
 Re: Otello raconte
J'ai ces deux bouquins et c'est pas triste à lire.
En plus la petite dédicace perso d'OTELLO est super.

A+
jakass83
Posté le: 9/6/2006 16:54  Mis à jour: 9/6/2006 16:54
Boulistenaute régulier !
Inscrit le: 30/5/2005
De: Fréjus 83 Var - PACA
Envois: 1896
 Re: Otello raconte
Un GRAND de notre sport qui manque désormais
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PORTRAIT N°81 ROYNEL Kévin "jakass83"
http://www.boulistenaute.com/actualite-portraits-interviews-portrait-81-roynel-kevin-jakass83-5532

0/12 rien de grave on est ensemble mais comme dirait l'autre vaut mieux avoir 12 que 0!!!

www.facebookcom/kevinrdj
Anonyme
Posté le: 3/1/2005 22:18  Mis à jour: 3/1/2005 22:18
 Re: Otello raconte
Ca y est Boulegan, on est parti pour les histoires d'Otello.

Pour "la soupe de Pelissier" j'ai bien aimé ce qu'on ne verra plus maintenant:
-une charette chargée de galets, qui servait d'entrainement tout au long du parcours.
-les parties aux bougies : une au rond et une au bouchon.
-Un jeu de trois boules qui mijote dans la soupe avec du thym et du laurier.

Merci pour ces évocations "pétanquestes", tant pis si ce mot n'existe pas dans le Larousse.
  
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